Service régimentaire
A. — De la ligne de bataille au poste de secours. — Le transport prime le pansement. « On ne saurait trop le répéter, disait Percy , le premier secours et la première consolation que doit recevoir un blessé, c'est d'être enlevé promplement et commodément. » Le blessé sera-t-il enlevé promptement? Les brancardiers ré^imentaires ne disposant que de vingtquatre brancards, chaque équipe fera au maximum quinze voyages, du champ de bataille aux postes de secours éloignés peut-être de 1 000 mètres, et plus, du point où sont tombés les blessés, puisque le médecin chef de service les change à mesure que l'action se déplace.
Cela représenterait 30 kilomètres à effectuer en tous sens par les brancardiers, dans la journée ou la nuit, après la bataille, avec les brancards chargés pendant 15 kilomètres. Ces chiffres, il est vrai, sont bien vagues. Plus aléatoires, encore, sont les prévisions de la léthalité des batailles, et le calcul du temps de transport des blessés, avec l'armement actuel.
D'autre part, Volkmann a posé en précepte que le premier pansement tranche le sort du blessé, et décide de la marche de la plaie. Dans ces conditions, comment fera-t-on pour réaliser sérieusement, l'asepsie et l'antisepsie sur le champ de bataille?
Sans doute, elles seront combinées; mais au-dessus de ces notions doit se placer celle d'une propreté stricte et minutieuse qui en facilite grandement la pratique. «La propreté, c'est le commencement de
l'asepsie, et c'est elle seule qui explique, à une époque où l'asepsie et l'antisepsie n'avaient pas vu le jour, les résultats obtenus par certains chirurgiens (1). »
Or, on sait combien se souillent facilement les musettes de pansement, soit dans la voiture médicale, soit sur le dos du brancardier; les mains du brancardier, comme celles du soldat, ne sont-elles pas les parties les plus malpropres à chaque instant de ses étapes? Le temps, l'eau manquent souvent, l'inertie, le laisser aller font le reste. Et les blessés eux-mêmes? ne sont-ils. pas affreusement salis par la sueur, la poussière, la poudre, les ingrédients d'entretien des armes et de l'équipement, les gites où ils cantonnent?
De ces considérations découlent les indications suivantes :
a) Cas graves (fractures comminutives avec large ouverture de sortie; blessures par éclats de gros projectiles, lésions de l'abdomen ou du thorax) : — les brancardiers s'abstiendront, — pour préserver la plaie contre la souillure initiale, — d'un pansement incorrect.
Dans ces cas, ils ne seront que des porteurs rapides vers le poste de secours, pour le plus grand bénéfice des blessés, qui éviteront ainsi les manipulations dangereuses, les déplacements importants ; c'est pourquoi les Allemands l'appellent la place de pansement, pour bien marquer que là, seulement, on doit panser les blessés.
Il ne sera pas nécessaire, même, qu'au lieu de chute les brancardiers passent un temps assez long à réduire les fractures selon les préceptes qu'on leur a enseignés. Il faut gagner du temps; donc, ils assu-
(l)Schwartz, La pratique de l'asepsie et de l'antisepsie en chirurgie. Paris, 1893.
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jettirout vite, étroitement, le membre inférieur blessé au congénère, ou sur le brancard (courroie du sac, bretelles élastiques) ; le membre supérieur sera contenu avec une grande écharpe.
Sur les orifices d'entrée et de sortie, ils appliqueront une compresse bichlorurée pour éviter le contact des vêtements, — poussée et tassée avec la pince à forcipressure. — Jamais avec les doigts.
6) Hémorragies dangereuses. — Les attouchements sont pour la plaie l'occasion de contaminations redoutables. Donc, étreindre vite le membre à sa racine par un garrot improvisé, un lac bouclé, une bretelle élastique. Introduire avec la pince un tampon de gaze bichlorurée dans la plaie, après l'avoir stérilisée avec un torchon de papier allumé. — Quelques tours de bande pour presser sur la compresse.
c) Blessures légères et jietits pansements. — Sétons des parties molles, coups de sabre sans gravité : saupoudrer d'iodoforme ; puis, compresse chiffonnée, ouate et étoupe ; quelques tours de bande.
Avant tout, les brancardiers devront s'occuper d'abord des grands blessés, de ceux qui sont gravement atteints. Mais, comment les distinguer, sans aller de l'un à l'autre, toucher et palper? C'est ici que le rôle du médecin nous paraît bien dessiné,
A notre sens, le médecin régimentaire, pendant le combat, ne doit être qu'un éclaireur se déplaçant sans cesse, allant rapidement reconnaître, après le passage des unités tactiques, les points où sont tombés les hommes, — quelquefois à des distances maintenant éloignées de leur compagnie. — Il doit diriger ses brancardiers vers les lieux souvent cachés, boisés, où les blessés se sont parfois réfugiés et les attendent, leur indiquer ceux qui doivent être le plus promptement secourus et enlevés, les inciter, les
encourager, hâter leur besogne, afin qu'ils partent et reviennent bientôt.
A vrai dire, pour nous aussi, le poste de secours ne rendra jamais de grands services ; on n'y fera que de la chirurgie en l'air, et ces blessés, mal revus dans la presse d'un déménagement en avant ou en arrière, se trouveraient bien mieux d'être transportés tout d'une traite à l'ambulance, en deux voyages, l'un effectué parles brancardiers du régiment, l'autre par ceux de l'ambulance qui auront pris contact. D;ms l'armée autrichienne, le rôle du brancardier est d'enlever rapidement les blessés du champ de bataille. Si le temps et les circonstances le permettent, d'appliquer sur les blessures, sans les toucher avec les doigts, le pansement individuel ; de placer sur les côtés des membres fracturés une attelle improvisée; en cas d'hémorragie, d'appliquer la bande anémiante (1).
« Fermer la plaie vite et bien, sans la sonder, en la touchant le moins possible, et en la recouvrant d'un antiseptique énergique et qui dure longtemps, — tel est le mot d'ordre du chirurgien sur le champ de bataille (J. de Nussbaum).
Laugenbusch veut qu'on s'abstienne absolument d'y toucher les plaies, sauf sous deux indications qui sont: une opération quoad vitam urgente, ou la nécessité de rendre un blessé immédiatement transportable. — Saupoudrer les plaies d'iodoforme, sans les laver et les recouvrir de gaze ou d'ouate antiseptique. — On pansera vite et simplement en première ligne. Et tous, avec Fraenkel, Pfuhl, Moselig- Moorhof, etc., surtout après l'expérience des campagnes de Bohême, de France, de Bosnie, de Serbie, louent sans réserve le pansement iodoforiné durable
(l) Fraenkel, Ueber die Krieys ehirurgischpii Hilfeleisturgen inder und zweiten Linie {Wiener Klinick, 1887).