‹ Aide-mémoire de l'opérateur, comprenant les opérations élémentaires, les ligatures d'artères, les amputations dans la contiguité et dans la continuité des membres, et les résections des extrémités articulairesChapitre 21 sur 64 · ARTICLE I · texte numérisé non relu

ARTICLE I

De nos jours (18ifi), deux chirurgiens américains, MM. Morton et Jackson, expérimentèrent l’action de l’éther sur cinq malades. Dans les trois premiers cas, il s’agissait de l’extraction de dents molaires ; les deux autres cas étaient relatifs à des amputations. Aucun des malades ne manifesta de douleur pendant l’opération. Ce moyen fut communiqué aux journaux de médecine de Londres, et expérimenté par Liston sur deux opérés d’abord : chez l’un, pour une amputation de jambe , chez l’autre, pour l’arrachement d’un ongle. Quelques jours plus tard, Liston pratiqua de môme trois autres opérations ; dans la dernière, il parvint à rendre son malade insensible. Depuis cette époque, soit en France, soit en Angleterre, un grand nombre de malades ont été soumis à l’inffuence des vapeurs d’éther, avec des résultats variés. La cause de ces variations résidait dans la différence des appareils employés, dans la durée des inhalations, dans la qualité de l’éther et dans la disposition des opérés.

Au début de ces expériences , on employa l’éther avec une confiance illimitée pour toute espèce d’opé-

ration, mais bientôt, quelques insuccès rendirent les opérateurs plus circonspects, et l’on s’attacha à résoudre la question de savoir comment agissait Téther. L'insensibilité des opérés était-elle due à la suspension de l’hématose et à l’excitation insuffisante d’un sang veineux, sur les centres nerveux? Y avait-il asphyxie? Ou bien l’éther agissait-il directement sur le système nerveux? Cela étant, quelle était la partie du système nerveux cérébro-spinal ou ganglionnaire, sur laquelle l’éther exerçait son influence? Il fallait en outre déterminer les cas dans lesquels l’éthérisation était indiquée, et M. Diday, de Lyon, fit remarquer avec beaucoup de justesse, qu’il était surtout important de signaler ceux dans lesquels ou devait s’en abstenir: par exemple dans les opérations où la sensibilité , exprimée par le malade, peut fournir des renseignements précieux; dans les opérations qui se pratiquent au fond de la cavité buccale, dans la vessie, etc. Enfin, il fallait bien aussi tenir compte du danger que l’on faisait courir à l’opéré, comme l’ont prouvé depuis, et tout récemment encore, plusieurs inhalations suivies de mort.

Afin de résumer le plus succinctement possible ce qui a rapport à l’éthérisation , nous nous occuperons : 1° de l’appareil ; 2° de l’éther; 3° de la durée de l’inhalation; 4» de l’abolition de la sensibilité; o® des effets physiologiques; 6° des lésions pathologiques ; 7® de l’influence de l’éthérisation sur le succès des opérations,

I. Appareil Les conditions d’un bon appareil sont: 1° de pouvoir s’appliquer exactement sur la bouche, par son embouchure, de manière à ce que l’inhalation de l’éther, ne puisse jamais être suspendue par l’indocilité du malade, sans l’avis de l’opérateur; 2° de permettre d’apprécier la quantité d éther inspirée, de l’augmenter ou de la diminuer au besoin, en y ajoutant un courant d’air atmosphérique ; 3o d’être armé d’un tube dont le diamètre soit au moins égal à celui de la trachée, et d’être muni de soupapes mobiles qui s’opposent à la rentrée, dans le récipient, de l’air expiré.

Parmi tous les appareils qui ont été imaginés, celui de M. Charrière a obtenu la préférence. Il consiste en un vase en verre, au fond duquel on place quelques fragmens d’éponge imbibée d’une quant ité déterminée d’éther ; en un tube conducteur muni de deux soupapes qui permettent l’introduction des vapeurs éthérées dans la bouche pendant l’inspiration, et qui laissent s’échapper au dehors l’air expiré , PL. III c- Fig. i.

PL. III. c. Fig. 1. Appareil pour l'éthérisation, e. Récipient en verre dans lequel on verse l’étlier sur quelques fragmens d’éponge, o. Ouverture pouvant se fermer en partie ou en totalité. C’est par là que passe l’air pour pénétrer dans la bouteille, d’où il sort par le tuyau d’inspiration, b. en entraînant les vapeurs d’éther, c. Embouchure qu’on applique sur la bouche. Le goulot de cette embouchure porte deux soupapes mobiles, dont i’unc s'abaisse pendant l’inspiration et s’ouvre pendant l’expiration , tandis que l’autre fonctionne en sens contraire.

Fig. 2. Appareil pour le chloroforme. (1/3 de grandeur.) d’. Récipient en plomb dans lequel se trouve un ressort à boudin, recou-

II. Éther. Les médecins qui ne sont point étrangers à la chimie, savent que l’éther sulfurique est un produit obtenu, en faisant agir l’acide sulfurique sur l’alcool; qu’il peut et doit être amené à un degré de pureté tel, qu’il ne contienne ni acide ni alcool. Ce qui doit faire apprécier à sa juste valeur l’assertion du médecin qui a prétendu que les ivrognes de profession étaient réfractaires à l’éther administré à faibles doses, parce que l'habitude émousse l’action de l'alcool qui fait partie intégrante de l’éther très-pur. La plupart des corps éthérés sont doués de la propriété anesthésique; l’éther sulfurique doit être préféré aux autres, parce qu’il est le moins altérable; le plus pur est le meilleur, et son emploi détermine moins d’excitation et une stupeur plus prompte. La dose de l’éther qu’on verse dans le récipient de l’appareil est de 40 à 50 grain.

III. Durée de l'inhalation. — Sous l'influence de l’éthérisation, les malades sont plongés dans un état d’insensibilité au bout de 4 à 7 minutes. Quand l’éther est administré à faibles doses , il détermine une excitation légère et de courte durée , à dose plus forte, il produit l’ivresse, le délire, puis l'assoupissement et

vert d’un tissu do colon qu’on imbibe de chloroforme. Ce récipient d’ porte à l’extérieur; I” un pas de vis qui permet son introduction dans un pas de vis femelle du vase en plomb, d. e. 2” lies trous en grand nombre , par lesquels passe l’air qui pénétre dans l’appareil. Au sommet du coude formé par l'instrument, est une boule en liège qui s’élève pendant l’expiration, g. Tuyau conducteur. ii. Virole destinée à fermer une ouverture ovale par où on peut laisser passer de l’air, h. Embouchure, k. Pinces nasales.

l’insensibilité; enfin, si l’on augmente encore la dose, il amène la stupeur et éteint la vie. Il faut donc agir avec beaucoup de réserve dans son emploi. L’un des aides doit toujours apprécier l’état du pouls, afin que le sommeil causé par l’éthérisation ne soit point confondu avec la syncope. M. Sédillot a remarqué que l’éthérisme qu’on produisait lentement se dissipait très-vite, et que les éthérismes rapides disparaissaient avec lenteur. Comme le sommeil se prolonge toujours, pendant un certain temps, après qu’on a suspendu l'inhalation, il devient inutile de fournir des vapeurs éthérécs au malade pendant toute la durée de l’opération. Si celle-ci doit être longue , on peut faire de temps en temps fonctionner l’appareil, afin de prolonger l’état d’insensibilité.

Quoiqu’on ait jusqu’à présent rencontré peu de malades réfractaires à l’action de l’éther, il faudrait y renoncer, si les effets n’étaient point obtenus, au bout de 10 à lo minutes. Poussée plus loin, elle ne serait pas sans danger. On ne saurait prévoir d’avance le temps qu’elle devra durer, l’éthérisme étant subordonné à l’âge , à la constitution, à la crainte, à l’état de vacuité ou de plénitude de l’estomac. Si, dans quelques cas, la durée de l’inhalation a été portée très-loin, jc’cst que les malades n’offraient pas ce cortège de symptômes qui caractérise la troisième période de l’éthérisme; ce qui prouve que l’on ne saurait calculer les effets que l’on peut produire, par la durée de l’inhalation. D’ailleurs, ne connaît-on pas toutes les variétés de susceptibilité individuelle,

relative à l'action des médicaments, et pourquoi ferait-on alors une exception pour l’éther ? Tous les sujets n arrivent pas au même degré d’insensibilité; entre l’excitation qui se manifeste au début, et la stupeur ou l’asphyxie qui entraîne la mort, les malades peuvent passer par une foule de nuances qui ne sont point les mêmes pour tous. Enfin, la durée et l’intensité de l’influence de l’éther, dépendent en grande partie de la durée et de l’exactitude de l’inhalation.

IV. Résultat au point de vue de la douleur. — Bans le plus grand nombre des expériences qu’on a faites, la sensibilité a été temporairement abolie, et de grandes opérations ont pu être pratiquées sans douleur.

Au début, la sensibilité s’accroît, puis elle diminue, à mesure que la circulation se ralentit; enfin, elle est anéantie, quand le pouls est lent, filiforme, et que la respiration ressemble à celle des individus asphyxiés. Quelques malades, chez lesquels l’éthérisme est incomplet, souffrent beaucoup pendant l’opération. D’autres accomplissent des mouvements automatiques qui expriment la douleur, et quand le réveil arrive, ils ne peuvent plus se rendre compte de ce qu’ils ont éprouvé. On dirait qu'il y a eu isolement des fonctions des nerfs et de celles du cerveau, qu il y a eu impression , mais qu’elle n’a point été appréciée, analysée par les centres nerveux.

V. Effets physiologiques. — Les premières inspirations d’éther sont ordinairement bien supportées; au boutd'un moment, survient une toux légère provoquée par une excitation de la glotte qui se ferme; une sen-

salion d’étouffement se manifeste , et l’anxiété devient telle, qu’il faut suspendre un moment l’inhalation en enlevant la pince nasale. Plus tard, les sensations se troublent, les mouvements s’exécutent d'une manière irrégulière, la face est vultueuse , et le malade devient étranger à ce qui se passe autour de lui. A ces symptômes succède, tout-à-coup, un affaissement extraordinaire, les paupières se ferment, ou le globe de l’œil devient saillant et fixe, ou bien il se cache sous la paupière supérieure. A quelques exceptions près, la pupille se dilate brusquement.

Ce moment d’ivresse précédé un état complet de résolution des muscles, la face pâlit, la respiration et la circulation sont ralenties , et le malade est complètement insensible, tout en conservant quelquefois la faculté de voir et d’entendre ce qui se passe autour de lui. Tous ces phénomènes se succèdent ordinairement dans l’espace de 5 à 6 minutes et en durent 8 à 10. Les chirurgiens expérimentés savent distinguer, au début, les sujets chez lesquels l’assoupissement doit se produire, et le moment opportun d’opérer,

La vapeur d’éther est absorbée par les vaisseaux capillaires des poumons; c’est ici que commencent les interprétations diverses. Les uns disent que l’éthérisme n'est qu’un état d’ivresse ou d'asphyxie qui est du à un défaut d'hématose et par suite à une excitation insuffisante du système nerveux, par le sang; d’autres assurent que l’éther porte directement son action sur les centres nerveux au lieu de la porter sur le sang, comme l’azote et l’acide carbonique,

•i6 OPÉRATIONS ÉLÉMENTAIRES.

Qu’il nous suffise d'avoir constaté la succession des symptômes produits par l’éthérisation , et d'avoir dit que celle-ci étant suspendue, une marche inverse s’établit jusqu’au réveil complet. Parmi les expérimentateurs, les uns ont cru remarquer que le sang artériel brunissait, d’autres, qu’il conservait sa couleur; les uns, que les artérioles fournissaient plus de sang, et qu’elles étaient plus saisissables; d’autres enfin, qu’il fallait attendre, pour faire le pansement, qu’une réaction complète se fût établie et que la circulation eût repris toute son activité. Tous pourraient bien avoir raison, à leur point de vue, si l’on tient compte du mode et du moment qu’ils ont choisi pour expérimenter.

VI. Effets toxiques. — Dans un cas de mort par l’éther, l’autopsie faite au bout de 22 heures, fit voir tous les organes imprégnés d’une odeur d’éther; le sang fluide, noir, visqueux; la muqueuse bronchique trachéale et laryngienne injectée, et la rate ramollie et gorgée de sang.

Quand l’asphyxie est imminente, on a conseillé l'insufflation d’un air pur dans les poumons. Ce moyen a réussi chez les animaux, entre les mains de M. Plouviers. II faut cependant conclure avec réserve des animaux à l’homme. Il est certain que l’éther peut déterminer des accidents toxiques, quand on en prolonge l’inhalation, et surtout si, comme le conseille M. Dupuy, on l’injecte dans le rectum; car ce n’est qu'avec des doses énormes qu’on peut alors obtenir l’éthérisme.

VII. Résultat au point de vue du succès des opéraons. — Il est incontestable que la soustraction de la ouleur est d’une grande importance pour le résultat ltérieur des opérations. L’abolir, c’est détruire une es causes principales de l’inflammation, de la fièvre raumatique et de la production du pus.

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