‹ Agrippa d'AubignéChapitre 46 sur 47 · I. niiiNAiN — ( UNI i.i M(»N . ly · texte numérisé non relu

I. niiiNAiN — ( UNI i.i M(»N . ly

iiatiin-l ;i loii^ li--< lioniiiie'^, l'-rrivait iiii |icii (MMiiiiit* \uni< parlons loii*^ : truiic fa<;on lU'jçli^i'c. trainaiitc, mal as^ciiiMi'-t* {inii>mposiit\ dirait-il sans doute) (fiiaiid il siillii d'i-noiirer les <'lioses ; d'une iaoon caliul»'e au coiilraire. et pom'-e, et eurliaîiu'e. et lortc à la r«*nrontn\ <i lidi-e est irnportaiile. si ikhi-^ voulons la faire valoii'. si ii(>ii«i avons à plaider, à foinlialtre, à dt'inentir, ii vaincre. Hlen n explitpie tniruv • pic l'c partajije naturel les deuv inanirre** de d"Aul)ijçnt\ la Itonnc et la mauvaise, on plnll^l la mauvaise et les lionnes, car if en a toutes sorte** de l»onnes, dont une ou deux tout à fait supt-i'ieuren. I.st-il besoin d'ajouter «juil n'attendit jamais aucune réputation de la forme elle-même de ses ouvrages en prose, et (ju une telle idée ne devait pas même rellleurer ?

(]'est dans \ Histoirr i'nn crscllc, dans le^ Mrditniions et dans les Lettres qu'on voit le mieux le mélange, le fort et le faible. Farneatc et Sancy. par contre, qui sont d'ailleurs brefs, furent évidemment travaillés, cliargé-s (pi'ils sont de mécliancelé-s dont aucune ne devait rater. Mais V llixtoirr, (piel « chariot n\ Son mot e«»t juste. Il se perd lui-même dans ses phrases circonstanciées, le iletail luoclianl sur le détail, la parenthèse é'talant au milieu sa fondrière, la construction se raccrochant cahin-caha. .Mais vienne un incident topi(pie. une scène, un fait notoire à retracer, et l'écrivain se rassemble aussitôt. T(d le capitaine (pii somnole inalgn'' lui sur son cheval au cours d une étape pluvieuse, et qu'un coup de trompette redresse en selle, ra}»ière au veni. J)?.ns les Métlitntinns. son ardente pii'-h" ne le pn'--

196 Acrtii'PA I) al'bi(;ne.

serve point (el au contraire!) du mauvais ^oùt des prédifants en tuai d't'dilicalion (juand iiiè'ini', et qui extraient loiii <l un it'xii-. même le ridicule. La métaphore à outrance est ici le d»*faut habituel. Faut-il montrer laction de la grâce du Saint-Ksprit ? elle desrend >^ur la Iric. la harhe, les «-paules, lef? bordai du vêtemcMl. il.-, l'aut-il peindre l'Klat? Le roi. c"«*sl la lian-; la barbe et le col. c'«'st « l'eccit-siastique »: b's bras el la ifinlure. la noblesse; les jambes et les pieds, le peuple, etc. — Kt la snntt' de l'Klat? et le corps de l'Ktat? notis voilà dans l'ali»'*gorie de la pituite, du phlegme. du chvie. etc. Toute cette pi'-danterie. assez rare jen conviens chez dWubignt'. n'en a pas moins un rapport direct avec les sfinions de la Ligue, si diViIcMuent persilb"» dans /•'iriit'stf. 'i'ani il est \ r.ii qu'on n'échappe pa-. au goi^t de son tem|is.

h AiiliiL^iie II V a pas «Thappe non plus en maint passage de ses Lettres, ou de certains petits l'-crits d appar'at. On voit très bien comment, avant de se décidt>r pour la liberté totale de la forme et poui' la la vt'ritt' jaillissante, envers et i-ontre tous. d".\ubignt' avait d'abord cultivé- le bel-esprit tju'il portail en bii-nièiue: car il faillit un niunient u\*tre qu'un Ir-ès bel esprit, (l'est ce langage apprêté, dont «>n sentait le |iiquant sous ses grâces a|>pnscs. «pii dut lui valoir les ])rincipau\ succès de sa jeune^-''. (l'étaient là façons italiennes, usages de cour •■! style N'alois. j'allais dire « ecob' de Fontainebleau (lar Itcole de l'ontainebleau a eu des elFets direclemeiil litlt'-raires. et l'on ne saurait dire exaclenienl auquel dt;s deux arts, peinture ou littérature, elle

I, KCIIIN AIN . CONCI.l Sm.V. VJ'

lui le plus Imiesle. I^a littérature, en tuul «,i>. «."«•n |iiirjjft*a la premièiv. et d Aiil»i;jné trt'< |iioiri|)lfiiient.

Il faut doue tailler et rogner dans celte pn)^»' louli'ue. Ce qu'il disait de «-es rnauuserits dans sou testament : urc, .ver«i, doit surtout s'entendre de cette partie de son «ruvre. si l'on veut ne s'arrêter fjti'aux bonnes pages. Mais alors, (|uelle sur|>ri'^e'. I.e prosateur est presque à la hauteur du poète. De plus, il a une flexibilité de tons, une diversité il allures ipii trahissent l'eirivain-n»*. C'est toute la gamme de la pr(»se «i 'On peut parcourir avec lui. <lepuis la narration la plus lamilirre jusipi'a I art iiiMliiii-f le plus imposatil. Couleur, et (onteur gai. ili'u, net, court, imagi-, mordant, sérieux, houH'oti. àrre, plaisant, il est tout cela dans lùrnrxtc, on I a VM. Narrateur exact, diligent, ^^ituant d'un mot une

•ne, la ravivant d'un trait, tri il «;c montre en leni lieux de V //istiiirr. \ eut-il jout-r. badiner et railler sans amertume, voyez tel portrait de courtisan, digne pendant de celui de du lîellay et de Régnier. \ eut-il conseiller un père qui le corjsulte sur les premiers ouvrages de son fils? la raison le dispute à la grâce : •< Cet esprit excellent doit laisser plus d'haleine à son lecteur, mêlant plus du sien qu'il ne lait, /// insur^at sti/lus nutiiruli /jiilt/iritiitlinr, avi^r des intervalles dilucides; comme les aurfèvres logent les pierreries par comf)artiments, et les jardiniers n'emplissent pas leurs allées, quelques plantes excellentes qu'ils aient de reste en leurs mains ». (^uintilien dit-il mieux? Mais voici qui est purement exquis. Il -iagit fie la ^a-ur du roi. cette

198 Al.llll'l'A II AIIIK.NÉ.

Catherine dr lîar que d'Aiibigné aU'ectiouiiail noblement, et de son mariage, heureux d'abord, puis devenu un enfer : " De là vient, dis-je, que ces amours sont changf's en regrets, vos douces espérances en lra\ eurs. vos caresses sont rompues de circonspections, vos soirées, au lieu de bal et de jeux, se passent en un triste silence, qui nesl interrompu que de sanglots : votre maison est une maison de deuil, votre lit une prison, et la nuit, «jui vous ])rétail les rideaux de ses fenêtres pour couvrir vos plaisirs, couvn- tant qu clU' petit vos suu|)irs v\ vos doléances...

A cette haniKiiiic. a ce « nombre » g«-n<rcux des incis(fs, à ces mclaphttres voilées et pourtant précises, concrèle». qui ne reconnaît le poète et le poèlc habiliii- à traduire en langage des sens les choses de rAme. aimant a « tlonucr corps <• à tout, grâce à un ifali-^iiif iri ili-,rnt. ailleurs violent et farouche? Il t'st donr capaiile, cho«^e iiiipn'*vue. de donner a la prose même le manluM- iitun halaiit et comme 1 amble de ré'légic. (ifpciulaiil <-»'st ailleurs que sa for»'e native rappelle ; car. s'il est m* écrivain, il est davantage encore ne orateur. t>n a vu. dans V /hsitun'. ses harangues à la Tiic-Live. ses portraits a la Tacite. Même, sa pointe d exagération gasconne ne lui nuit point, au contraire! C^ar. si elle caricaturise. elle grave et enfonce le irail. Dire d'un }Mirent : - la pesanteur de ses procès nou-^ a lait suer à Iroi'^ «ents lieues de lui ». c'est la véritt- rendue comique par la charge. Mai^ voici de la vérité tragique, el d'autant plus éloquente tpie la forme en ]»araît outrée : •> ('es hommes (les reltiTs) endunis au bri-

Li:iiii\Ai\. — (:»»\i i.i sio\. l'.ty

"^amlago, (|iii n'i'sliiiiaifiit avoir j<il)it*r i|ih' le»; paysans leurs riourriti«'rs, ilesiftirls ils /'uisuifiit 1rs ijuintaines de leurs inlitinianitvs ». Il riMUDiiIiT iialiirt'lleiiu'iit la iiicla|»lu)rt' iiol)K', ^ramli'. a la Mallierhe. Il dira de la paix sous lluuri l\

Depuis neuf ans la France, rouinie élonnée de son Itien, ne se peut sou\-enii' d avoir dormi un si lini^ ^"iiuneil Mtir son lit pare de /leurs de It/s ». Kt, sur thème favoi'i. les jurandes et belles phrases -. espaeenl sous sa plume, halanrées d'antithèses tiaturelles, avec des toupes nettes, un reliel et un pittoresque tout oratoires : « Si aujourd'hui nous vi>y»»ns un Ktat. mt'-prisé jadis pour sa pauvreh-, maintenant redouté pour ses trésors ; si nous voyons nos masures relevée» en palais admirables, n»)s d«'ser,ls «han^j^és en |)aradis t»M-re-iires... (la |)ériod»* se soutient emore avec le mènje souille plusieurs lignes, pour eadeneer ainsi) « disons que les l'rinces n'ont pas lail seulement la paix ensemble, mais (pn> le fiel la tait avec eux. et ne nous lait plus sentir que des rosées et ne fera tant que nous aurons paix avec Dieu ».

Mais autre tq)oqui'. autre Ion. < hiin/e ans âpre-, 1 l'iurope tressaille, le spectre de la f^uerre reparait partout. Nous sommes en lt»25. I/élo(|uence de d'Aubigné se monte à la o[i'andilo(juence, et d'Aubigné, dans une superbe lettre à Uohan, sonne lalarme des nouvelles batailles. Le frisson des '/'raf^ii/iies court encore dans cette page : « \ ous voyez. Monseigneur, quel est le visage de l'Hurope entière, épouvantable de trente-(|uatre grandes armées, sur le«.(|U4'llt*-; le ciel i^rèle. et fait plus de

200 Vf.llll'l'V I) Al liH.NK.

iiieui"lri*s justes mic d injustes : \i- coiilraii. la laim el la peste iiiai'chent au son des tambours, et lont leurs charges plus souvent que les trompettes ne la sonnent, l/llalie. lAMemagne. la France et les Pays- Bas sont puants Je morts, et plus tpie les charognes y puent les cielections. les inlidélités, et le mépris de toutes les vertus, en un temps où elle serait tant de liesoin. Les chefs des arm«'s enseignent leurs soldats ail nu-pris de la lui. et (ont trafic avec la mort de ces âmes misérables pour remplir leurs coll'res dDr et de '«a'ng. (Jeux ipii sont connus pour y a|i|M>ricf piu^ «le pmliiti- -ont rejelés; la faveur parla;^e les honneurs, et la vertu repoussée enfonce le chapeau : si bien ipiiin mouranl courageux, .i qui la vie nionlrci'ait d un de< cotés du lit ce tableau pour y venir vivre, tendrait la main gauche vers la ruelle à la mort (pii lui en promettrait l'exemption. » .\ celle force, à cette vehéiuence. à Cette plénitude, reconnaissons l'orateur en prose, rival de l'orateur en vers, (^tuand gronde en lui la passion religieuse, tout ce qu'il «'crit monte au même diapason. Car d'.Vubignt' n'est pas de ceux (|ui peuvent écrire '■ en tordant leurs consciences et leurs ccvurs »>. Il n a (|uc •■ sa I oiis, ience pour trésorièi*e de ses réroiupenses «. (l'est ce qui lui fait dire à Mme des Loges. un imiis avant sa mort, cjue sa " tète loudroyé-e. et non vaincue, s'arme encore de lauriers ». Toutefois le laurier suprême, le martyre, ne lui fut pas accordé. Il dut le regretter, lui qui a jeté cet appel : « S'il faut périr par les flammes, nous jetons nos vues au chemin quelles prennent : elles iront devant, et nous après ».

I ICIIINVIN. ( OM II slMN . "JUl

Tel st' iiioiilre il nous Irrrivain. Ii-I lui I lioiniiic. Ilii ti-rriiiiianl. il tant I«'s unir c\ Irs ronloiulri- dans une nnilf si parfaite. «|Uf IhistoiiT en olln- peu

• l'aiilrcs i*xiMii|>lt's. l'n .losi-pli dr Mai>»lrr («lUc ir.\ul)ignc ne s'ollV-nse point (in rappro( iicnirnt ) lui

• st sjMil rorn|)aral>l(> par rinfailliliilil»' «In carafti-n-. if cnllf de l"ii(»nnenr. la ri}^onr«'ns»" conrorniilt- d»- la vie anx [»riii<ipi-s, et les constMinenres ile ces prinripes ponrsnivies jusipi'à leurs dernières extreiiiili-s. l'inrort' dAiihi^nt- a-l-ii •^iii- lui riminense avantajçe 'I avoir «iavoiin- lonlcs if>« )oii's d** I action, et d avoir

i->siirf pai" if ^laivf la virtoirf df <«on parti, df •».! loi. Mai< son parti devait si- di'la< In- r df iiii apif^ la victoire ; cl, dan^ sa rfli^ioii nifinc, pfii dcvaifiil le suivre juscpi'an ImhiI. |)f Iris partisans, en elli'l. -onl. après la Intlf, piii"; in<"oniniodfs que des adversaires. (Iciix-ci |»t'iivenl en ell'et dt'-sarnier. -ijçner du moins des arniisliees; <-eux-là ne désariiienl jamais, l/état dr j^jnrrre est leur état naliirel. In humme comme d Anl»ij^m* ne se «-omprend et même ne peut se tonner qn en un temps où " les L,'iierres civiles itiondaient If l5oyanme. tontj's les provinces étaient tronliérf». tontes les maison< corps de jçarde, <*l oii la ;^nerre y Irnait lifii de loiiles les protfssiims >.. L V- pic une lois remis(^ an lonrreau, «pie taire d un d Anitigiu- ? l/on se repr»*- >iente assez certaine scène où d'Aubigné survenant inopinément chez le roi. Henri l\ . «pii l'aima toujours quoi qu il en dise, hésita sil jetterait ses l)ras au cou de son vieux compagnon ou s'il le ferait ourher à la Bastille. Le repos forcé lit de lui un rrivaiii. iiii • auteur /< : le soldat en gémit, en nigil.

AMtii'i' V 1» AI lin. m:

Mais ses riigi-;MMiienls lurent suj»erl>«--. el >uii iiiulheiir assure à jaiuais sa gloire.

-Ne prenons pas congé du iiayard des armées protestantes sans jeter un dernier regard sur le portrait de lîàle. (iet œil bleu, vif et dominateur, est celui où Henri redoutait de lire un reproche; cette bouche serrée n'a jamais prononcé un serment dont elle se soit parjurée; cette haute stature ne s'est jamais ployée en courbettes; pour lui le " hausse-col » ne s'est jamais « changé, en porte-fraise » ; ce vêtement d'apparat eulin. riche et guerrier tout ensemble. recouvre un corps percé en dix-sept endroits, et un cd'ur ipii lui loujour>. >ans reproche. V,t la main <pii gagna des batailles au futur Henri \\ fut la uièiiie qui écrivit les Tinf^ir/itrs. Au *fuil des temps iiiodci iic^. il Aiibignc. I liouiuie d un heroupie passé, s(tlilal. hixlorien, pt>éte, nous apparaît comme I incarnation *l uni* foi et d une l'-poijuc disparues : c est le (Icniicr de^ |>.iladiii-.

TAUM': i)i:s MA I ii;i{i:s

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CiiAI'lTHK I. — Le [loi-li- ilii l'nittfnij' i'*

— II. — Le |n«'t<* des Tra^iqiK ':>

— III. — L histurioli et le |iiili(iiiiii-. . lin IV. — Lo Saliri<|iie ; /'trru-ntr et Stimi/. . . . \'i'>

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