I.E l'OETK DES « TRA(;|QI"ES
-i>n iiiaîtn- liii-méiiie. (^)uoi <|iril en soit. \'//isiuirr esl à son tour dt-signc-e, dès le I\'' Livre, roinine la jiislilication et pour ainsi dire le rouwnentaire perpétuel des Tragiques. Va le nouveau plan, au lieu de contrarier le premier, n'en met cpie plus à l'aise le poète ([iii va j)ouvoir à eœur joie. — sûr maintenant de se <()uipl<''ter ailleui'-, — mcllrc t-n lilicrtc son imagination fulgurante, et d«'-velopper toutes ses laiiiltés de visionnaire et de prophète.
(^ar (rAul)igni'- est une sorte de " voyant ... Il le-^t par lei-veur religieuse, exaltation de la loi : il lest aussi par nature. De tout temps il a Irayi- avec linvi- ~iltle. Il eut sa première liallueinalion à six ans : '<■ Lne lemme tort Idaiulie. qui. lui ayant donné un baiser froid ( omme glace, se disparut ». Le merveilleux, nous l'avons vu. l'attira plu«^ tard sous toutes ses formes. L'hallucination chrétienne, si l'on peut ainsi dire, lui est ( omuu' une seconde nature. Il a des extases, il a des visions. L.i conception des Trn^iriitcs relève de la vision; l'exf-cution suppose un c'-tat quasi-permanent de Ivrisine fanati(|ue et de " ravissement » simultanés. Le point de départ est une vision plus précise et très longue, — elle dura sept heures, ce qui est fabuleux, — que l'on taxerait de simple délire, si Ton ne songeait à l'œuvre exlraoï-dinaire qu'elle enfanta. C'était au lendemain du combat de Castel-.Liloux :
Parmi ces ùj.res temps, Tesprit, nyant laissé Aux assassins mon corps en divers lieux perce... Bien qu'impur fut mené dans les régions pures. Sept lieures lui parut le et leste pourpris Pour voir les beaux secrets et tableaux que j'écris
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Soit qu'un songe au matin m'ait donné ces images, Soit qu'en la pâmoison l'esprit lit ces voyages, Ne t'encpiiers (mon lecteur) comment il vit et fit. Mais donne gloire à Dieu en fuisant ton profit.
Ce passa^^c (•«.■^«•iilicl nous n'vt-le le temiJi'-raiiifiil de ce poilc diiii nouveau uft-nrc. prophète autant (jue poète, el voyant autant <|U(' n-oyant. I/adniiral)le. c'est que le solide terrain des faits, au lieu de Tassujellir à la teiiT. e^i li'-ner^ique tremplin qui le lait reimndir aux eieux. Si clairement, dans l'histoire de son église sous la croix, il voit inscrits à l'avame les I rails providentiels de son avènement. De fait. (elle loi persé( niée à son !)erceau. mal étouffée par les premiers Itilehers, survivant au massacre de ir)72, lonservanl son chef el son héros à travers mille dan<îers. capalde maintenant de gravir les degrés du trône, de commander à la France el d'abattre le colosse callioli<iue. toute celle épopée, en soi élonnanle. ne devail-elle point >ie dérouler aux yeux dun d'Auliigné comme si Dieu poursuivait par elle le irioiiiplie de la vraie religion ? .>ji-^''> proi)hi'lies sacrées, svuiholes. alh-gories. lui »eront-ils arsenaux inépuisahles. lui loumiront-ils armes à toutes brèches. Les « visionnaires » surtout, un K/.échiel, un saint Jean à Pathmos. un Ksaii, un saint Paul en ravissement, lui ollVent ses textes de chevet.
(^ar il écrit vraiment l'Apocalypse protestante. Les temps sont accomplis. La <( Bête» doit disparaître; cette « Bête ». c'est l'Antéchrist; et cet Antéchrist, c'est le pape. Le poète inspiré, nouvel archange, va combattre (elle lîèle avec l'épée llamboyanle. le « coutelas onde . de la parole divine. Kl c'est |H>ur