ARTICLE XIII. — RESULTATS ELOIGNES DES BLESSURES DE GUERRE
Les infirmes, les invalides sont nombreux, après les grandes guerres, et, souvent, on ne peut pas être fixé sur l'avenir d'une blessure avant longtemps.
Les Anglais eurent en Crimée 11 515 blessés, qui fournirent 3 011 invalides (3G, 15 p. 100).
La guerre d'Italie occasionna à nos soldats 19 677 blessures, nécessitant 3 660 pensions (18, 1 p. 100).
La guerre de la Sécession, sur 284 054 lésions de guerre, fit plus de 35 000 invalides (14, 4 p. 100).
En 1806, sur 16 177 blessés, les Prussiens comptèrent 7 573 pensionnés (46, 8 p. 100), soit la moitié des survivants.
La guerre de Bosnie et d'Herzégovine (1878) donna lieu à 56, 6 p. 100 de retraites ou réformes, nombre supérieur au chiffre des guérisons sans infirmités (37, p. 100).
On sait, d'ailleurs, que le chiffre de pensions, gratifications, secours, retraites, s'accroît dans chaque lutte nouvelle. Chauvel et Nimier font remarquer que c'est surtout parce que les gouvernements les accordent avec une plus grande libéralité que jadis. La politique s'en mêlant, on arrive parfois à des chiffres fantastiques. Si nous en croyons, en effet, C. de Varigny, le bureau des pensions, United States Pension Bureau, créé en 1861, en Amérique, lors de la guerre de la Sécession, pour assurer une retraite aux officiers et soldais blessés de l'armée du Nord, et une pension aux veuves et enfants des tués, — ce bureau sert de 1861 à 1864 aux ayants droit 5 millions de pension par an. La lutte se termine le 9 avril 1865, par la reddition de Lee. A mesure que l'on s'éloigne de la période de la guerre, et que les extinctions se produisent, les chiffres grossissent et les demandes s'accroissent. Le nombre des pensionnés, qui s'élevait à 198 668 en 1870, atteindrait en 1891, — 26 ans après la guerre, le chiffre de 676160, et celui des postulants pour 1891 seulement dépassait 363 000! (1).
(1) Arch. de méd. mil. janvier 1893.