I. - LA GRAMMAIRE
• L'absence d'article peut paraître à première vue un avantage : une déclinaison de moins à apprendre, un mot de moins à accorder...
En réalité, elle cause des ennuis. Dans la version, l'élève sera souvent embarrassé, ou se trompera sans s'en douter. En effet dans une phrase comme :
« Ancilla mensam sternit »
le mot ancilla peut signifier « une servante » (quelconque) ou bien « la servante » (qu'on connaît, dont on vient de parler...) C'est donc par le contexte qu'on devra fixer son choix, et traduire : « Une servante met la table » ou bien « La servante met la table ».
Pour le thème, les erreurs viendront d'une confusion signalée plus haut (voir [81] et la suite) : rappelez que « de beaux arbres » signifie presque « quelques beaux arbres » : ainsi de représente un article indéfini pluriel, et ne se traduit pas (à moins qu'on ne le traduise par un adjectif indéfini, comme aliquis ou quidam).
A ce propos, on pourra peut-être indiquer que l'article un vient de unus, que les articles le et la viennent des mots démonstratifs ille, illa.
On prendra garde, dès l'origine, que le démonstratif latin, devant un nom suivi d'un relatif, correspond à l'article défini français :
« ea puella quae » = « la jeune fille qui ».
Les élèves s'accoutumeront vite à ces particularités par la pratique des textes.
• L'écriture et la prononciation du latin n'ont pu être rigoureusement fixées. Il faudrait un accord international... Les manuels scolaires conservent le v et le j alors que les ouvrages savants écrivent u et i. Quant à la prononciation, elle n'est pas unifiée du tout, et donne lieu souvent à un affreux mélange.
En tout cas il faut avertir les enfants que, dans les textes, ils ne trouveront au-dessus des lettres aucun accent ni signe, en dehors du point sur l'i et le j ; et que les signes « (bref) et - (long) ne se rencontreront au-dessus de certaines voyelles que clans les grammaires ou lexiques. On leur dit que l'a final de l'ablatif de rosa est long, et on le leur indique ainsi au début : rosa, afin de les aider à ne pas le prendre pour un nominatif ou un vocatif. Mais ils ne devront pas compter sur ce signe dans les textes !
D'autre part un tel signe devrait correspondre à une prononciation particulière. Or, dans la pratique, on ne sait pas, en France, marquer une différence entre a et a.
J'en conclurai que, pour le thème latin, il faut interdire tout accent, tout signe au-dessus des lettres, sauf le point sur l'i et le j.