I. iioMMi: i:t sa vu
lavoir voulu prolonojcr. Il avait liàle niainlenant de chano-cr de dcnaniri'. Coiiinit- sa leuiino le prèssait de prendre quelque nourriture : « Laisse, ma mie; maintenant je veux manger du pain céleste ». (hiand il se sentit sur sa lin. sa figure s'illumina, cl un iliaiil <(iilit i\i' ses It-vrcs :
La voici, l'Iioiireuse journée Que Dieu a faite à son désir; Par nous soit grAce à lui donnéf, Et ppnons on elle plaisir.
C'était le canticjue <(u'il cliantait à Coulras. avant de charger. (^)uelques instants après, il exhalait à Dieu son ;\me fervente.
Ainsi trépassa Théodore-Agrippa dAiiliigii.'. hjeudi 0 mai UVM). jour de l'Ascension.
Avec lui f\pii-ait le vaillaiil i-mc huguenot.
CIlAl'ITIi i; I LE POKTE DU " IMU.NTE.Ml'S
> P.'irJonoe-iiiol, rlu-re raaitri'rse, Si mes « ers «cnteol In ili-tre«i>e. Le sulilcir. In peioe et l'émoi :
■I Car ilepuis iju'eii aimant je^oulTre, Il faut qu'ils sentent . loniine moi.
La pouilre, Li mùilie et le soufre. >
' liera litmbt, »oiine( IV.
Sainte-Beuve, dans ses ct^lèln'es études sur la poésie au xv!*" siècle,, rencontrait, il y a quelque quatre-vingts ans, l'auteur des Tragùjucs, et le révélait au grand public. Certes, la découverte était d'importance. Avant lui, d'Aubigné, méconnu, méprisé, était relégué dans le groupe des auteurs rébarbatifs ou des fanatiques ennuyeux. Sainte- Beuve retrouva ses titres, et les proclama. Malgré cet éclat, malgré le consciencieux effort de trois éditeurs, Ludovic Lalanne, Charles Read et Eugène Réaume, il ne semble pas que, même auprès des
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plus récents critiques, d'Aubigné poêle ait toujours obtenu complète réparation. Il a eu sa revanche: il n"a pas encore sa place et son rang.
Sans doute il y eul de sa faute, puis(|ue les Tru- }:;icjne.s étaient vieux avant de naître, leur publication s'f'tant laite quelque quarante ans après leur conception, i^t le hasard fut coupable aussi, qui ajourna jusquen 1874 la première édition du Printemps. La mauvaise fortune qui poursuivit d'Aubigné toute sa vie s'est aussi acharnée sur ses œuvres. Sainte-Beuve lui-même, si impartial envers les morts, ne pouvait apprécier pleinement le poète. puis(ju"il ne le connaissait pas tout entier. 11 le jugeait, il est vrai, sur son chef-d'œuvre, sur ce beau monstre des Trti<:;iqtics. Mais ce monstre est lui-même amené, préparé par le vif dégagement de poésie qui Ta précédé. I^es juvenilia de d'Aubigné en sont le prélude direct; et Ton a trop oublié que les Tragiques eux-mêmes sont aussi des j'ineriilia. un second livre de jeunesse succédant immédiatement à un preinier. Si tous deux furent condamnés par leur père à une obscurité longue et préméditée, c'est qu'il crut qu'il vivrait uniquement jiar son Histoire Uni^-er.sellc. C'est cet ouvrage seul quil avait dédié d'abord « à la Postérité ». (^uand il édita les 7'ragifiiies, tardivement, ce fut par colère et rancune, nullement par ambition littéraire. Au point où il en était alors, en 1(316, il méprisait comme hochet de vanité l'applaudissement du succès. Jamais il ne songea à publier le J*rinic//i/)s. Il le conservait pourtant, comme péché de jeunesse bon à amuser les yeux de son auteur. Ce (ju'il en dit dans sa fie montre qu'en