Le verbe et l'attribut
a) attribut du sujet.
Je viens de donner un exemple t607] où l'attribut du sujet était en tête, en français et en latin. C'est la position expressive, du reste très fréquente. Mais, selon l'ordre dominant, l'attribut est juste avant le verbe : ce qui ne saurait exister en français :
voluptates rarœ sunt (cf. [Gl>-'] : œstas summa est)
Ce genre de phrase si simple, voisin de Rosa est pulchra, peut devenir redoutable pour les raisons que l'on aperçoit :
— la place de l'attribut n'est pas fixe ;
— le verbe peut être omis ;
— l'attribut peut être un nom, un infinitif, un complément de qualité, un adverbe ;
— le sujet peut manquer (s'il vient d'être exprimé), peut être un infinitif, ou une proposition entière ;
— le verbe esse n'est pas le seul à pouvoir introduire un attribut.
• C'est l'occasion de rappeler aux élèves un procédé simple et essentiel pour reconnaître l'attribut :
> il répond à la question « comment ? »
(cf. Aidez-le... en français, pages 34 à 36, et revoir ci-dessus de f24]
• Signalons d'abord un cas particulier : quand le sujet est un infinitif, le français pratique l'inversion comme le latin :
Exemple : Le plus difficile est de se taire. [615]
(se taire est comment ? — le plus difficile.)
Traduire : Venatus maximus labor est inclusa vivario animalia figere. (L'auteur parle avec ironie de la mollesse des souverains de l'Inde antique : entendez : pour eux, figere animalia ... est...) [616]
• Et voici maintenant quelques phrases diversement instructives :
Duodequadraginta annos tyrannus Syracusanorum fuit Dionysius. [617]
Non unum est imperandi genus. [618]
Sapiens habebatur (le sujet est un homme dont on vient de parler). [^]
Nemo régi tam vilis sit, ut illum perire non sentiat ; qualiscumque est, pars imperii est, (dans le deuxième membre, même sujet que dans le premier). [620] (cf. [599] : munitiones integrae manebant.) Caverunt ne duplicatus terror videretur. [621] Id mirum quantum profuit ad concordiam civitatis. (Id représente le fait d'avoir introduit des chevaliers au Sénat.) [622]
• Voilà déjà trois verbes : haberi, manere, videri, différents de esse, qui introduisent un attribut du sujet ; on pourrait trouver aussi fieri (devenir), duci (être regardé comme), etc. Mais par extension un attribut se rencontre avec des verbes très divers, chaque fois qu'il faut répondre à la question « comment ? »
Exemple : Brutus prior, concedente collega, fasces habuit. [&*] (cf. [586] où universi, placé devant le verbe, est attribut du sujet.)
Dans ce cas, l'attribut exprime la manière d'être du sujet dans l'action, et finit par correspondre à un adverbe : un latinisme apparaît, qu'on peut appeler l'attribut adverbial.
Exemple : Speculatores citi se ostendunt. [624] Infesti progrediebantur. [625]
et, avec un nom de choses comme sujet :
Signa infesta portis illata sunt. [626]
(Illata aussi a une position d'attribut. L'ordre expressif serait sunt illata, ou, avec disjonction : sunt... illata.)
Remarque. — La question « comment ? » est une expression commode et pourtant dangereuse. Car, pour y répondre, on peut se servir d'un attribut, mais aussi d'un adverbe de manière, ou d'un complément de manière.
L'exemple suivant permettra de fixer les distinctions essentielles :
« Il a subi (quoi ?) cet affront (comment ?) d'une âme égale. » [627]
Les mots « d'une âme égale » sont complément de manière du verbe subir. Ils peuvent être remplacés par un adverbe : placide = tranquillement, avec calme, — ou à la rigueur, en latin, par un adjectif au nominatif, attribut du sujet il : tranquillus, ou mieux tranquillus animo = tranquille par l'âme, — ce qui rejoint le tour de ce type (cf. [624]) : « Je suis arrivé le premier. » [628]
— ► Toutefois le même genre d'attribut peut être relié en français
par une préposition. On cherchera les correspondances en latin :
« Je suis venu en voisin ». — « Il s'est conduit en héros. » [629]
• Le verbe esse peut passer en tête, s'il est mis en relief : Est hercle inepta ! [63°]
Dans l'exemple [606], il est en tête avec le sens fort d'exister, et n'a pas d'attribut : ne pas confondre !
b) attribut du complément.
On trouve l'attribut du complément avec les verbes habere (tenir pour), ducere (considérer comme), facere ou reddere (rendre tel ou tel), appellare (appeler), ... et, par extension, avec beaucoup d'autres.
Selon l'ordre dominant, cet attribut est placé entre le complément et le verbe :
Exemple : Suos comités incolumes reduxit. f631] Eum hostem judicavit. [632]
Mais, très souvent mis en relief, l'attribut du complément peut être reconnu par sa position écartée, — en avant ou à la fin.
Exemple : Ille M. Cato sapiens... nutricem plebis Romanee Siciliam nominabat. [633] Indignum arbitrabatur id candelabrum sibi eripi. [634] Volo eos habere necessarios. [635] Maximam illam voluptatem habeo. [636]
(Pour l'attribut du complément à un autre cas que l'accusatif, voir page 148, b.)
Plaçons ici quelques lignes de Cicéron, intéressantes pour la révision de l'attribut du complément direct, et offrant des exemples pour ce qu'on va étudier ensuite : la place du verbe. (Il s'agit de tableaux ornant un temple.)
Has tabulas M. Marcellus, cum omnia Victoria sua profana fecisset, tamen religione impeditus non attigit ; Verres cum illa jam propter diuturnam pacem fidelitatemque populi Syracusani sacra reiigiosaque accepisset, omnes eas tabulas abstulit ; parietes quorum ornatus tôt sœcula manserant, tôt bella effugerant, nudos ac deformatos reliquit. [637]