I. COMPRESSION
La compression est médiate, quand l’artère est séparée du corps qui comprime, par des tissus intermédiaires, et immédiate, quand on agit directement sur le vaisseau. Elle a pour but de suspendre ou d’arrêter définitivement la circulation dans l’artère comprimée, ce qui la fait employer comme moyen préventif ou comme moyen hémostatique définitif. Quel que soit celui des deux résultats qu’on veuille obtenir, on peut exercer la compression de plusieurs manières. Elle tient être pratiquée sur une grande étendue de l’artère, à l’aide de bandages et de compresses graduées, ou sur un point limité, avec le Joigt, un cachet ou une pelote. C’est à l’un de ces Jerniers moyens qu’on a recours, lorsqu’il s’agit de comprimer momentanément un vaisseau, pendant une opération.
Diverses précautions sont nécessaires pour qu'on puisse tirer de la compression tout le parti désirable.
1° Il faut que l’artère soit superficielle et voisine d’un plan résistant, qui serve de point d’appui, tel qu'un os ou un plan fibreux ; 2o on doit éviter, autant que possible, de comprimer les veines voisines; 3° reconnaître la position, la profondeur, la direction et la mobilité de l’artère ; 4o comprimer perpendiculairement le vaisseau sur l’os : on a quelquefois besoin pour cela, de le déplacer; 5° interroger d’abord les battements de l’artère, puis, comprimer graduellement, jusqu’au rapprochement complet des parois divisées, en môme temps qu’on apprécie les pulsations d'une artère située plus bas ; une bonne compression dépend moins de l’intensité que de la direction qu’on lui donne. G» L’aide qui en est chargé, doit ôtre placé de manière à pouvoir suivre les diverstems de l’opération , afin de diminuer ou de suspendre à volonté, la compression, dans le cas où l’opérateur aurait besoin d'un jet de sang pour découvrir une artère difficile à trouver. 7° Si la main i venait à être déplacée par un mouvement de 1 o- r pérateur ou du malade, l’aide la réappliquerait avec promptitude et sang froid, dans sa première direction. ( 8» La compression doit être continuée jusqu après- r l'application des moyens hémostatiques définitifs, j 9o L’aide qui comprime, applique son pouce en Ira- , vers de l’artère, quand celle-ci est peu mobile, comme la sous-clavière , ou la fémorale, au niveau «lu pubis. S’il se sert de scs doigts fléchis, dans la compression
HÉMOSTATIQUE CHIRURGICALE. 59
ic l’humérale, par exemple, il saisit le bras à pleine nain, presse peu à peu avec les quatre doigts sur e trajet de l’artère, en même temps que le pouce le la même main fait opposition, en s’appuyant sur e point du membre diamétralement opposé : la diminution et l’absence du pouls de la radiale, indiquent si la compression est suffisante.
Le bras et l’avant-bras, par la contraction de leurs muscles et la transmission du poids du tronc, concourent à l’exactitude de la compression exercée avec le pouce. Celle qui est faite à l’aide des doigts ne met en jeu que leurs muscles fléchisseurs. Aussi, Lous les doigts n’exercent-ils pas une compression égale, et l’artère n’est, par le fait, pressée que par le médius : au bout de peu de temps la main se fatigue, tremble, les doigts s’engourdissent, et l’aide a besoin d’appuver sa main gauche sur sa main droite, ou de substituer la première à la seconde, ou de se faire remplacer. Dans ce cas, il ne doit cesser de comprimer que lorsque la compression, exercée audessus, suffit pour suspendre la circulation dans le vaisseau.
La compression avec la pelote, le cachet ou l’anneau d’une clef, garni de linge, est une compression aveugle, dans laquelle l’aide n’a nulle conscience des battements artériels. Quand l’instrument vient à être déplacé, on est obligé de lui substituer aussitôt le pouce ou le médius.
Pendant une opération, on comprime avec le bout des doigts, les orifices des artères qui fournissent du
GO
sang, ou bien on les saisit avec une petite pince qu’on laisse à demeure, dans la plaie, jusqu’à ce que l’opérateur soit en mesure d’appliquer les ligatures. Cette pince à double croisement se tient fermée d'ellcrnôine ; elle est très-légère et n’a que 3 cent, de longueur : il faut en avoir plusieurs à sa disposition. PL. XIV, Fig. 12 et 13.
Dans les amputations à lambeaux , on comprime avec le pouce et les autres doigts, le lambeau qui contient l’artère dans son épaisseur.
A. Garrot. — C’est un inslrumentcompresscurqu’on peut improviser partout; il a été imaginé par Morel, en 1674. 11 se compose d’une pelote ou d’une bande roulée, cousue sur le milieu d’un lacs. On applique la pelote sur le trajet du vaisseau; on met une plaque de corne ou un morceau de carton sur le point diamétralement opposé, et, par dessus, un morceau de de bois, qui doit avoir, à peu près, la forme et la longueur du manche d’une clef de Garengcot. On noue sur la plaque les deux chefs du lacs, après qu'il a fait deux fois le tour du membre, et l’on tord le lacs sur lui-méme, avec le bâtonnet. On peut obtenir ainsi une compression à tous les degrés possibles, après quoi, l’on arrête l'extrémité du bâtonnet avec la ficelle qui traverse l’un de scs bouts.
Cet instrument, utile pour le temps que dure une opération, ou quand on n’en a point d'autre sous la main, ne peut être maintenu en place pendant longtemps, sans causer l’étranglement des parties situées au-dessous. Il a été avantageusement remplacé par'
HÉMOSTATIQUE CHIRURGICALE. 61
les compresseurs qui n’agissent que sur les deux cxrémités du diamètre du membre, et qui n’exercent tas une compression circulaire , capable d’interomprc complètement la circulation; ces derniers paient se placer, non seulement sur la partie moyenne, nais sur tous les points du membre.
B. Tourniquet de J. L. Petit. PL. I, Fig. 3. — 11 se ompose de deux pelotes cousues sur deux plaques Métalliques. L’une de ces plaques, celle qui porte la iclote de compression , est gouvernée par une vis de appel et par deux tiges conductrices qui s’engagent lans une troisième plaque métallique. La pelote l’opposition est placée au-dessous, et tout autour de 'appareil passe un lacs, qu’on arrête sur les côtés, avec me boucle. Lorsque le membre est engagé dans anse formée par le lacs, que la pelote de comprcsion est placée sur le trajet de l’artère, et celle d’oplosition à l’extrémité diamétralement opposée du nembre; il suflit de tourner la vis pour rapprocher ou doigner les pelotes l’une de l’autre, et augmenter ou iminuer la compression à volonté. Dans la PL. I ,
' ig. 4 b. , le tourniquet comprime l’artère crurale ur l’arcade du pubis, où il est maintenu par une ompresse fixée à une bande circulaire d. qui passe utourdes hanches. Cet instrument a servi de modèle our les autres compresseurs imaginés depuis; dans clui de Dupuytrcn, figuré PL. 1, Fig. 5 et 4 c. , le lacs ontentif a été remplacé par un arc métallique ana- 3gue à celui d’un bandage herniaire. Cet arc se éveloppc à volonté, en faisantglisscr en sens inverse,
après avoir desserré la petite vis c. , les deux lame* superposées qui le composent. Aux deux extrémités de l’arc, sont assujetties deux pelotes, dont l’une, de compression , porte une longue vis chargée de la rapprocher de la pelote d’opposition.
Cet instrument permet de limiter la compression aux deux points diamétralement opposés du membre, tandis que le lacs du tourniquet de Petit comprime toute la circonférence du membre. Dans la Fig. i, c. le compresseur de Dupuytren est en place sur la partie moyenne de l’artère crurale.
Bourgery a imaginé, pour la carotide primitive, un instrument compresseur représenté PL. I, Fig. 1, et mis en place dans la Fig. 2. — 1« La pelote mue par la grande vis est très-étroite, et peut être poussée • profondément en dedans de l’attache des scalènes. 2o L’arc peut être agrandi ou diminué, et l’on peut donner, à la petite pelote, toutes les directions possibles à l’aide d’une articulation orbiculaire, maintenue par une vis de pression.
TL. I. Fig. t. Instrument de M. Bourgery, destine1 à comprimer' la carotide primitive, Fig. 2. Le me'mc instrument mis en place, a. Plaque que traverse la vis do rappel. Fig. 3. Tourniquet de J.-L. Petit. Fig. i <1. Bandage circulaire passant autour des ■ lianchcs, et destiné à soutenir le tourniquet de J.-L. Petit , 6. qui comprime Tarière crurale, c. Compresseur de Dupuytren, placé. |É sur la partie moyenne de Tarière crurale. Fig. 5. Compresseur de î Dupuytren.
Cette Planche est empruntée au grand et magnifique ouvrage de MM. Bourgery et Jacob.
HÉMOSTATIQUE CHIRURGICALE. 63
C. Procédés de compression des artères } en part icu- Her. — Les artères de la face et du crâne sont faciles
comprimer, on trouve partout un point d’appui sur les os.
io Artère sous-clavière. — Elle ne peut être compriméequesur la première côte, en dehorsdesscalèncs, avec une pelote à manche. M. Bourgery a imaginé un instrument compliqué, à l’aide duquel on peutobtcnir la compression permanente de cette artère. Pour avoir une idée générale de ce compresseur, il faut se figurer un bandage de corps entourant la poitrine. A ce bandage aboutissent, en avant et en arrière du thorax, les trois chefs d'une bretelle , simple en arrière , et bifurquée en avant, après qu’elle a dépassé le point situé vis-à-vis l’artère sous-clavière à comprimer. Au niveau du vaisseau, existe une plaque métallique garnie, située au-dessous de la clavicule; au-dessus de cet os, est fixée une longue vis de rappel, qui fait pénétrer, jusques sur l’artère, une pelote étroite et bien rembourrée. Tout ce mécanisme compliqué a pour but de fixer la pelote de compression, de manière à ce qu’elle ne puisse se déplacer.
2« Artère axillaire. — Peu accessible à la compression , cette artère ne peut être aplatie contre la deuxième côte ou contre la troisième, que chez les sujets très-maigres. Dans l’aisselle, on peut la comprimer sur la tête de l’humérus.
3o Artère humérale. — Ce vaisseau peut être comprimé dans toute son étendue. En haut, au-dessous du tendon du petit pectoral, la compression est dou-
lourcusc, car elle n’atteint pas seulement l’artère, mais encore la veine humérale, la veine basilique, et les nerfs suivants: médian, cubital, radial et les deux cutanés. Quand on a le choix, il vaut mieux comprimer celle artère à sa partie inférieure où elle est isolée de tous ces nerfs, et où elle n’a plus, pour nerf satellite, que le nerf médian.
Les artères de l’avant-bras sont faciles à comprimer isolément, après qu’on a écarté le cubital antérieur, en dedans, pour la cubitale; et le grand supinateur, en dehors, pour la radiale.
4o Aorte. — Elle ne peut être comprimée que chez, les individus maigres, avec une large pelote à manche, et en faisant fléchir le tronc du malade.
5o Iliaque externe. — Elle peut être comprimée, pendant quelques minutes, sur le rebord du grand bassin , avec une pelote ou avec le dos des articulations des doigts fléchis.
60 Artère crurale. — On la comprime sur la portion horizontale du pubis, d’avant en arrière, de dedans en dehors et de bas en haut, afin d’éviter le bord de l’arcade fibreuse, PL. I, Fig. 4 b. Pour la partie moyenne , on se sert du compresseur de Pupuytren , Fig. 5 et 4 c. La compression de la fémorale est usitée pour suspendre la circulation dans tout le membre inférieur, quoiqu'on puisse l’exercer aussi sur la tibiale postérieure, derrière la malléole interne, au-dessus et au-dessous.
HÉMOSTATIQUE CHIRURGICALE. 65