Le verbe et son complément
Le verbe, selon l'ordre dominant, est à la fin de la proposition, donc après son complément, surtout dans les subordonnées. Tous les mots se présentent successivement avec des terminaisons différentes, sans offrir de signification certaine, avant que le verbe ne vienne apporter la clé de l'énigme. Le latin est une langue oratoire, car l'auditeur est ainsi constamment tenu en suspens.
Quand une forme verbale, telle qu'un participe, un infinitif seul, un supin, n'est pas le verbe de la proposition, mais a une fonction dans la proposition, cette forme peut régir néanmoins un complément : selon l'ordre dominant, ce complément sera placé avant.
Dans le passage ci-dessus [637], on constatera la position finale de tous les verbes, sans omettre le groupe religione impeditus. (cf. [5*7] : la position des formes verbales : ïatigati, parati, paruerunt.)
— ^ L'exemple [580] montre le cas d'un participe qui régit un infinitif seul (placé avant lui), qui régit à son tour un complément direct (placé avant lui) : gladium educere conanti. Les mots sont totalement renversés par rapport à notre usage.
• Si le verbe a plusieurs compléments divers, — selon l'ordre dominant, ils sont agencés d'après leur importance croissante en se rapprochant du verbe.
En français, l'ordre normal est :
sujet — verbe — complément direct ou indirect — compléments circonstanciels.
Exemple : « L'enfant a rejoint son père à la campagne avec son cousin. »
En latin, à part le sujet, tout sera renversé, car on commencera par le complément le plus accessoire. [638]
On trouvera cet ordre dans les exemples [582] et [585].
* Ainsi, généralement, l'œil devra courir à la forme verbale qui
termine un élément de phrase, et revenir en arrière, selon le schéma suivant, sans cesse répété :
Toutefois la marche à suivre ne sera pas toujours aussi simple. Ceci n'est que l'ordre dominant. On a déjà vu de nombreux exemples où, soit par des inversions, soit par des disjonctions, dues à un souci de relief, l'organisation des mots était modifiée.
Même en français, la disposition n'est pas uniforme, par exemple un complément circonstanciel est souvent détaché en tête.
• Si le verbe est en tête d'un élément, c'est pour indiquer une affirmation très forte, ou une volonté ferme. Dans de tels cas, il précédera même le pronom personnel sujet :
Exemple : Scio ego...
Reportons-nous à la série de phrases d'un exercice précédent. Plusieurs formes verbales y sont mises en relief : le participe confecti [569], le verbe exponit [570], le verbe procedit et le participe inflammatus [574], le verbe caedebatur [578], le verbe habetis [597], et aussi volo, dans l'exemple [635].
• La position intermédiaire du verbe obéit à des motifs variés plus difficiles à déterminer, et que j'appellerai pour le moment des effets de style. Le verbe est fréquemment V avant-dernier mot, notamment
pour provoquer une disjonction (cf. l'exemple déjà commenté [580] « dextram moratur manum », et aussi la place du participe natus qui détache honesto dans la phrase [581] ; enfin l'attribut participes détaché aussi à la fin de la phrase [584] par le report antérieur des verbes : velint esse.)
Dans l'évolution de la langue latine, la position intermédiaire du verbe tendait à prévaloir, et devait aboutir à l'usage français.