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A la vue de ces chiffres on serait porté à penser que le niveau des épreuves terminales a dû être abaissé proportionnellement. Cependant les textes de version latine proposés ces années dernières, et par exemple en juin 1958, ne paraissent ni moins longs, ni moins difficiles que jadis.
AVANT-PROPOS l)
D'aucuns crient ensuite que les résultats sont lamentables et voudraient en faire conclure qu'on doit renoncer à l'enseignement du latin.
Tout se passe comme si on voulait décourager les candidats. Ils résistent pourtant, ils se cramponnent.
On demande du latin ; et si parfois un conseil de classe décide qu'un élève doit l'abandonner, l'élève et sa famille sont consternés.
C'est que parents et enfants sentent les bienfaits de cette étude d'une langue morte sans laquelle le français n'existerait pas.
Dans le premier volume de la présente collection, consacré au français, j'appelais le latin un incomparable instrument d'étude grammaticale. On retrouvera ici ce point de vue, surtout dans la première partie.
Et qui peut nier que le vocabulaire français ne sera jamais pleinement connu sans le secours du latin ? Comme pour les notions grammaticales, les deux langues s'épauleront l'une l'autre, qu'il s'agisse de termes usuels et anciens, comme aquatique, aqueduc, viaduc, ou de mots savants et récents, comme oléoduc, ou de formes latines empruntées directement... L'expression « un toile général » ne sera comprise que par la connaissance du verbe tollo, mais à son tour elle aidera à retenir le sens de ce verbe. Les élèves qui ont obtenu un accessit savent rarement écrire le mot : ils en ignorent l'origine (parfait du verbe accedo), le sens : « il a approché » (du prix).
Un autre exemple : un de nos députés, incapable de saisir le mot à mot de l'expression statu quo (ante), disait un jour qu' « on devrait s'en tenir au stato ku » (orthographe phonétique, et pour cause !).
A qui se plaindrait que le latin est trop difficile, je répondrais que cette difficulté même est génératrice de bienfaits inestimables. D'une manière générale déjà, dans la formation de la jeunesse, on n'obtient rien sans combat, sans une lutte personnelle convenablement guidée. Mais la version latine, sous ce rapport, est l'exercice le plus profitable : elle impose l'analyse, grammaticale, logique, rationnelle (2), et la synthèse, puisqu'il faut reconstituer l'enchaînement d'un ensemble, récit ou raisonnement. Elle conduit enfin à un effort fructueux d'expression, puisqu'il faut aboutir à une traduction correcte et fidèle. Combinée avec la lecture de textes plus étendus, elle apporte la connaissance de la vie antique, des vues générales de première importance sur l'homme et les grands r problèmes. Elle prépare à toutes les sortes d'études plus poussées, ( dans les autres langues, et aussi dans les sciences (3).
La version latine est une épreuve irremplaçable pour juger les esprits. Et c'est une épreuve sûre, qui ne trahira jamais un élève bien préparé, se montrant méthodique et rigoureux.
A tous ceux qui sentent l'intérêt des études latines, mais rencontrent des obstacles, ou éprouvent de l'embarras à tel ou tel moment, j'ai voulu apporter toute l'aide possible.
J'ai vu assez de redressements spectaculaires et pourtant tardifs, au niveau de la 2e ou de la lre, pour affirmer qu'aucun élève faible ne doit se décourager avant d'avoir entrepris de se remettre à flot méthodiquement. Les premiers pas sont coûteux : trop de mots, trop de règles sont inconnus. Mais brusquement, au bout de quelques mois d'efforts patients, la lumière se fait : on commence à comprendre d'un coup d'œil les phrases les plus simples. Et un travail qui était jusque-là rebutant, devient attachant.
Pour vous, chers parents, et pour vos enfants, j'ai distingué des degrés, ou paliers successifs, en insistant sur les points dont l'ignorance coûte le plus cher. Et j'indique dans quelle mesure et de quelle manière il faut aider l'élève, selon son niveau.
M. Collart, professeur à la Sorbonne, en relisant cet avant-propos, a bien voulu y ajouter les quelques notes qu'on va lire :
(1) Voici une statistique toute récente intéressant les récompenses décernées à la suite du Concours général, en 1957, pour les épreuves communes aux sections classiques et modernes en classe de Première :
Composition française : 6 nominations (5 classiques, 1 moderne).
Langue allemande : 8 nominations (6 classiques, 2 modernes).
Langue anglaise : 10 nominations (9 classiques, 1 moderne).
Langue italienne : 4 nominations (4 classiques).
Mathématiques : 8 nominations (6 classiques, 2 modernes).
Histoire : 13 nominations (12 classiques, 1 moderne).
Dessin : 6 nominations (4 classiques, 2 modernes).
Si Ton ajoute que, cette année-là, la clientèle de la classe de Première comprenait :
sections classiques : 39 % ; section moderne : 61 %, ce tableau se passe de tout commentaire.
(2) La délicatesse et la précision des désinences grammaticales dans la langue latine font que la phrase s'y analyse et s'y recompose avec une grande rigueur, qui exige l'esprit de géométrie. Chaque mot portant visiblement la marque de sa fonction, l'ordre des mots1, qui est en français assez strict, est en latin théoriquement indifférent. Il intervient cependant pour créer des nuances non plus logiques, mais psychologiques. Et ces nuances elles-mêmes répondent à des schémas précis : ce qui fait appel à l'esprit de finesse.
(3) Notre Droit actuel est pour une bonne part tributaire du Droit romain qui d'ailleurs, et à juste titre, fait partie intégrante des études juridiques aussi bien dans les programmes universitaires français que dans les programmes des universités étrangères.