I. ÉCIÎIVAIN. i.(».\c.l.l .s|(»N
plus in(onleslal)les cl inrine les plus insupporlables défauts.
(^u est-ce à dire, sinon que cet écrivain indompté, indomptable, l'ut, dans toute la lorce du terme, un écrivain de génie? Et qu'à le vouloir classer on perdrait sa peine trois ou quatre Ibis plus sûrement qu'à classer un Saint-Simon?
l'ne seule chose demeure : son œuvre relève tout t'iitière du \vi'' siccle cl lui appartient pleinement. Lui-même ne lui appartieni pas moins, Sainte-ljeuvc a pu dire, sans exagérer d'une ligne, que, « si jamais l'on pouvait en idée personnifier un siècle dans un individu, d'Aubigné sérail, à lui seul, le type vivant, limage abrégée du sien. ». L'tL'uvre de même, expressive du temps où d'Aubigné a vécu, en porte l'empreinte profonde . l^t cela d'abord dans sa langue. Celle langue, prise en soi, indépendamment de l'usage original et primcsautier que d'Aubigné en a fait, est la première chose digne de remarque. Le vocabulaire de d'Aubigné est un des plus riches du \\i' siècle, peut-être le plus riche après ceux de lîabclais et de Montaigne. L'inventaire' en serait des plus insiructils. Il révélerait un écrivain de fond populaire, tout imbu néanmoins de latinité, parfois même d'helh-nisme. louellé de verve en ses tours, et [oui bai-iolé de fantaisie dans ses adaptations originales. Avant tout, il tient à la vieille langue du terroir. C'est celle qu'il a parlée enfant
1. Cet inventaire reste à faire, m^nie après le glossaire estimable de l'édition Réaume. Car ce glossaire a exclu toute VHistoire Universelle, à elle seule aussi importante, pour la langue, rjne tout le resle de IVi^uvrc de d'Auliigiié.
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dans sa province; celle qu'il a entendue au corps de garde, à l'arinëe, aux côtés de cet autre provincial Béarnais, pis que gascon, qui sera le roi de France. On sent chez lui. comme chez Pasquier, un faihle et même un tendre pour tout ce qui est antiquités nationales. Dans ÏHistoire surtout, celte « raccolta « inépuisable, il s'altandonnera au franc et vieux parler. V^n cela il suivra le précepte fourni par Honsard lui-même à ses élèves, (^omme ses anciens, il dira chair |)Our venir à bout, et marreaiur pour gages; il dira dcf^rniyisrr un nn\.-ire pour le piller; prendre à feninie ]»our t'pouser ; \ifindc pour matière; avoir du pis contre (/iiel(/ii un pour se fâcher: donner un chut par les pattes, pour faire un présent dangereux ; réformer sa gibecière pour réformer ses abus; lUre desjeùnè de ses pertes pour être indemnisé; ^///c»//i't pour ali'amé : mettre en canelle pour mettre en pièces; mu<(ueter une ^^ille pour la tàter; ai air de petits poreau.r. pour des taches légères au visage, etc. Kt de même, reviennent à tout instant sous sa plume, abéclirr. donner la becquée; blasonncr. médire; acertener : s'accourager; adimanclier : affriander : soûlas; paranffonner, comparer; fjauchissure ; accroc/ie ; pleine, caution \planson, bouture ; truc, coup secret; c/iampinserir. polissonnerie, etc. Il dit encore aliborum et apostume, deux mots que sauvera La Fontaine; penard que retiendra Rousseau ; aréncu.r, auquel C^hénier fera un sort ; et tan! d'autres, la taulade. pour la tablée, pur gasconismi-: un safranier pour un banqueroutier; un saupir/iiet pour un écrit satirique ; et il ne recule pas devant salaude, ni devant pire, car il ne recule devant rien.
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Kn un sens, il lût loml»t'' d'accord avec Malherl)e. que le vrai français de l'rance est celui qui se parle au port aux foins et à la place Maubert! Ce goût du tenue propre le mène à la préiision technique de la langue militaire, qu'on trouverait chez lui presque au complet : anspcssade et ttiiiimnt: nr^olrt et enfants-pcrdii.s ; slradiul : hnndolirr ; jji.slolicr : boiirf^iiinotlr: fossr-brai/i' , fortilication ; currtihin, stcl'idr. Mainte J>age a d'ailleurs chez lui rcxactiiude et le souci d'un traité.
Mais l'humaniste mcle aussi parfois à celle |)àte populaire son levain latino-grei- . \'a la saveur anti(pn* nous chatouille le goût ({uand. tout chemin <"ourant . il parle de maladies co/nplicilrs. de conrion, dr jiniifiti'. d Cxonles nhrnpts. de chose rfitiipolrrilr, de terrain rsplmuidé, de parfitrnr. de consciences iiniiiiini-s. de iront trtrir, et de soldat tiron. Quand il tire du grec. |)arfois il faut, pour le comprendre, avoir fait ses l'-ludes. Passe pour pitrhiidrmic, pyrriclic, et même antiphntifpw ; Néron V(indro<^anic n'est pas mauvais, s'il n'est même très bon; Mars- Antin^r (d'àvaYxV,) laisse un instant perplexe; quant à son mot <ï<ipoplictic. opposé à prophétie, c'est un calembour d'érudit.
Ces fantaisies sont rares. Ce qui domine, c'est la parlure française », avec ses dictons, ses adages, sa nanpioiserie. ses malices. On ferait un recueil de locutions populaires avec les glanes de d'Aubigné : « jouer du plat de la langue » ; — « prendre la chèvre » ; — « se battre à la perche » ; — '< dire des patenôtres de singe » ; — « planter un homme » : — « plumer la poule sans crier » : « loger chez Guillot
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le songeur » ; etc. Fa-ucitc est tout marqueté de cette mosaïque populaire. Le même roman contient encore bien d'autres curiosités linguistiques, à savoir des italianismes, des liispanismes, presque tout le gasconisme du temps, les patois de Saintonge et de l'oitou. et le dialecto picard : le tout fondu en un mélange de haut goùl. où la bizarrerie nesl qu'apparente. Car dAubîgné, dans ses curiosités verbales, serre d'aussi près la réalité que llabelais s'en éloigne par ses débauches d'érudition et ses orgies de vocables. Ici encore, d'Aubigné est fidèle témoin de son ti-mps.
Telle est l'étoile de celle langue, d'une trame solide et bigarrée, où maiule laine rai'e. tirée des pays anciens ou étrangers, se tisse étroitement à la bure nationale. Tout cela sans ell'orl, et sorti tout naturellemenl de la main de l'ouvrier. D'ailleurs d'Aubigné crée au moins autant (juil utilise. Tanlôi il convertit en son bien propre une expression hébraïque ou grecque; lanini il forge une expression nouvelle avec des mois connus, sur un t-hoc imprévu des idées et des termes. A cela il excelle. Il dira du Béarnais (|u il avait uii temps le c(eur i^rillc comme sa chambre; il l'appelle ailleurs •< ce concpiérant du sien propre ». Parler sans ambages. c'est «donner un coup de cavec^on à sa liberté >.. Il aime les images matérielles : traîner le « chariot de l'histoire n. Dans le style religieux, ses hardiesses eussent fait pâlir Pascal : « èlre l'enfant bâtard de la promesse », et « vomir la grâce » !
La verve ne sutfit point à de telles réussites, surtout (juand elles éclatent à chaque page; il faut.