‹ Agrippa d'AubignéChapitre 15 sur 47 · i;ii'i'A I) Ariîi(;NE · texte numérisé non relu

i;ii'i'A I) Ariîi(;NE

vie, l'auteur de la Défense et Illustration était mort depuis longtemps, fiaif muet, lionsard vieilli. DAubigné relardait un peu, mais avec une assurance qui imposait Tadmiralion.

Si ce n'était pas précisément retarder, • .-tait encore marcher sur les pas de Ronsard, — avec tout le siècle d'ailleurs, — que de célébrer sa maîtresse par des sonnets en kyrielle. Le titre de V Hécatombe. le nom de la bien-aimée, les transparences d'une élégante allusion, sont autant de grâces directement empruntées à la Pléiade et à son coryphée. D'Aubigné. loin d'éviter le rapprochement de Diane et de (^assandre, se fait un point d'honneur de le provo{|uer : sa maîtresse nest-elle pas la propre nièce de Cassandre, et celte '< aube qui naît » ne fait-elle pas naturelle aiitillièse à ce « soir mutiné n ? 11 écrit, ave<' iim' luinlif-isc délibé-rée :

Konsard, si tu as su par tout le inonde épaiidre L'amitié, la douceur, les grâces, la fierté. Les faveurs, les ennuis, l'aise et la cruauté. Et les chastes amours de toi et de Cassandre,

Je ne veux à l'etivi |>mir ta nièce entreprendre D'en reclianter autant comme tu as chanté. Mais je veux conij)arer ù beauté la beauté. Et mes fenx à tes feux, et ma cendre à ta cendre.

Même réduite à ces termes, la gageure, moins insolente, est encore téméraire. Mais d'Aubigné est de tes audacieux qui ravissent le ciel, et. nous le verrons, il ne sortira pas confus de son entreprise.

1 /adoption du sonnet et d'autres formes métriques chères à Ronsard — odes, stances, odelettes, —

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devait culraîner d'autres ressemblances, el les attirer en quelque sorte de l'extérieur à l'intérieur. C'est en poésie surtout ([iw le fond adhère souvent à la Tonne. Le lyiiiiiie .si un vêlement qui moule et crée en partie <e .[uil est censé ne faire que recouvrir. La nature de l'idée, la couleur d'un sentiment tirent souvent de lui leur genèse. Les tons sont appelés par les mètres : les associations d'images dépendent maintes lois d'un jeu de rimes; la similitude des coupes engendre presque forcément «-elle des pensées, et les pulsations du cœur se règlent au battement des strophes. Sous les auspices du mètre, beaucou). de ehoses ont liltré de la Pléiade en la poésie de dAultign.'-, qui intéressent non plus le style, mais le sentiment. Chose d'autant plus naturelle, que le terrain poéti(pie était préparé à miracle, chez d'Aubigné, par sa culture d'humaniste, et par une expérience précoce de la vie. 11 revit donc ses devanciers plus qu'il ne les répète, 11 y a bien, çà et là, chez lui, des échos directs, auxquels on ne peut se méprendre. Cette « mignonne » au « blanc satin ». que le poète va guetter « au matin », el qui « faisait honte aux lys et aux fleurs », elle s'est appelée Cassandre, Marie, ou Olive, avant de s'appeler Diane. Tel beau cri, jeté aux « Pans forestiers », fut jadis entendu par le biîcheron de la forêt de Gàline ; et la pétulante odelette

Voilà une heure qui sonne!

Debout, laquais, ([U on me donne...

doit sûrement son élan au Folastrissinie voyage d'Arcueil. De même, enfin, ces « mignardeletles »

UH A(.I1IIM'A II AiniCNE.

choses, ces œillels " vcrineillets „ et ces « fleurcilf^ ./ que Ton glane à la rencontre, deux ou trois lois tout au plus, dans le Printemps, on les a moissonnées déjà dans tous les « jardinets » de la Pléiade.

Mais ces manies d'école, horuinages autant queiuprunts, prouvent peu contre l'imitateur, si là se borne liinilalion, et si le continuateur a fait revivre autre chose cpie la « manière » de ses modèles. Or ce n'est point lours tics seulement, c'est leur grâce iiKMne cpie le « geutilhoinme saintongeois » s'est approjiriée. jusqu'à faire illusion complète. Ce n est pas lu-iiii liellcau. «-'est bien Agrippa <|ui nous décrit ainsi son jardin de poèlr. plein de fleurs et de « pensées ». de |)ensé('s au double sens :

L;i floii-sml cutnssées Mille bizarres pensées...

Là prend acrroissance et vie Lo violette, nncolic.

Marjolaine, tliyms, persils.

Les roinorins. les soucils

Serfcuils. Inithues pommées,

Pimprenolles, sicourées... {c/ii'cort'e$)

Il n'y a, comme je croy,

Pliiisir qui ne soit en toy,

Petit jardin qui arroses •

Tes groseliers et les roses....

Ainsi babille, trotte et sourit la description, tendre un brin mais surtout galante, toute fraîche de préciosité jolie, qui |)araît neuve tant elle est sincère, et qui se clôl arlislemcnt sur un quatrain d'amoureux :

Douces Qeurs épunouics, Que mes amours et vos vies.

Vos beautés et mon amour Ne soient fanés en un jour!

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