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d'apostasie ({uils prol'èirnl leur est cloué sur les lèvres par cette phrase cligne : « De qui pouvezvous attendre une telle mutation en la créance, que ide celui qui nen aurait point? Auriez-vous plus agréable un roi sans Dieu?» Et là-dessus Givry, Biron, Chàlillon, La Noue traînant sa jambe blessée, accourent et s'inclinent. La partie est gagnée pour l'instant. Du moins il ne reste plus à conquérir au nouveau roi que son royaume, l'ne bagatelle, auprès de ce qui vient d'être fait.
D'Aubigné franchit avec le roi cette dernière étape. C'est à lui, à ses mains incorruptibles, qu'Henri IV confle l'otage de la guerre civile, son oncle le (Cardinal de Bourbon. Kt d'Aubigné le garde en celte petite place forte de Maillezais. qu'il avait prise naguère et qui était « demeurée à son preneur ». Puis, coup sur coup, c'est Arques, c'est Ivry. c'est l'alfreux siège de Paris, dont les horreurs seront burinées dans les Tragiques, c'est le siège de Bouen, où le roi courut les plus extrêmes dangers et épouvanta d'Aubigné par sa témérité. L'écuyer est encore si près du cœur de son maître que, quand il n"a pu assister à une affaire, son roi lui-même prend soin de la lui raconter sur place. Ainsi pour la bataille d'Arqués. « Ce grand roi me conduisit par la main en tous les endroits remarquables..., bien que lors il n'y eût aucune délibération d'écrire cette histoire. »
Ainsi, en 1589, d'Aubigné ne pensait encore nullement à se faire l'historien d'Henri. Mais Henri voyait-il déjà si loin et si juste? Avait-il dès lors le pressentiment que. la partie gagnée, le seul rôle de
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cet actif témoin de sa vie serait désormais de la raconter? Projetait-il déjà son historien futur?
Cependant les événements se précipitaient ; linévilable allait s'accomplir. Après une résistance décente, le i"oi s'acheminait peu à peu vers une « mutation » que d'Aubigné lui-même avait pu prévoir. I^e 21 juillet 1593, à Saint-Denis, Henri W entend la messe et baise le grand autel. Aussitôt s'apaisent quarante ans de guerres civiles, et le roi de Navarre est reconnu roi de tous les Français.
Par cet essor définitif. Henri IX échappait aux mains de ses fidèles, et en particulier de d'Aubigné. Le fossé, entre maître et serviteur, s'approfondissait en abîme. Le parti, atteint au cœur, était aussi frappe (1 iiiipiii>^saiice dt-linitivc puis(|ue son chef et « protecteur » olliciel, maintenant roi. assistait à la messe. Kt les vieux compagnons du Béarnais, penauds sous leurs buffleteries percées, tracassant une épée désormais inutile, n'avaient dautre choix que do retourner obscurs en leurs pauvres logis, ou de changer de ton et de caractère, et de se transformer de religionnaires en gros fonctionnaires, et de partisans en courtisans.
Grondant, malcontent, et cachant mal son amertume, d'Aubigné rentra dans son donjon de Maillezais. Du haut de sa petite ville forte, qui comptait parmi les « places de sûreté » des huguenots, il guettait les événements. Fallait-il vraiment qu'il se
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réduisît désormais aux ressources de « Técriloiro »? Les féaux serviteurs du maître aujourd'hui parjure seraient-ils ensevelis sous les ruines de leur triomphe? N'aurail-il plus besoin, ce maître adoré et détesté tout ensemble, de leur épée. de leur bras, de leur tète si bonne au conseil, de leur cœur si prompt au dévouement? Le rêve d'un Agrippa, — un roi de France huguenot, et les preux de Coulras montant la garde autour de son trône, — ce rêve était-il à jamais dissipé? IL'las, il se dissipait cliatpie jour davantage. Deux ou trois Ibis. d'Aubigné eut comme un faux espoir. Mais enfin il lallail se rendre à Tévidence. D'autres temps (•laiciil venus, et d'autres hommes étaient nécessaires à lleni-i 1\'. même dans le parti protestant, surtout dans rr parti. In Duplessis-Mornay. bieiilùt un Sully, seront les hommes de sa nouvelle jiolititpie. D'Aubigné- ne pouvait l'être. (>e n'est ])oint (pie le vigoureux maistre de cam|> n'eût point rt-tolle (l'un homme d l''lal. 11 1 aurait eue, si l'on pouvait devenir homme d'Iùat en restant religionnaire. Mais »iue faire, après 1.^1)3, d'un irréconciliable, d'un intransigeant? Sa place n'était désormais que dans sa forteresse, ou auprès des consistoires pour en soutenir la résistance, ou autour du tapis vert où se discuteront bientôt les clauses de rÉdit de Nantes, pour défendre les droits des huguenots. Ce sera là l'étroite revanche, d'ailleurs iniiniment honorable et juste, des intraitables du parti, d'un Rohan, d'un La Trémoille, d'un d'Aubigné. Ce dernier surtout, par toutes armes licites, combattra la politique intérieure de son maître et le forcera à compter avec son ancien compagnon de lutte.