PHRASE CONDITIONNELLE
Quand l'action principale est soumise à une condition, on peut envisager :
I ° que, la condition étant donnée, le fait a sûrement lieu (on appelle cette façon de penser le mode réel) :
« S'il veut, il peut. »
(quand la volonté joue, le pouvoir existe : cela est certain)
Expression identique en latin : Si vult, potest.
Mais une divergence apparaît entre les deux langues quand la phrase est au FUTUR. A partir de maintenant, on va se trouver gêné parce que la conjonction si ne suit pas les mêmes règles en français qu'en latin.
Nous disons :
« Quand ils auront compris cela, ils seront prudents. » mais : « S'ils comprennent cela, ils seront prudents. » (C'est illogique, et le latin emploiera ici encore le futur antérieur, car l'action de comprendre sera faite, quand viendra la prudence.) [897]
Ainsi pratiquement si -)- futur ou futur antérieur en latin se rend en français par si -(- indicatif présent (ou imparfait, si
l'ensemble est au passé).
II en résulte que, dans le style indirect, le si -}- subj. du latin devient si -\- présent ou imparfait de l'indicatif selon le temps principal ; tandis qu'avec un autre subordonnant on met un futur de concordance (cf. [883]).
Exemple : Et Marcellus qui, si Syracusas cepisset, duo templa se Romae dedicaturum voverat, is id quod erat aedificaturus iis rébus ornare quas ceperat noluit. [898]
N. B. — L'harmonie des deux temps n'est pas obligatoire. Exemple : Nostrum unusquisque si quando aliquid istius modi videre volet, eat ad œdem Felicitatis. [899]
2° que, la condition étant présentée comme possible, le fait est incertain (mode potentiel).
Le latin emploie couramment dans ce cas le présent du subjonctif dans les deux propositions, tandis que le français s'exprime ainsi :
« S'ils nous expulsaient, ils le regretteraient bientôt. » [900]
(Autre exemple plus haut : [532].)
3° que, la condition étant présentée comme actuellement irréalisable, le fait est actuellement impossible (irréel du présent).
Le latin emploie couramment dans ce cas, l'imparfait du subjonctif dans les deux propositions, mais cette distinction est inconnue du français, qui emploie la même tournure que ci-dessus : « Si ces murs pouvaient parler, que ne conteraient-ils pas ? » [901] (Autre exemple plus haut : [53'*].)
N. B. — On rencontre parfois un potentiel du passé à l'imparfait du subjonctif (cf. [853]). La condition était possible ; le fait pouvait avoir lieu.
Exemple : Aberat ei omnis dolor, qui si adesset, non molliter ferret. [902]
Le français se sert alors du même tour que pour l'irréel du passé, qui va suivre.
4° que, la condition n'ayant pas été réalisée, le fait n'est plus possible (irréel du passé).
Le latin emploie couramment dans ce cas le plus-que-parfait du subjonctif dans les deux propositions.
L'ancienne tournure française en dérivait :
« Nous eussions (habuissemus) remporté une brillante victoire si Lépide n'eût accueilli Antoine en fuite. »
— mais nous préférons aujourd'hui :
« Nous aurions remporté... si Lépide n'avait accueilli... » [903]