DES PELLICULES
sur elle-même après le séchage. On a proposé pour éviter cet enroulement de laisser tremper la pellicule dans de l'eau glycérinée pendant un temps plus ou moins long. C'est là, croyons-nous, un correctif dangereux et qui peut compromettre la durée du cliché car, grâce à la glycérine absorbée, il ne sèche jamais complètement.
Un autre procédé très ingénieux est mis en pratique dans les pellicules préparées par MM. GrafFe et Jougla. Le support est sensibilisé en plein, c'est-à-dire recouvert d'émulsion des deux côtés. Grâce à cet artifice la pellicule reste absolument plane. C'est, problablement, dans cette manière de faire que se trouve la véritable solution du problème.
En dernier lieu, on a reproché aux préparations pelliculaires de n'avoir qu'une conservation assez problématique. Ce reproche est, devons-nous le dire, absolument fondé pour certaines marques de pellicules qui s'altèrent au bout de quelques mois. Il se passe entre le support et la couche des réactions qui amènent ces altérations. Aussi croyons-nous qu'il est nécessaire de faire des expériences concernant la conservation de ces préparations avant de les employer pour un voyage lointain. iNous avons fait quelques expériences sur la conservation de pellicules à support de celluloïd : au bout d'une année, nous n'avons constaté aucune différence appréciable. Nous pensons donc que ce produit est destiné à devenir un des supports de l'avenir pour les pellicules.
Pellicules à cadres. — Pour éviter les difficultés que nous venons de signaler, Attout Tailfer, puis M. Planchon ont eu l'idée très ingénieuse de monter la pellicule sur un cadre métallique qui la maintient
A. LoMUE. PliolograpLiu. 9
DES PRÉPARATIONS SENSIBLES
rigoureusement plane, permet de la traiter dans les bains de développement absolument comme une glace et de la tirer aussi facilement que celle-ci. Ces pellicules, que l'on nomme auto-iendues , nous paraissent présenter une réelle supériorité sur les pellicules libres et principalement sur celles qui sont émulsionnées d'un seul côté.
Pellicules en rouleaux. — On a proposé ég-alement d'utiliser la pellicule en long'ues bandes qui sont enroulées avant et après l'exposition sur des bobines. C'est une solution toute dillérente du problème, solution qui est très séduisante de prime abord. En effet, on peut emmagasiner sous un très faible volume et sous un poids très réduit, une grande quantité de surfaces sensibles. Le bagag-e se trouve donc considérablement réduit d'une part, et de l'autre le nombre de clichés que l'on peut prendre est de beaucoup aug'menté.
Châssis à rouleaux. — La seule difficulté que l'on rencontre dans l'emploi des pellicules en bandes consiste dans le choix du châssis spécial qui les renfermera et leur permettra de passer successivement au fojer de l'objectif. Cet appareil, en effet, doit tendre convenablement la pellicule, la faire avancer de quantités rig-oureusement égales, indiquer le nombre d'épreuves faites et marquer la limite exacte de deux épreuves successives pour permettre de les séparer au moment du développement. Cette seule indication du problème à résoudre montre que le châssis à rouleaux doit être forcément un appareil de précision, sous peine de voir son fonctionnement compromis d'une manière absolue.
11 est, deux reproches que l'on fait aux châssis
CHASSIS A aOULEAUX il^rj
à rouleaux : le premier c'est d'augmenter encore la tendance à l'enroulement de la pellicule, et le second, qui est beaucoup plus grave, c'est de favoriser la production de voiles par suite du contact des parties de la pellicule insolées les unes avec les autres. Ce re-
Fig. 42.— Châssis à rouleaux de M. Fauvel.
proche est absolument fondé, mais il serait facile d'y remédier en enroulant avec la pellicule un papier ou une étoffe opaque qui empêcheraient tout contact.
Dans les divers modèles présentés par Eastman- Walker, Fauvel (fig-. 42), Mackenstein et d'autres, le
DES PRÉPARATIONS SENSIBLES
système de tension est parfaitement réalisé au moyen d'engrenages avec dents d'arrêt, le contrôle des passages de la pellicule se fait à l'aide d'un compteur qui diffère suivant les auteurs, mais dont chaque cran correspond exactement à une même longueur de pellicule dévidée. On sait donc toujours d'une façon précise la quantité employée et celle restant disponible. M. Mackenstein a même eu l'excellente idée d'impri-
Fig. 43. — Marqueur et indicatour de pose du châssis à rouleaux, de M. Mackenstein.
mer sur la pellicule elle-même le numéro correspondant à celui du compteur. De cette façon, il sera facile de retrouver les différentes indications consignées sur le carnet de pose avec le numéro correspondant. Ce résultat est obtenu au moyen de deux roues dentées perçées de numéros ajourés qui engrènent avec les roues du compteur et qui se trouvent placées sur la bordure de la pellicule. Au moment de l'exposition, la lumière passant par les numéros ajourés les imprimera sur la couche sensible.
CHASSIS A ROULEAUX l49
Pour indiquer la limite de séparation des imag-es suivantes, on emploie généralement un rouleau du diamètre voulu qui est entraîné par la pellicule et qui vient la perforer grâce à un certain nombre de pointes fixées sur sa circonférence.
La fig. 43 montre, réunis sur un même "châssis^ le compteur ordinaire, le compteur imprimant et le rouleau pointeur.
Chargement des châssis à rouleaux en plein jour. — Les bandes peliiculaires sont généralement montées sur des bobines à joues, l'une qui les contient avant l'exposition et l'autre après. Ce dispositif peut très bien convenir pour opérer en plein jour la substitution d'une bobine neuve à celle ayant été impressionnée. Il suffit, comme cela avait déjà été indiqué il y a bien des années, de garnir les deux extrémités de la bande pelliculaire de prolongements de papier noir qui feront un recouvrement suffisant pour protéger le tout avant et après l'exposition. Une seule précaution à prendre c'est que la pellicule soit coupée exactement de dimension et qu'elle ne soit pas trop petite, auquel cas la lumière filant entre la bande et la joue de la bobine produirait des voiles latéraux.
Ce dispositif a été adopté, à notre connaissance, par M. Marey dans le chronophotograplie, par M. Damoijeau dans le cyclographe, et par M. de Betz dans un petit appareil très ingénieux qu'il a dénommé le Bull' s Eye. Dans ce dernier appareil, nous trouvons une particularité qui doit être signalée ; la pellicule est fixée sur une longue bande de papier noir, qui dépasse suffisamment aux deux extrémités pour avoir le recouvrement convenable. Par suite de la continuité de cette bande, les diverses spires de pellicule sont isolées les unes des autres, ce qui estun avantage certain au point
DES PUFPARATrONS SENSIBLES
de vue de la conservation et à condition bien entendu que l'on choisisse un papier non susceptible de voiler par lui-même. Enfin ce papier étant numéroté au dos dans la partie qui correspond au centre de chaque imaî^e, il suffira d'amener ce numéro devant une petite fenêtre munie d'un verre rous;"e et située dans la partie postérieure de la chambre pour être assuré du bon fonctionnement de l'appareil. Ce dispositif très simple supprime le compteur et réduit le châssis à rouleau à sa plus simple expression.
'VIII. — Dn choix dos plaqacs scnsîblo.s
Etant donnéleçrand nombre de marques de plaques existant dans le commerce, il est indispensable pour l'amateur de pouvoir les apprécier en connaissance de cause afin de faire le meilleur choix en vue des travaux qu'il doit exécuter. Examinons les points sur lesquels, il devra porter son attention.
La couche de g'élatino-bromure est jaune verdâtre et presque opaque. Elle doit être mate et non brillante. Elle ne doit pas présenter de trous ni d'éraillures. Elle doit être régulière et on ne doit pas y rencontrer des stries ou des moutonnag-es qui proviendraient d'un mauvais étendag-e.
L'opacité doit être la même en tous les points de la plaque, sinon il y a inég-alité d'épaisseur de la couche. Il ne doit pas y avoir de manques sur les bords ni en aucune autre partie.
Grain de la couche. — On a constaté que le grain du bromure d'argent était d'autant plus gros que la sensibilité était plus grande. C'est là une indication fort précieuse et qui montre que l'emploi des plaques
nu CHOIX DES VLAOUES
rapides qui ont un gros grain ne doit pas être fait dans les travaux qui demandent de la finesse.
On sera conduit, par suite de cette observation, à se servir de deux genres de plaques , les plaques rapides, qui serviront pour l'instantané, et les plaques lentes, que l'on réservera dans les hypothèses où la rapidité de la pose n'est pas la condition même de la réussite.
Appréciation de la sensibilité des plaques. Cette appréciation est très utile pour l'amateur afin de savoir* exactement les diverses marques des plaques qu'il devra employer dans tel ou tel cas donné.
Il n'est pas nécessaire pour lui de déterminer d'une manière absolue la sensibilité d'une plaque : il lui suffira de faire des comparaisons qui lui permettront de classer les différentes plaques dans un ordre rig-oureux de sensibilité.
Voici deux procédés très simples à la portée de tous et que nous recommandons spécialement.
Premier procédé. — On coupe des bandes des plaques à essayer, de façon à les mettre toutes dans un châssis négatif. Ces bandes auront comme hauteur la hauteur même du châssis.
Dans un châssis i3/i8 nous mettrons par exemple six bandes de 2/18, ce qui permettra d'essayer en même temps six marques différentes.
Le châssis étant fermé, on se place à i mètre d'une source de lumière quelconque, puis l'on démasque les plaques en ouvrant le volet progressivement, de façon à en découvrir successivement des portions égales.
Chaque exposition doit durer une seconde par exemple.
DES PRÉPARATIONS SENSIBLES
On obtient ainsi sur les plaqnes en expérience une série de bandes ayant des temps de pose croissant d'une manière régulière. Si l'on a fait dix expositions par exemple, la bande inférieure aura posé dix secondes et la supérieure une seulement.
On développe alors toutes lesplaques enmêmetemps, dans le même bain et pendant un temps fixe également, cinq minutes, par exemple. On obtiendra sur chaque plaque de véritables échelles de teintes dont l'opacité ira en augmentant et qui correspondront aux durées croissantes d'exposition. Suivant la sensibilité des plaques^ l'impression aura commencé d'autant plus tôt qu'elle sera plus grande, et pour un même temps de pose la teinte obtenue sera d'autant plus forte que la sensibilité sera plus grande.
En faisant l'examen de ces échelles de teintes, on peut apprécier très sûrement l'ordre de sensibilité des plaques en expérience, et même savoir assez exactement la différence de sensibilité.
Prenons un exemple. Voici les temps de pose qui correspondent à la dernière impression visible sur chacune des plaques en expérience.
Plaque A 2
On en conclut immédiatement que la plus rapide est C puisqu'il n'a fallu qu'une seconde pour qu'il y ait impression, tandis qu'il a fallu un plus grand nombre de secondes pour les autres.
L'ordre de sensibilité sera ainsi trouvé :
C,A,BetF,E,D.