I.E POKTE DKS « 1 RAGIQIES
ci'la. sans doute, quil sarrèli' au cliiiri/t' so]>l. pour !«' nombre de ses chanls : s«^|tl livres, (jui sont romnie les sept sceaux du Livi-c (pir I Au^e n-uiel à saiiil .lean jiour les rotu[»re. Si pi-nciré esl-il d"lif'-|)raïsMie. (|u"il a d'altord Itaptist* le derniei" livre Ihm, d'un 1111)1 l)(I>rru (pii signilie jugernenl. Il la i-cmplacé, ensuite, par le mol ,1 u'^cnicnt, pour ([ue « tout dans son ouvrage parl;\l l'raneais „. Mais ce français est liii-MirMiic tout l)il)litpic ; et il laiil le lire comme il fut '■«rit. soiis I iiMpri-^-^ioii dirnlc dt-s livres saiivs.
Les M'pl livres sont inliluli'^ Mi.sirrs, l'rincrs, Cliaiiibrc Dorvc, Frii.r, Fers, \'rn{^oanccs, Jiif^cmrnt. Ils peignent les miscrrs de la b'ranee sous la guerre civile, Tignominie des princrs \alois. linlamie de la chambre supri'itir de la .liiNliic, les hùcltrr.s paiMuut el inutilement allumi-s, les ritri-s tirées lioi's du fourreau parles victimes, les ic/z^'Crt/jccv antérieures exercées par Dieu sm- |c^ nations et les monarchies criminelles, le j'iif^munt des bourreaux el Tentrée des martyrs dans la céleste félicite.
Le premier vers des Misères donne le diapason. Le poète engage une lutte corps à corps, haletante, forcenée, avec le monstre :
Puisqu'il faut s'attaquer aux légions de Rome.
son courage de feu, son « humeur aigre et forte » feront, au travers des sept monts, « brèche au lieu déporte ». Sous les autels des idoles, n'aperçoit-il pas « le visage meurtri de la captive Église », qui
84 A(;niPi'A d'ai nitiNi':.
l'appelle à sa d<^livrance? 11 court, il vole, quoiquil
s'avance là « par un chemin loul neuf».
Que les astres du ciel, les regards perçants des Prophètes, la force du Tout-Puissant viennent à son secours : loin de lui le-; iiivcw allons profanes et les oripeaux des Muses :
Au Heu de Tlicssalie aux mijciiardcs vallées, Nous avortons ces chauts au milieu des armées.
Le poète a chaussé " la hotte en jamhe et non pas le cothurne ». Sa Melpoinène, ce sera la muse des tombeaux. Il It-veille: la voiri cpii surgit -< des tombeaux rafraîchis >..
Affreuse, ichevelée, et bramant on lu sorte Que fait la biclie après le faon «lu'elle a perdu.
La bouclic bii -aigne; ■• cMe éparpille en lair de .son saniy deux poignée< ... •■! bniil ce-; mots dune voix enrouée :
O France désolée, 6 terre sanguinaire, Non i)as terre, mais cendre!...
La Prance apparaît a son tour; elle porte entre ses bras deux jumeaux, deux frères ennemis, symboles des deux religions rivales. Le plus fort brutalise le plus faible et « fait dégât du doux lait qui doit nourrir les deux » ; à la fin le plus faible se défend, et sa juste colère
Rend à l'autre un combat dont le champ est la mère.
Cette raère. de désespoir « mi-vivante mi-morte ». essaie en vain de les i-.icdncilier: réduite aux abois, elle s'écrie :
i.K l'oiVii: i)i;s « I iiAcini i:s ». 85
Or, vivez lie venin, sanglante gi-nilure,
.le n'ai [iliis cjne du satip [loiir vdtri" nourriture!
A ce premier tableau, qui l'orme la plus tragique des expositions, succède une apostrophe aux mauvais rois, bourreaux de leurs peuples. (Quelles atrocités ne sont pas commises sous les rois qui fomentent la guerre civile I (]elle que .peint d'Aubigné n'est point Tliorreur classique réchaullee de Lucain, c'est riiorreur française dont il fut spectateur et acteur. " I. homme est en ])roie à Tljoinme, un loup à son paii'il. ■> voilà pour le sexe fort. Pour les femnjes.
Le binne Ifs fait trembler', cl les Irenibluntes mères CfDullent {sriifiit) à l'estnmnc leurs |i(iup|iiins éperdus Quand les f^rmidants tambours sont batlaiils entendus.
(^)uant au paysan, à r{i:> h amés laboureurs » qui ouvragent si bellement le sein de la terre, pillés, brutalisés, pantelants, ils cherchent des cavernes pour s'y « assérer >», et la mcre commune, « pleurante de souci », vient consoler ses petits on leur ouvrant toutes ses retraites :
Cachez-vous sous ma robe, en mes noires forêts;
Et, au fond du malheur, que chacun de vous entre,
Par deux fois mes enfants, dans l'obscur de mon ventre!
Mais ce geste pathétique de la Terre n'empêche pas le retire de torturer les misérables : et la liste des « choses vues » par d'Aubigné s'allonge, lamentable, hideuse : Enfants massacrés, mère mourante