GENRES
L'enfant connaît le masculin et le féminin ; il devrait connaître aussi le neutre qui existe en français : certains pronoms comme on, cela, il (dans « il est clair que ») sont dits « neutres » parce qu'ils ne sont ni du masculin, ni du féminin. Et vous expliquez du même coup que l'adjectif indéfini latin neuter signifie « ni l'un ni l'autre ».
Habituez les élèves à bien observer dans le lexique les petites lettres qui indiquent le genre : m. f. n.
De plus, répétez-leur qu'une terminaison n'indique pas forcément le genre. Outre les indications du tableau précédent, il faut savoir que certains mots, se déclinant sur rosa, sont masculins, et d'autres, se déclinant sur dominus, sont féminins.
Un des premiers exercices fait distinguer : populus (masculin) : le peuple et populus (féminin) : le peuplier (nom d'arbre)
Beaucoup de noms diffèrent de genre en français et en latin.
Nous disons le sort, mais sors, sortis est du féminin. Inversement nous disons la douleur, mais dolor, dolorisest du masculin.
Voici une petite liste des principaux mots, classés par déclinaisons, qui peuvent gêner l'élève.
lre déclinaison :
aquila, aquilœ — féminin : un aigle
ara, aras — féminin : un autel
cena, cenae — féminin : le dîner
fossa, fossae — féminin : le fossé
pecunia, pecuniae — féminin : l'argent (la monnaie)
prœda, praedœ — féminin : le butin (la proie)
2' déclinaison :
campus, campi — masculin : la plaine
cibus, cibi — masculin : la nourriture
modus, modi — masculin : la mesure, la manière
morbus, morbi — masculin : la maladie.
à noter : noms de fruits au neutre, noms d'arbres au féminin :
malum, mali — neutre : la pomme malus, mali — féminin : le pommier pirum, piri — neutre : la poire pirus, piri — féminin : le poirier.
3" déclinaison :
— parisyllabiques :
avis, avis — féminin : un oiseau collis, collis — masculin : la colline finis, finis — masculin : la fin (le terme) navis, navis — féminin : le navire (la nef) orbis, orbis — masculin : une orbite (un cercle) vestis, vestis — féminin : le vêtement.
— imparisyllabiques :
œstas, sestatis — féminin : l'été, un été
arbor, arboris — féminin : l'arbre, un arbre
dolor, doloris — masculin : la douleur
flos, floris — masculin : la fleur
fons, iontis — masculin : la fontaine, la source
furor, furoris — masculin : la folie furieuse
hiems, hiemis — féminin : l'hiver, un hiver
lapis, lapidis — masculin : la pierre
mons, montis — masculin : la montagne (le mont)
quies, quietis — féminin : le repos
rus, ruris — neutre : la campagne
sors, sortis — féminin : le sort
vulnus, vulneris — neutre : la blessure.
4e déclinaison :
aditus, aditus — masculin : l'entrée, l'accès adventus, adventus -— masculin : l'arrivée exercitus, exercitus — masculin : une armée exitus, exitus — masculin : la sortie, l'issue metus, metus — masculin : la crainte
porticus, porticus - féminin : le portique (galerie à colonnes), quercus, quercus — féminin : le chêne.
Il sera utile de faire apprendre ces listes, et elles permettront d'amener les élèves à une conclusion pratique importante :
savoir vraiment un nom, c'est connaître à fond trois choses :
NOMINATIF - GENITIF - GENRE
Le NOMINATIF, sorte de « cas-zéro », point de départ de la déclinaison, par lequel on désigne le nom — et forme sous laquelle on trouve le nom au lexique : nos : la nuit.
Le GÉNITIF, dont l'importance n'est pas assez mesurée par les débutants :
1) il indique le numéro de la déclinaison, par la désinence :
Ie : -ae
2' : -i 3e : -is
4e : -us 5e : e-i
2) il indique le radical, obtenu en enlevant cette désinence : apr- dans apri ; — noct- dans noctis.
Ce radical permet seul de reconstituer la déclinaison complète d'après le modèle donné par la grammaire.
(origine du mot radical = radix, radicis, t. : la racine)
C'est pourquoi j'estime que l'élève aura avantage à supprimer les abréviations de la forme du génitif chaque fois qu'il transcrira le mot, au cours d'un exercice, ou dans un cahier de vocabulaire. Par exemple un lexique bien fait donne : fulmen, fulminis, n. Si l'enfant trouvait : fulmen, inis, il pourrait comprendre « fulmeninis » et accumulerait les barbarismes. Il faut que le radical apparaisse : fulmin -is, et qu'on puisse le rapprocher aussitôt du français « fulminer ». C'est ainsi que l'élève peut acquérir du vocabulaire : le français et le latin s'aident mutuellement.
Cependant le même exemple fait ressortir une difficulté nouvelle, fréquente et grave dans la version : si l'élève trouve une forme comme fulmina dans son texte, il se reporte au lexique et ne voit rien, ni la forme fulmina, ni aucune forme commençant par fulmin. — J'en connais plus d'un qui conclura que le mot n'est pas dans son lexique. Avouons qu'il n'y a aucun moyen rationnel de retrouver le nominatif à partir de certains génitifs, ou des autres formes construites sur eux.
Comment remonter de noctem à nox (x graphie de es) ?
— — de militi à miles ?
— — de senum à senex ?
— — de carnem à caro ?
— — de arci à arx ?
— — de pecoribus à pecus ?
Il faut s'imposer une règle pratique :
ne jamais abandonner la recherche avant d'avoir fouillé dans le lexique toute la série commençant par les deux premières lettres du mot cherché, en regardant, pour les noms, nominatif et génitif.
Et l'on se trouve ainsi ramené à l'importance du génitif !
Le GENRE doit toujours être contrôlé : tout élève qui se dispenserait de regarder la petite lettre qui l'indique s'expose à des tnormités dans le thème, et aussi dans la version. Par exemple on peut se refuser à croire qu'un adjectif masculin se rapporte à dolor ; ou bien on ne voit pas que le relatif masculin qui représente le mot adventus, signifiant « l'arrivée ».