‹ Aidez-le à bien travailler le latinChapitre 144 sur 235 · Quelques constructions particulières · texte numérisé non relu

Quelques constructions particulières

(Pour le sens du mot construction voir pages 143 et 185).

• Si l'on trouve un accusatif sans verbe, c'est une exclamation dont le verbe n'est pas exprimé.

Exemple : nugas ! (= dicis nugas).

pro deum fidem ! (= proh ! obtestor...)

o gravem acerbamque fortunam (= o ! videte...) [751]

• L'accusatif n'est pas simplement le cas de l'objet direct. Il indique sur quoi porte de très près l'action verbale. On trouve donc, outre l'accusatif d'objet :

1) des accusatifs de relation, marquant le rapport :

Id gaudet = il se réjouit par rapport à cela. (Il s'en réjouit.) (La construction normale de gaudeo est l'ablatif.)

Comparer et traduire : Id omnes cogit. [752]

— ► Ainsi apparaît le double accusatif, et le fameux exemple : Doceo pueros grammaticam.

On peut dire en français : « J'enseigne les enfants. » mais sans autre complément. Traduisons donc doceo par j'instruis, et l'accusatif grammaticam signifiera « sous le rapport de la grammaire ».

La preuve en est qu'au passif on tournera : « Les enfants sont instruits par moi sous le rapport de la grammaire ». [753]

Comparer et traduire :

Ego hoc cogor. — Vos rogo sententiam. — Rogor sententiam. — Id cotidie monebantur. [754]

2) des accusatifs d'extension marquant la distance ou la durée :

Pueri Sisennae oculos de isto nusquam dejicere neque ab argento digitum discedere. [755]

Très annos regnavit. — ... très annos natus. [756]

3) des accusatifs de mouvement : Eo Romani = je vais à Rome. (Ce lieu est le point d'application de l'action d'aller.)

• Certains tours nous déconcertent par la présence inattendue de l'accusatif. Essayons de trouver dans chaque cas l'équivalent exact de la pensée latine.

» La forme decet signifie il convient ; pour nous, le complément

serait « à quelqu'un », mais le latin emploie l'accusatif. Guidés par le mot voisin decus, decoris (n.) = ornement, gloire, — essayons de retenir et comprendre ainsi la tournure :

Hoc te decet = ceci honore toi = ceci te convient, te sied. (L'idée de devoir accompli est voisine de celle de gloire).

> Le verbe minor (attention de ne pas confondre avec le comparatif de parvus !) — minaris, minatus sum, minari, (déponent), contient l'idée de menace, mais se construit avec l'accusatif de la chose dont on menace et le datif de la personne. Soit à traduire : « Le tribun a menacé ce soldat de mort », on tournera : « Le tribun présenta en menace la mort à ce soldat. » [757]

• Dans la phrase bien connue : me psenitet culpae meae, il faut entendre :

pœnitet = il y a repentir

me (accusatif de l'objet du repentir) = en ce qui me concerne

culpae meae, (génitif de relation) = sous le rapport de ma faute ;

ou bien, plus simplement, adopter le mot à mot littéral suivant :

« repentir tient moi de ma faute ».

Traduire : Voluntatis me meae nunquam paenitebit. [758]

Pour la série des verbes :

piget — pudet — miseret — taedet on procédera de même en utilisant les idées de :

mécontentement — honte — pitié — dégoût. Traduire : « Ils n'ont pas eu honte de leur infamie. » [759]

> Le génitif de relation peut être remplacé par l'infinitif seul :

Me discessisse ab armis nunquam paenituit. [760]

— ou par la proposition infinitive :

Eum se pigrum fuisse pœnitet. [761]

• On peut aussi être dérouté par une construction au datif qui ne correspond pas à l'usage français :

Exemple : anteire alicui aliqua re = passer avant quelqu'un en quelque chose = surpasser quelqu'un en quelque chose.

Le verbe anteire peut d'ailleurs se trouver avec l'accusatif en ce sens, et peut aussi avoir d'autres sens : précéder, — devancer.

• Ou bien c'est une construction prépositionnelle qui nous surprend plus ou moins :

discere ab aliquo — petere ab aliquo — vindicare ab aliqua re [762]

Quid ego ab Romanis timere possum ? [763]

Conforte hanc pacem cum illo bello. [7^]

contendere cum aliquo = lutter contre quelqu'un.

• En examinant certains de ces verbes, peto, confero, on s'aperçoit que la construction envisagée correspond seulement à un des sens du verbe, et par suite, que souvent le verbe change de sens suivant la construction. En voici des exemples notables :

■» CONSULO. — Traduire ces quelques phrases :

De ea re consulunt. — Noli graviter de te consulere. — Rei publicae consulamus. (cf. [696]). — Consuluit rem. — Senatum consuluit. [765]

CONVENIO. — Prendre garde que convenit est le présent

ou le parfait, que l'emploi est personnel ou impersonnel ! Traduire :

Convenerunt. — Haec dicta cum dignitate ejus non conveniebant. — Conveniet captivos redimere. — Hoc signum convenerat. — Inter eos de condicionibus convenerat. — Eum convenerunt. [766]

■* GRAVARE. — A la voix active, signifie alourdir ; à la voix

déponente, signifie juger pesant, se refuser à (+ inf. seul), juger importun (accusatif).

• Accordons une place particulière à un groupe de verbes qu'on appellera verbes de tribunaux, tels que « accuser, condamner, absoudre ». Ils se construisent couramment avec :

le génitif du crime, — et l'ablatif de la peine.

Traduire : Hujus delicti multa eum multa. (ou muleta) [76']

On peut employer le génitif pour la peine capitale : damnare capitis.

— ► L'expression dare pœnas doit s'entendre : « payer le châtiment » (idée antique), c'est-à-dire, pour nous, « être puni ». Inversement, on disait : « tirer de quelqu'un le supplice », comme un paiement :

Supplicium sumitur de miseris parentibus. [768]

• Un groupe connu de verbes déponents se construit avec l'ablatif. Il faut en savoir la liste :

Fruor otio. — Fungor officio. — Laetor Victoria. — Nitor hasta.

— Potior urbe. — Utor libris. — Vescor pane. [769]

On ajoutera l'expression potiri rerum = s'emparer du pouvoir, et la tournure particulière : Utor te benigno. Littéralement : « je me sers de toi bienveillant », c'est-à-dire : « je trouve en toi une personne bienveillante = tu es bienveillant pour moi. »

Ce latinisme découle d'un tour voisin : Eis multum utebatur [™]. Traduire : Jam placatis iis utor. [r7i]

8. Propositions complétives. (Cf. Aidez-le en français, page 44.)

On appelle complétives, par convention, des propositions qui complètent le verbe de façon indispensable, qu'elles en soient le sujet ou le complément direct. En latin elles sont de trois sortes : proposition infinitive, — interrogative indirecte, — conjonctive introduite par ut, ne, quod... (parfois simple juxtaposition dans quelques vieilles tournures consacrées, du type : volo venias = je veux que tu viennes).

Deux verbes de même sens peuvent régir des complétives différentes :

Exemple : « Il leur ordonna de se taire. » Employez jubere, puis imperare. f772]

Voici une phrase où la complétive est sujet ;

Imperatum patri ut filium expiaret. f773]

L'auteur a fait précéder ces mots d'une autre proposition introduite par ut, qui marque Yintention du peuple (subordonnée circonstancielle de but, non indispensable au verbe principal) : Ut caedes manifesta aliquo piaculo lueretur... f774]

— ► Les élèves ont souvent de la peine à distinguer ces deux sortes de propositions, par exemple dans cette phrase : Caesar eum monet ut pilum abjiciat... f775]

— ► Enfin ils sont gênés par cette différence entre le latin et le

français :

il lui dit que... (== affirmation * proposition infinitive)

il lui dit de 4- inf. (= ordre > ut 4- subjonctif)

Traduire :

1) In litteris scribit se cum legionibus mox adfore.

2) Scripserunt ad eum sui ne id faceret. f776]

[769] à [TO5]

Page 1