‹ Aide-mémoire de chirurgie de guerre; traumatismes professionnels du temps de guerreChapitre 27 sur 84 · ARTICLE V.— BLESSURES PAR BALLES DES NERFS · texte numérisé non relu

ARTICLE V.— BLESSURES PAR BALLES DES NERFS

Leslésionsdesgros nerfs sont rares : 260 cas (Crimée, Sécession, guerre de 1870-71), d'après Fischer.

Quant aux lésions des rameaux nerveux, plus fréquentes, elles peuvent se répartir en trois ordres ée phénomènes :

1° Phénomènes dus au trouble immédiat apporté par le traumatisme dans la fonction du nerf atteint (paralysie de la sensibilité et de la motilité, crampes, convulsions, contractures).

2° Phénomènes secondaires, s'observant dans la •sphère de la sensibilité [névralgies), de la motilité {paralysies, contractures), de la nutrition (troubles trophiques),

3° Phénomènes identiques aux précédents, mais ne survenant pas dans la région anatomique qui est sous la dépendance directe du nerf blessé. Ils sont dits d'ordre réflexe (3).

Delorme décrit en première ligne le tétanos, accident consécutif aux blessures des nerfs. En raison des

il) Schwarfz, Des injections de sérum artificiel dans les cas d'hémorragie, de choc traumatique, de septicémies graves [Journal des Praticiens, 1896).

[i) De Santi, toc. cit. (Semaine médicale, 1895).

(3) Nimier, La guerre au Tonkin et à Formose (l883-8i-*.:>) (Arch. de méd. milit., 1889).

récents travaux sur le bacille de Nicolaiev, nous avons déjà étudié cette maladie parmi les complications desplaies, quelle que soit la théorie qu'on invoque (1). Viennent ensuite les troubles de la motilitê, de la sensibilité, de la nutrition des tissus, des fonctions des centres.

Troubles de la motilitê. — La paralysie de la motilitê est la conséquence fatale des lésions par coup de feu des nerfs mixtes. Elle est tantôt incomplète, tantôt complète, suivant le degré de la lésion primitive. Limitée le plus souvent aux groupes de muscles innervés par les nerfs atteints, la paralysie motrice peut parfois s'étendre à d'autres groupes.

Cette paralysie entraîne souvent des déviations qui sont dues, parfois, à la prédominance d'action des antagonistes, tantôt à la rétraction des muscles paralysés.

Troubles de la sensibilité. — Après la blessure d'un tronc nerveux mixte, la sensibilité est le plus souvent moins atteinte que la motilitê. Le même fait s'observe consécutivement. Un des phénomènes constaté, surtout, à une époque plus ou moins éloignée di* traumatisme, c'est que, très souvent, avec l'abolition de la sensibilité tactile, de la sensibilité à la température, coïncide une hyperesthésie à la douleur (causalgie). Weir Milchell observa 19 faits sur 50 blessures de nerfs par armes à feu.

Si cette hyperesthésie se prolonge, les centres s'exaltent et propagent l'éréthisme dans tous les sens. Le blessé tombe dans l'état que Weir Mitchell a appelé le tétanos sensoriel (2). Cette hyperesthésie est surtout constatée à la suite de contusions, de plaies contuses incomplètes (A. Paré), et de plaies des nerfs-

1 Voy. Coustau, Aide-mémoire de chirurgie militaire,]). 117 à 131.

2 Delorme, Traité de chirurgie de guerre, liv. I, 1888, p. 630. — 2 observ. de Cunin et de Weir Mitchell.

BLESSURES DES NERFS. 12f

compliquées de corps étrangers. On l'a notée aussi à« la suite des amputations (névralgie des moignons). Elle coïncide très souvent avec Y état luisant. Pour les nerfs des membres, les sièges de prédilection de la causalgie, sont la paume de la main, la face palmaire des doigts, la face dorsale du pied.

Troubles trophiques. — Quand la lésion a porté sur tout le diamètre d'un nerf et que la réunion n'a pu être obtenue, les tissus du membre qui reçoivent l'influx du nerf sectionné, s'atrophient (peau sèche, rude, angles cassants, chute des poils, tissu cellulaire disparu, muscles atrophiés, pulsations affaiblies).

Aspect luisant. — D'autres troubles peuvent se produire encore, la peau devient érythémateuse, rouge, tendue, luisante, surtout aux pieds et aux. mains. C'est ce qu'on appelle Yaspect luisant delà peau. Doigts effilés, glabres, rouges ou roses ; éruptions vésiculeuses, avec ulcérations rebelles à l'extrémité des doigts et des orteils. Ongles incurvés, amincis, déchaussés à leur base ; chute ou hérissement des poils.

La sécrétion sudorale est abolie dans les sections complètes des nerfs, augmentée ou pervertie dans les sections incomplètes, avec phénomènes douloureux. Quelquefois odeur vinaigrée.

Le tissu cellulaire s'atrophie, ou est le siège d'un empâtement œdémateux, subinflammatoire, surtout au momentdes accès névralgiques. Atrophie des muscles généralement précoce (quelques semaines après la blessure) .

Les arthropathies apparaissent le plus souvent tardivement, précédées des douleurs cuisantes de la causalgie. Terminaison habituelle par ankylose, qui défie tous les efforts l/Weir Mitchell).

Les articulations atteintes sont toujours au-dessous

delà blessure. Enfin, lésions osseuses ou périostiques et troubles de la calorificalion : élévation de température, quand les nerfs sont irrités, douloureux, et abaissement, dans les conditions opposées.

En résumé, certains de ces troubles nutritifs relèvent de l'atrophie pure, et succèdent à la suppression de l'action des nerfs sur les organes auxquels ils se distribuent; les autres sont liés à l'irritation du nerf, à la névrite.

Troubles cérébraux. — Tétanos, èpilepsie traumatique, chorée, hystérie traumatique, paralysie, atrophie <jenéralisée. Quelques auteurs ont signalé Tataxie locomotrice, due au même processus irritatif médullaire que les paralysies atrophiques.

Propagation cérébrale: 2 cas observés par Delorme, à l'école de Saumur (1882), et à l'hôpital Saint- Martin (1870-71) (1).

Le premier cas sur un cavalier de manège, marié, puni pour des troubles que ses chefs attribuaient à l'ivresse, et qui n'étaient que des accidents cérébraux dus à une lésion traumatique remontant à deux mois. Il fut retraité pour paralysie, moins de six mois après l'accident.

Donc, les irritations des nerfs périphériques consécutives à leurs traumatismes peuvent entraîner et entraînent surtout, comme lésions centrales, des lésions médullaires, circonscrites ou étendues, intéressant soit les méninges, soit le cordon médullaire même.

On voit la difficulté d'établir un pronostic exact des conséquences des blessures des nerfs par coup de feu, à une époque relativement rapprochée du traumatisme. Comme conséquences médico-administratives, réserver le pronostic, ne l'établir que le plus

(I) Delorme, op. cit., t. I, p. 637.

longtemps possible après le traumatisme (Delorme)- Traite nient. — Pour les paralysies musculaires, électricité après cicatrisation de la plaie. Adjuvants: massage, frictions, douches alternativement chaudes et iïoiJes. Contre ïanesthésie, frictions avec huile térébenthinée,vésicaloires répétés, brosse électrique, — quelquefois utiles.

Contre Yhyperesthésie, les névralgies : sachets de glace, linges imbibés d'eau froide en applications locales. Injections hypodermiques de morphine loco dolenti ou à distance ; bons résultats, mais n'en pas abuser ; l'associer à l'atropine. En dernier ressort, névrutomic. Cette opération a réussi, huit ans après, chez un blessé de Wagrani (Descot).

Gangrène par lésion des nerfs. — Il existe des exemples positifs (Wyattj, dans lesquels la gangrène, quand elle envahissait les membres inférieurs, était toujours liée à la section du nerf sciatique par des balles, mais il y a aussi beaucoup d'exemples négatifs. De sorte que si la blessure des nerfs importants peut constituer une cause prédisposante de gangrène, elle n'est pas suffisante pour amener, seule, la mortification des tissus.

Corps étrangers des nerfs. — Les nerfs arrêtent Tarement les corps étrangers, en raison de leurfaible volume; cependant les accidents ainsi déterminés sont graves. Aux symptômes de la commotion, de la contusion et de la compression des nerfs auxquels les corps étrangers donnent naissance, en succèdent d'autres plus graves, ceux du tétanos, le plus souvent, ou de la névrite.

L'ablation du corps étranger s'impose, quand on peut être certain de sa présence.

Page 1