CHAPITRE PREMIER
-MALADIES DE LA TÊTE
Section I. Maladies chirurgicales. — Plaies. — Fracture du crâne. — Commotion cérébrale. — Contusion. — Compression. — Céphalaematome. — Encéphalocèle, — Fongus de la dure-mère. — Hydrocéphale. — Loupes. — Corps étrangers. — Epancliements traumatiques intracrâniens. — Trépanation. — Exostose, carie, nécrose, anévrysmes. — Diagnostic différentiel des tumeurs du crâne.
Section II. Maladies internes proprement dites. — Hémorrhagie des méninges. — Méningite simple aiguë. — Méningite rhumatismale. — Méningite tuberculeuse. — Congestion cérébrale. — Hémorrhagie cérébrale. — Ramollissement du cerveau. — Méningite cérébrospinale. — Paralysie de la 3e paire. — Paralysie de la 7e paire. — \évralgie trifaciale. — Névralgie cervico-occipitale.
SECTION I
MALADIES CHIRUIIC.ICALES.
147. Plaies. — Symptômes. — 1° Locaux : Variables selon que la plaie est faite par instrument piquant, tranchant ou contondant ; — avec ou sans lambeau ; — avec ou sans hémorrhagie ; — avec ou sans corps étrangers ; — avec ou sans " bosse ou épanchement sanguin sous-cutané, sous-aponévrotique.
2° Généraux : Variables selon l'intensité ou la gravité de la plaie (Voir Commoticn, 149).
Traitement. — 1° Local : Si la plaie est simple, layer, raser et réunir les parties divisées; — pansement simple à plat. — S'il y a présence de corps étrangers, les enlever ; remettre et maintenir en place les lambeaux, réunir à l'aide du diachylon qui
est le meilleur des agglutinatifs, ou bien à l'aide de la suture entortillée {fig. 23) préférable aux autres sutures: recouvrir avec cataplasmes froids ou bien charpie ou compresses imbibées d'eau fraîche. — En cas d'hémorrhagie, compression non sur la plaie, mais sur le trajet de l'artère ; ligature difficile ou inutile; ne pas tamponner directement la plaie. — S'il y a bosse sanguine, compression locale; compresses résolutives (H6); n'inciser que si l'on désespère de la résorption du liquide. Sî l'on craint la suppuration, ménager une issue au pus à la partie déclive.
2° Général: Repos ; boissons acidulées; pédiluves sinapisés.
Complications consécutives. — La plaie est devenue douloureuse, les bords tuméfiés, avec malaise, fièvre, rougeur, empâtement des téguments voisins; douleurs brûlantes, pongilives, lancinantes; phlegmon (HO) (érysipêle phlegmoneux). — Frissons, fièvre, céphalalgie, nausées, vomissements, sensibilité excessive, rougeur, empâtement du cuir chevelu {érysipêle), (51). — Formation de clapiers purulents, ou bien pâleur de la plaie; issue de sanieichoreuse; si l'os est visible, il est terne, jaunâtre, peu ou pas adhérent au périoste; parties voisines rouges, livides, saignantes baignées de pus, {Carie, nécrose (139).
Traitement. — 1° Local : Ouvrir les phlegmons; traiter l'érysipôle (51), enlever les parties nécrosées; réprimer par le nitrate d'argent les bourgeons charnus exubérants.
2° Général : Émissions sanguines générales, sangsues aux malléoles, à l'anus, quelquefois localement ; laxatifs ; émétique en lavage (0,05 pour i litre d'eau ou de bouillon à l'oseille) ; pédiluves sinapisés.
148. Fracture «lu crâne. — Symptômes. — Locaux et généraux: avec ou sans plaie. — Douleur locale, empâtement; issue de liquide par la plaie quand le blessé se mouche ; au fond de la plaie, solution de continuité rectiligne ou-étoilée {fêlure).
D'autres fois, douleur locale fixe, augmentant par la pression, les mouvements, la mastication ; crépitation, empâtement œdémateux rendu plus sensible par l'application de cataplasmes ; apparition, 24 ou 36 h. après l'accident, d'une ecchymose à un endroit de la tête qui n'a pas été contus, aux paupières, dans les conjonctives, à la paupière inférieure ; — écoulement de sang par le nez, l'oreille, la bouche, au moment de l'accident; écoulement d'un liquide séreux par l'oreille ou par le nezj — abolition ou diminution des facultés intellectuelles, anesthésie; coma {fracture de la base du crâne ).
JYe pas confondre avec commotion (149), contusion (150).
MALADIES DE LA. TÈTE
Traitement. — Local et général: -1° S'il n'y a pas de plaie : Saignées abondantes et répétées; eau froide sur la tète; laxatifs, eau de Sedlitz ; limonade purgative ; ealomel (0,50 à I gr.) ; résine de jalap, seammonéc (0,50 'à 1 gr.) ; boissons acidulés, limonade gazeuse; orangeade; eau fraîche. — S'il y a signes de compression, paralysie, assoupissement sans fièvre peu après l'accident; saignées abondantes ut suprà et couronne de trépan (?). — Si plu sieurs jours après l'accident il y a délire fébrile, contracture, convulsions, si l'on sent des esquilles: trépan. — ■ 2° S'il y a plaie, le trépan est mieux indiqué; mais seulement s'il y a enfoncement et accidents consécutifs graves, paralysie.
149. Commotion cérébrale. — SYMPTÔMES. — 1er degré OU légère : Étourdissement, éblouissement, tin ement d'oreilles, résolution du système musculaire.
2e degré ou forte .-Perte de connaissance; pâleur, immobilité, résolution, vomissements, selles et urines involontaires, ralentissement de la respiration et de la circulation, somnolence, conservation de la sensibilité, de la myotilité et des sens : diminution de ces symptômes au bout de 4 à s jours.
3e degré ou foudroyante : Perte de sentiment, de mouvement; diminution considérable de la respiration et de la circulaiion; mort.
Ne pas confondra avec contusion (IcO), compression (151), hémorrbagie (16 .), ivresse.
Traitement. — 1er degré: Pas de saignées; excitants; potion stimulante; eau de mélisse, de menthe, d'arnica; tilleul et feuilles d'oranger; faire inspirer du vinaigre, de l'ammoniaque liquide; frictions excitantes sur la région précordiale.
2e degré : Quand le pouls se sera relevé, mais pas avant, une,
deux, trois saignées; sangsues aux apophyses mastoïdes, si le
coma persiste; purgatifs salins; eau de Sedlitz, limonade purgative.
3e période: Dérivatifs ; sinapismes; vésicatoires sur le crâne ou à la nuque.
150. Contusion. — Symptômes. — Gf'nérauœ : Agitation continuelle, perte de connaissance ; respiration lente et profonde, mais non stertoreuse ; contracture des membres; contraction pupillaire; chute ou abaissement de paupièue ; contraction spasmodique des muscles de la face; difficulté ou impossibilité de parler; puis, 4 ou 5 jours après, fièvre ; délire ; convulsions; paralysie.
Nepas confondreavee commotion (149) dont les symptômes vont en diminuant, tandis que le contraire a lieu pour la contusion.
CouliéUj Aidc-mém., 2» édition. 7
Traitement. — Général : Émissions sanguines générales et locales; sangsues en permanence derrière les oreilles; réfrigérants sur la tête; révulsifs aux membres; dérivatifs sur l'intestin.
loi. Compression. — Symptômes. — Généraux: Somnolence, abolition des facultés psychiques; troubles des sens; pupilles dilatées, contractées, immobiles, strabisme; abolition de la sensibilité, de la myotilité du côté opposé à l'épanchement; respiration stertoreuse ; pouls lent, petit ; incontinence ou rétention des selles et des urines. Ces symptômes varient selon la quantilé de 1 épanebement.
Ne pas confondre avec commotion (149), contusion (150).
Traitement. — Général : limonade ; petit-lait additionné de tartre slibié (0,03 pour i litre) ; saignées ; sangsues comme cidessus (voir Eémorrkngie cérébrale, 1 6'').
do2. Céphalsematôme. — Symptômes. — Locaux : Chez les nouveau-nés, tumeur épicrânienne molle, dépressible, de volume variant enlre celui d'une noisette et d'un œuf de poule, arrondie, rénitente, fluctuante, déterminée par la présence du sang; saillie d'un bourrelet osseux autour de la tumeur: la compression sur la tumeur n'amène ni douleurs, ni accidents cérébraux, ni diminution de volume.
Variétés: 1° Sous-aponévrotique ; — 2° sous-péricrânien ; — 3° sus méningien. Beaucoup n'admettent que la 2e variété.
Ne pas confondre avec encéphalocèle ( 53), fongus de la duremère (154), bosses, loupes (156), œdème.
Traitement. — Local : Compresses résolutives; eau- de-vie camphrée; teinture d'arnica; compression; séton ; incision large : lube à drainage; pansement simple; injections aromatiques.
153. Encéphalocèle. — Symptômes. — Locaux et généraux: Tumeur occasionnée par la sortie accidentelle ou congénilale d'une portion de l'encéphale, arrondie, circonscrite, molle, élastique, peu ou pas douloureuse, sans changement de couleur à la peau, avec pulsalions isochrones au pouls, augmentant par les cris, les efforts ; compressible et pouvant rentrer dans le crâne; cercle osseux environnant la tumeur; assoupissement, insensibilité, paralysie quand on la comprime : dans quelques cas rares, la tumeur est irréductible et sans mouvement. Congénilale, l'encéphalocôle est au niveau des sutures ou des fontanelles.
Ne pas confondre avec loupe (156), céphahematôme (152),
fongus (154).
MALADIES DE LA TETE
Traitement. — Local: Compression modérée et méthodique à l'aide d'une calotte de carton, de cuir, de gutta-pereha ; si la tumeur est volumineuse, se borner à la défendre contre les agents extérieurs.
154. Foutus de la dure-mère. — Symptômes. — Locaux : Tumeur circonscrite, irrégulière, dont le développement a été lent et graduel, sans changement de couleur à la peau, de consistance médiocre, réductible, offrant à sa surface des points résistants, d'autres mous; mouvements alternatifs de soulèvement et d'abaissement ; par la compression, apparition de somnolence, d'assoupissement, de paralysie; bords de la tumeur hérissés de saillies irrégulières.
Ne pas confondre avec les loupes (156), qui sont mobiles, avec l'encéphalocèle (15:5), qui est congénitale ou consécutive à un accident, avec le céplialœmatôme (152), qui est fluctuant, non répressible, sans battement.
Traitement. — Expectation ; palliatifs ; quelquefois ablation.
155. Hydrocéphale. — Symptômes. — Locaux et généraux : Tête volumineuse; écartement et mobilité des os du crâne; dans leur intervalle, membrane transparente soulevée et formant une tumeur fluctuante; état comateux et convulsions quand on comprime la tumeur ; assoupissement {H. congénitale).
Affaiblissement graduel de l'enfant; amaigrissement; apathie ; démarche chancelante; perte ou diminution de mémoire ; vomissements; somnolence ; strabisme ; dilatation des pupilles ; vertiges; pesanteur de tête; céphalalgie; augmentation du volume de la tête; front très bombé ; yeux enfoncés; puis appétit vorace ; convulsions ; salivation ; anéantissement et affaissement physique et moral {H. acquise).
Ne pas confondre avec encéphalocôle ( 1 53), fongus (154).
Traitement. — Local et général : Palliatif; toniques; amers ; huile de morue ; quinquina ; augmenter les sécrétions urinaires, intestinales ; compression méthodique et soutenue ; pas d'opération.
156. — Loupes. — Symptômes. — Locaux : Tumeurs plus ou moins dures, plus ou moins volumineuses, arrondies, globuleuses, ovoïdes, à base large, indolentes, sans changement de couleur à la peau, uniques ou nombreuses, isolées ou réunies et. contenant un liquide fluide, ou une matière onctueuse comme du miel (meliceris), ou comme de la bouillie, du suif (athérôme).
Ne pas confondre avec bosses sanguines, céphalœmatomc (152), encéphalocèle (153), fongus de la dure-mère (154).
Traitement. — Local Par incision simple; évacuation du kyste; remplir la cavité avec de la charpie sèche ou enduite d'onguent styrax. Extirpation à l'aide d'une incision simple ou cruciale et énucléation; panser avec l'eau fraîche pour éviter Pérysipèle. — 2° Par caustiques ; traînée de pâte de Vienne sur l'étendue du grand diamètre de la loupe; limiter l'action du caustique entre deux petites bandes du diachylon.
157. Corps étranger». — Ils peuvent être logés dans l'os sans dépasser en dedans, ou bien proéminer eh dedans; — ou traverser de part en part comme une baguette de fusil; — ou se perdre dans l'intérieur du crâne.
Symptômes. — Variables selon le siège de la tumeur, le corps vulnérant, etc. Tantôt phlegmasie locale; tantôt carie, nécrose, méningo-encéphalite, abcès du cerveau; tantôt paralysie, hémiplégie, quelquefois peu de symptômes. ^ Traitement. — Extraire le corps étranger s'il est possible, à l'aide de pinces ou tenailles si c'est un instrument piquant; à l'aide d'élévatoire, de tire-fond si c'est une balle ou un éclat d'obus logés clans l'épaisseur des os du crâne ; ou bien couronne de trépan. Si la balle est dans l'intérieur du cerveau et donne lieu à des symptômes graves, couronne de trépan et extraire l'a balle avec une pince à mors. Si la blessure est ancienne et s'il n'y a pas d'accident, expectation.
157 bis. Épanchements trauraatiqaes iiitra-crâniens. — Symptômes. — Ceux de la contusion et de la compression (\ 50, allant depuis la stupeur jusqu'au coma, à l'aneslhésie, à l'akinésie, à la paralysie, à l'hémiplégie ; quelquefois convulsion d'un côté, paralysie de l'autre.
Traitement. — 1° Médical : Saignées répétées ; sangsues aux apophyses masloïdes; émétique en lavage (0,05 pour un litre); purgatifs ; diète.
2° Chirurgical : Si l'épanchement est constaté, trépan au niveau de la plaie ou de la fracture. S'il y a hémiplégie, et même sans hémiplégie, s'il n'y a aucun signe local, application douteuse. Avec ou sans signe local, s'il y a attaque ou résolution générale, pas de trépan. — S'il y a fracture avec écartement des fragments assez considérable pour la sortie du liquide, attendre avant d'en venir au trépan.
157 ter. Trépanation. — La tête du malade repose sur une planche recouverte de linges épais : incision cruciale ou en T comprenant la peau et le périoste que l'on décolle avec les pinces, le bistouri ou une rugine. Faire écarter les lèvres de l'incision et appliquer la couronne de trépan. Pour cela, fixer
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le pourtour du pommeau du trépan sur le menton comme point d'appui, et avec la main droite imprimer un mouvement de rotation de droite à gauche, lent d'abord, puis rapide, jusqu'à ce que la couronne du trépan ait fait sa. voie. On enlève alors le pèrforatif, et on continue le mouvement de rotation en attaquant le diploé, mais alors très-lentement en retirant souvent l'instrument jusqu'à ce que la lame interne de l'os soit attaquée. On retire le trépan et on introduit dans le trou central le tire-fond avec lequel on enlève la rondelle d'os. — Ruginer avec le couteau lenticulaire boutonné les bords irréguliers de l'ouverture; brosser avec une barbe de plume ou souffler fortement les parcelles d'os pour qu'il n'en tombe pas sur la dure-mère. — Pansement. — Rapprocher les lèvres de la plaie en laissant dans leur intervalle une petite mèche de charpie pour l'écoulement du liquide : charpie cératée, ou imbibée d'eau fraîche.
Nota . — Éviter de pratiquer l'opération au niveau du sinus longitudinal supérieur ou des sinus latéraux.