RÉSULTATS ELOIGNES DES BLESSURES
Les lésions cutanées (cicatrices) peuvent entraîner des déplacements, des positions anormales des membres, des troubles fonctionnels considérables.
Les aponévroses perforées, déchirées, donnent lieu à une hernie musculaire plus ou moins gênante.
Les muscles, tendons, complètement divisés et définitivement séparés, occasionnent delà gène dans les mouvements, et Jes muscles antagonistes, par leur rétraction, peuvent produire des déplacements prononcés.
Les vaisseaux lésés sont les organes qui se réparent le plus facilement au point de vue fonctionnel, le développement des collatérales suppléant rapidement à l'oblitération d'un gros tronc. Parfois, cependant, il y a de l'œdème, une coloration violacée, des varices, des ulcérations consécutives.
Les nerfs sont le siège de lésions consécutives dont nous avons déjà parlé (Voy. p. 119 à 124).
Les corps étrangers enkystés provoquent souvent des douleurs, de la gêne fonctionnelle, de la suppuration, après une quiétude de plusieurs années. On peut être appelé à intervenir. L'esquillotomie s'impose, parfois, à la période ultérieure, pour amener l'occlusion des fistules, la guérison complète.
Eaux minérales. — Les eaux minérales améliorent souvent ces blessures. Sur 2 98i blessés, 266 guérisons, 1 882 améliorations (78 p. 100 de résultats immédiats favorables), signalés par E. Rochard (Barèges). Sur 600 blessés suivis pendant trois ans, 77 guérisons, 366 améliorations persistantes (74 p. 1 00 de bénéfices durables, notés par Armieux (Barèges). A Amélie-les-Bains, sur 243 coups de feu, 62, 52 p. 100 de bons résultats.
A Bourbonne-les-Bains, sur 1818 coups de feu, 222 guérisons complètes et 1 069 améliorations (71, 2 p. 100 de succès immédiats).
Les fractures par coups de feu occasionnent habituellement des troubles fonctionnels persistants. Causes: raccourcissement, déformation, atrophie du membre, raideurs articulaires ou ankyloses complètes, cals exubérants plus ou moins résorbés, ostéites sourdes, nécessitant l'interven lion chirurgicale, pseudarthroses, souvent conséquences fâcheuses d'esquillotomies étendues, de résections entraînant des pertes de substance que le cal est impuissant à combler.
Dans les coups de feu articulaires, ostéites chroniques, provoquées par le séjour d'un corps étranger, esquilles ou séquestres ; douleurs névralg [formes, inflammations à répétition, intoxications septiques, atrophie musculaire, infiltration œdémateuse, paralysies musculaires par enclavement d'un tronc nerveux dans le cal, fistules persistantes ,'dé formations des extrémités, troubles trophiques cutanés, — tels sont les troubles éloignés consécutifs à la conservation.
L'amputation n'entraîne pas moins souvent de? accidents et de la gêne dans les moignons. Chauvel l'a constaté, pendant un séjour de deux ans aux Invalides ; la prothèse est souvent inutilisable pour les mutilés.
On peut toujours espérer mieux, avec le temps, de la conservation ; mais, du jour de l'amputation, la perte est irréparable. C'est pourquoi Chauvel répète, après Percy, que la plus mauvaise jambe naturelle vaut toujours mieux qu'une jambe de bois.
Cuignet (1) étudiant les effets consécutifs des blessures par armes de guerre sur une série de 250 cas observés près de deux ans après la guerre de 1870, guéris, en voie de guérison,ou en traitement encore, constate que sur 21 fractures de cuisse trai-
(I) Cuipnet, Effets consécutifs dps blessures par armes de guerre [Recueillie mém. de méd. mil., 1872).
lées par la conservation, G blessés avaient refusé l'amputation, de 3 à 5 ne furent pas opérés il cause de la hauteur de la blessure, plusieurs ne le furent pas, les médecins n'ayant pas l'habitude des opérations (sic . Quelques-uns seulement avaient été sciemment livrés aux chances de la conservation.
Ces abstentions presque forcées eurent des suites très favorables. Sur ces 21 cas, chez 14- la fonction paraissait devoir s'accomplir d'une manière supérieure à celle dont elle s'accomplit chez les amputés de cuisse.
A l'ambulance du Ministère de la marine (1870), nous pûmes voir conserver des membres avec un bon fonctionnement ultérieur, malgré des plaies pénétrantes du genou (Obs. LIV et LV), ou des fractures comminutives compliquées, voisines des grandes articulations (Obs. L, LVI, LIX, LXXXV) (1).