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DAiiltignr. dans cette page charmante, a tlérohé à ses dcvanciirs le sc(^ret de dire des riens avec art. N'v prouverait-il que sa juvénile souplesse, cette preuve garderait encore, chez l'auteur des Tniffù/iif.s, sa valeur de surprise. Mais il y a mieux. Kt je ne sais si le gentil .\n;uréon. aiguisé du spirituel Ovide, put iuspiifi- .1 llonsard lui-même une plus savoureuse <• mvtliologie » cpie celle du poème, d'ailleurs bizarre, de V Inconstancr. 1/Amour, houdeur, vient liitiuer s;i mère: il l'agace à la fois de ses caresses et riii(|uiite de ses pleurs liypoiriles :
.Mill.' mois onfanlins jas.iit pour lui muii.lMir'-. Lii cliiilouillail nux fliincs, iii..rdail. fnisait le f.«I, De SCS bras potch-s il lnililiait son col....
si l)ien cpie sa mère. " alfolée. ainsi (pielle souiait ». l'in Iiit -on liU fl \v cajole :
t. Il'' 11. MM- .11 ■ii-iiiui.-nl son ii-il, son front, sa boiirln-,
Kt pense dévorer l'endroit où elle touche,
Prend au pli dos jarrets son enfant ù son col :
• D'où viens-tu, mon niiy^non. d'où viens-tu, petit-fol .'
. Vo\ez ce mauvais tils qui à blesser se joue! •
Et le fait cliqueter cl sa cuisse et sa joue :
- C'est le mignon des Dieux sur les Dieux triomphant, •
L'appelant le mauvais, de sa mère l'enfant.
Bégayant ses douleurs son fils elle idolâtre.
Le met à cofourchon sur sa cuisse d'albâtre,
Où à bonds frétillants elle chérit celui
Qui lit de ses beau.x yeux découler tant d'ennui
Lorsqu'elle forcenait pour Mars ou pour .\nchise.
Cette saynette de lOlympe. dun paganisme si délicatement sensuel, se poursuit en allégorie laborieuse. La fin n'en est pas moins ravissante de légèreté et de facilité verbales. D'Aubigné évoque la
60 A(;nii'i'A d'albk.m;.
Déesse Inconstance : voici les offrandes quil lui destine :
Je t'oflVirai de lair d'une cloche qui sonne
Et le cofj qui virait sur le haut du cIo(;her,
Dansant décent façons; je courrai te chercher
De l'eau et du savon et ferai à merveilles
D'une paille fendue envoler des bouteilles {bulles ,/'.,,', i
J'offrirai du duvet, plumes, fleurs et chardons.
Et de l'eau de la mer, et des petits glaçons,
Un caméléon vif; et, au lieu de paroles.
Je dirai sans propos cent mille phariboles.
Et. brillant tout cela à ton nom immorlcl.
Je brillerai encore et le temple et l'autel!
Ces (jualilt's dexéculion placent d'Aubigné auprès des uiaîlres, de qui il les tient. Enfin, il est de leur lignée par une certaine conception du poète, où s'accuse l'idéal, fier et grand, des hommes de la Renaissance, Car. avant lépoque des Tragiques, d'Aubigné n'est qu'un homme de la Renaissance; je veux dire est encore, est surtout un homme de la Renaissance; ce que. après, il ne sera plus. Ici. il ne relève pas seulement de la Pléiade; il est fils de ce siècle épris à la fois de paganisme et d'amour, de culture et de nature, darl et de force, de pensée et de chair. Plus large que celui de Ronsard, assez proi lie de ( chii d un Florentin énergique serait son rêve de vie. Comme poète, il aime le bien dire; que dis-je? il en raffole. .Mais, homme d'action, il aime mieux le bien laiic. Il voudrait fondre les deux : le lettré, le guerrier briguent la même gloire, celle de l'homme complet. Cesl dire ce qui lui manque, et ce qu'il a de trop pour être un simple homme de lettres. De là. tantôt une affectation d'art hautain et arislocrale, el lanlùt une affectation de désinvolture.