‹ Agrippa d'AubignéChapitre 32 sur 47 · I. iiis I (>iiii;\ i: I i.K l'oM 1 loi K. li · texte numérisé non relu

I. iiis I (>iiii;\ i: I i.K l'oM 1 loi K. li

sérénité supcTieiu-c (|iii ])lane au-dessus des faits, et qu'il s'agissait maintenant de faire descendre dans les faits. Que d'Aubigné, dans cette lutte contre lui-même, ait poussé la victoire jusqu'aux limites où elle atteint la perfection de l'histoire, nous n'oserions l'aflirmer, car, pour être historien accompli, il ne suffit pas dun hc'roïque vouloir : mais que ce ti'iomphe de la volonté* sur la passion soit le premier, ei le plus rare titre de son livre, c'est ce que l'on peut avancer sans crainte d'aucun démenti.

Mais la chose est si surprenante en soi, que son tem[>s n'y voulut pas croire. On aima mieux préjuger de VHistoire que la lire. A priori, elle était condamnée sur le nom seul de son auteur. D'Aubigné se débattait, protestait. r<''clamait des juges, des lecteurs impartiaux, l'^n vain. Cependant l'idée qu'il se fait de V Histoire éclate dans ses plaintes, et mérite d'être signalée.

Pourquoi, écrit Agrippa au secrétaire d'Etat Loméiiie, le condamnerait-on sur « la fureur de ses vers de jeunesse »? (]elle-ci prouve-t-elle qu'il « ignore le devoir de l'histoire >»? Non, non: il « sert de bonne encre la royauté, après l'avoir servie de son sang ». Mêmes protestations auprès de M. de Sceaux, autre secrétaire d'Etat. Son « équanimité » est telle, qu'il va jusqu'à s'interdire les termes de « papistes » et de « huguenots » ; à plus forte raison proscrit-il toute apologie . Ne fait-il pas appel au jugement d'un Jésuite, le Père Fulgence? ne déclare-t-il pas s'en remettre à ses décisions? A toute occasion, dans ses préfaces, dans ses lettres, il affirme sa volonté de n'être que l'impartial greffier des faits, « n'étant

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mon métier que d'écrire sans juger des actions , comme les prémisses d'un argument, duquel celui qui lit amasse la judicieuse conclusion ». Ferme sur le fait, il s'abstient sur le droit, voulant narrer, non juger; déposer, non accuser ou absoudre. Au surplus, il réclame « un Censeur, qui rende compte de son jugement non à ses espérances et craintes, mais à la conscience seulement ».

Ce Censeur idéal ne se trouva pas, et pour cause. Une fois de plus, sa voix clama dans le désert. Aussi bien n'était-ce pas d'inexactitude qu'il était coupable aux yeux des nouveaux maîtres de la France, mais du fait d'avoir écrit une telle Histoire. N'était-ce pas assez que de Thou eût consigné, — en latin, il est vrai, et dans un esprit assez différent, — la mémoire d'un temps qu'on voulait voir oublié? Et de Thou lui-même, malgré les preuves évidentes de son incomparable intégrité, n'avait-il pas été condamné en cour de Rome? Ne suffisait-il point au Montluc huguenot du scandale des Tragiques'] Encore ces chaleurs lyriques se couvraient-elles d'un voile de fiction. Mais ceci n'était plus poésie, et se prétendait vérité. Cette prétention de « servir la Royauté » par ce moyen paraissait insupportable. Une antithèse trop apparente du héros mort avec son héritier, s'imposait avec insistance, se marquait malgré tout aux préfaces, aux épilogues. De même, l'antithèse des sei'viteurs d'autrefois avec ceux d'aujourd'hui. Certaines pages de l'Histoire Universelle ne pouvaient être lues sans irritation par un d'Epernon, un Concini, un Luynes. Pourquoi d'ailleurs réchauffer les cendres d'un passé mort, au moment

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