‹ Aigues-Mortes et Saint-GillesChapitre 4 sur 9 · LA VILLE MODERNE · texte numérisé non relu

LA VILLE MODERNE

La tour de Constance et les remparts du xiii^ siècle sont les seules curiosités qui soient vraiment dignes de retenir l'attention à Aigues-Mortes. La ville ellemême est toute moderne, à l'exception de l'église Notre-Dame-des-Sablons qui a d'ailleurs subi de telles modifications qu'elle a perdu sa physionomie d'autrefois.

L'église Notre-Dame-des-Sablons. — L'église paroissiale d'Aigues-Mortes, dédiée à Notre-Dame des Sablons, est sans doute à peu près contemporaine des remparts et a été primitivement édifiée dans le st^le gothique, mais elle a été complètement transformée au xviii^ siècle. A cette époque, en effet, son orientation fut changée et sa façade murée ferma désormais le sanctuaire. Une nouvelle façade fut construite plus tard à l'opposé et on utilisa le clocher qui avoisinait le chœur entièrement refait lui-même au xvif siècle.

A l'origine, le plan de l'église était à une seule nef, et Ton aperçoit encore aujourd'hui les bases des colonnes qui supportaient la voûte gothique. Deux

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bas côtés sur lesquels s'ouvrent des chapelles ont été surajoutés par la suite et complètent cet ensemble hybride.

Dans l'église se voient deux tableaux représentant

Eglise ?sotke-Dame-des-Sablons.

Statue de bronze de Saint Louis, par Pradier.

* Cliché Lévy-Neurdein.

Tun \ Embarquement^ l'autre la Mort de saint Louis^ œuvre de Saint- Ange.

Les couvents et les monuments religieux. —

Aigues-Mortes a compté deux couvents, celui des Gordeliers, dont il reste un escaUer du xiv^ siècle, et celui des Capucins, dont l'église sert aujourd'hui de halle publique. Elle a eu aussi deux confréries de pénitents : les Pénitents Gris, qui remontent peut-être au xv"" siècle, et les Pénitents Blancs organisés seulement en 1622.

La chapelle des Pénitents Gris a été incendiée en 1 676 par les protestants et reconstruite au début du xvif siè-

cls. On y voit aujourd'hui un retable en stuc, dû au sculpteur Sabatier, qui représente des anges portant les instruments de la Passion, et un tableau, la Descente de Croix ^ attribué à Mignard.

La chapelle des Pénitents Blancs renferme des toiles de Glaize et de Sigalon ; c'est à ce dernier que Ton doit le tableau placé derrière le maître-autel sur lequel Fartiste a peint les Apôtres, au jour de la Pentecôte, quelques instants avant la descente du Saint-Esprit.

La place Saint-Louis. — L'œuvre moderne la plus remarquable que Ton puisse voir à Aigues-Mortes est sans contredit la statue de saint Louis, due à Pradiei' et élevée par souscription en 1849 ^^"^^ place qui porte le nom du roi.

Le piédestal, haut de quatre mètres, est en pierre de Grussol et porte une inscription qui rappelle rembarquement du pieux souverain à Aigues-Mortes, lorsqu'il partit pour la septième, puis pour la huitième croisade ; deux proues de navires apparaissent de chaque côté. La statue elle-même est en bronze ; le roi est représenté debout, vêtu de la cotte de maille, la couronne sur la tête ; sa main gauche repose sur son épée et la droite désigne la croix placée sur sa poitrine.

Ce monument, inauguré le 9 septembre 1849, aujourd'hui le centre de la petite ville enfermée dans ses murailles et fort peu animée.

Musée de

i/ancien

CHŒUK.

Sarcophage.

Cliché de l'Auteur

Les origines de Fabbaye de Saint-Gilles sont, comme celles dePsalmodi, enveloppées d'une certaine obscurité.

Il y eut primitivement, semble-t-il, au lieu où devait s'élever au xii^ siècle l'illustre basilique qui attira un grand concours de pèlerins, un modeste monastère dédié à saint Pierre et à saint Paul. Au ix® siècle sans doute, ce patronage fut échangé contre celui d'un saint local, dont le prestige alla grandissant : saint Gilles.

La vie de saint Gilles a été écrite au siècle, mais

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ce récit hagiographique, qui fait de saint Gilles le contemporain à la fois de saint Gésaire et de Gharlemagne, est totalement dépourvu de valeur historique, et il ne mériterait même pas une mention, s'il n'avait contribué à fixer le culte de saint Gilles au lieu qui porte son nom et où son tombeau était devenu l'objet d'un culte.

Quant au monastère, qui devint le centre de ce culte, on n'en connaît l'histoire avec quelque précision qu'à partir des dernières années du ix^ siècle. Aux x^ et XI® siècles, le pèlerinage se développe ; il atteint son point culminant auxii^ siècle. La renommée de l'abbaye de Saint-Gilles dépasse alors les limites du Languedoc et de la Provence ; aux bienfaiteurs locaux viennent se joindre d'autres protecteurs plus haut placés : les rois de France et les papes.

Dès le début du siècle, Benoit VII (1022- 1024) par un privilège d'exemption a soustrait l'abbaye à toute juridiction séculière. Grégoire VII (lo^S-ioSS) la subordonna à Gluny, tout en laissant aux moines le privilège d'élire librement leur abbé et c'est ainsi que Saint-Gilles put, comme Vézelay et comme Moissac, garder sous l'hégémonie clunisienne son titre d'abbaye. Urbain II (1088- 1099), au cours de son voyage en France, visita à deux reprises le monastère, en septembre 1096 et en juillet 1096, époque à laquelle il consacra l'église qui était alors en construction. Son exemple a été suivi par plusieurs de ses successeurs : Gélase 11 s'est arrêté à Saint-Gilles en novembre 11 18 ; de même en ii3o. Innocent 11 qui, en 1 1 82, confirma les privilèges accordés par ses prédécesseurs. Glément IV (i 265- 1268), qui

était originaire de Saint-Gilles, a multiplié les attentions : au cours de ses trois années de pontificat, douze bulles ont été délivrées en faveur du monastère à F ombre duquel il était né ; les présents affluèrent également : sceau d'argent, ornements de soie, calice d'or.

Les papes ne se sont pas contentés d'honorer l'abbaye de Saint-Gilles de leur présence ni de lui témoigner leur générosité. Ils Font encore défendue contre ses plus terribles ennemis : les comtes de Toulouse.

Le monastère était redevable d'une bonne partie de ses propriétés foncières aux comtes de Toulouse qui, aux et xf siècles, s'étaient montrés généreux à son endroit . Pourtant à la fin de cette période il y a eu un ralentissement notable dans les donations et même une tentative pour reprendre ce qui avait été antérieurement concédé : au concile de Nîmes, en juillet 1096, Raymond IV, avant de prendre la croix, dut restituer à Saint-Gilles quelques biens qu'il retenait indûment. Au début du XII® siècle, le fils de Raymond IV, Bertrand, s'empara d'autres biens appartenant à Saint-Gilles, envahit le bourg et pénétra même dans l'église, ce qui lui valut d'être immédiatement excommunié par Pascal II. Le conflit recommença sous le règne d'Alphonse-Jourdain, frère de Bertrand, qui, en 112 1, profitant de ce que l'abbaye traversait une crise d'ordre financier, occupa à nouveau le bourg et l'église. Calixte II lui enjoignit de se retirer dans un délai de quarante jours et délia les habitants de Saint-Gilles du serment de fidélité que le comte leur avait extorqué. Alphonse-Jourdain n'en persévéra pas moins dans son attitude hostile ; il osa même incarcérer l'abbé Hugues qui revenait de

Cluny. Cette fois il fut excommunié par Galixte II (22 avril 1 1 22).

Alphonse-Joiirdainrésista quelque temps encore, puis en II23 ou 1124, il se décida à faire sa soumission. Une ère de calme et de prospérité commença aussitôt pour le monastère et elle dura jusqu'à la fm du xii^ siècle. L'abbaye de Saint-Gilles est alors à l'apogée de son histoire ; la ville qui s'est créée auprès d'elle se groupe autour de neuf paroisses dont les églises ont malheureusement disparu par la suite ; le port où viennent s'embarquer les pèlerins pour la Terre sainte et où affluent les marchandises venues d'Orient, est un des plus actifs de la Méditerranée occidentale. C'est à peine si de temps en temps, comme en 1179, des embarras financiers viennent troubler la quiétude des moines. Avec le xiif siècle et l'extension de l'hérésie albigeoise, à laquelle adhèrent les comtes de Toulouse, commence au contraire une période de crise qui sera la première étape vers la décadence.

Au xii^ siècle, Saint-Gilles avait déjà subi le contact de l'hérésie. Pierre de Bruis y avait été brûlé en 1 143 pour avoir répandu des théories subversives sur l'Eucharistie, plus encore pour avoir incité ses disciples à briser les croix. Les doctrines albigeoises provoquèrent des troubles plus graves encore dans les consciences, d'autant plus qu'elles étaient ouvertement protégées par le comte de Toulouse, Raymond VI.

Conformément à la tradition de ses prédécesseurs, Raymond VI, dès le lendemain de son avènement (i 194), avait persécuté les moines de Saint-Gilles. Pourtant, grâce à l'habileté d'Innocent III, la paix, quoique trou-

blée par moments, fut à peu près maintenue jusqu'en 1207, date à laquelle l'anathème fut lancé contre le comte en raison de la protection qu'il accordait aux iiérétiques. Le légat Pierre de Gastelnau fut chargé de l'exécution de la sentence. Or, le i5 janvier 1208, tandis qu'il quittait Saint-Gilles où Raymond VI l'avait mandé pour essayer de l'apaiser par de fallacieuses promesses, il fut assassiné par un écuyer du comte. Son corps fut ramené à Saint-Gilles et déposé dans la crypte de l'église après de solennelles funérailles.

Dans quelle mesure Raymond VI était-il complice de cet attentat? II est impossible de le déterminer avec exactitude. Le meurtrier était un familier du comte et il a sans doute cherché à lui être agréable en supprimant un de ses ennemis. Quoiqu'il en soit, Innocent III renouvela la sentence d'excommunication qui atteignait Raymond VI et, comme celui-ci manifestait l'intention de se soumettre, il mit à sa réconciliation de très dures conditions. Elles furent toutes acceptées et telle fut l'origine de la scène dramatique, narrée par Pierre des Vaux de Gernay, dont l'abbaye de Saint-Gilles fut le théâtre le 12 juin 1209.

Ce jour-là, raconte le chroniqueur, le comte de Toulouse se présenta nu à la porte de l'église et, en présence des reliques que Ton avait apportées, jura obéissance au pape et à ses légats. Le légat Milon lui donna alors l'absolution, puis, lui passant l'étole au cou, il l'attira vers l'église en le frappant de verges. Une telle foule se précipita dans la basilique que Raymond ne put en sortir par où il était entré et qu'il lui fallut descendre dans la crypte où il passa « nu et flagellé »

près du tombeau de Pierre de Gastelnau dont la dépouille mortelle reposait auprès des reliques insignes de saint Gilles.

La paix ne fut complètement rétablie à Saint-Gilles qu'après la croisade des Albigeois. L'abbaye, qui s'était en 1226 soumise au roi de France, connut sous le règne de saint Louis une nouvelle période de prospérité, analogue à celle qui avait marqué le milieu du xif siècle. Pourtant certains symptômes annoncent une décadence prochaine. Tout d'abord les embarras financiers, qui s'étaient déjà fait sentir pendant la période précédente, vont en s'aggravant au point que l'on n'aura pas les ressources suffisantes pour terminer l'église abbatiale ; au xv^ siècle on aboutira à une ruine complète.

Le monastère, transformé en collégiale en i538 par le pape Paul III, devait connaître au cours des temps modernes d'autres épreuves dont l'église abbatiale eut spécialement à souffrir.

Les luttes religieuses du XYf siècle ont eu leur contre-coup à Saint-Gilles. Le 27 septembre 1662, une armée de catholiques provençaux, qui allait renforcer celle du vicomte de Joyeuse alors occupée à reprendre Montpellier, fut surprise par les protestants à Saint- Gilles et jetée dans le Rhône. A la suite de cette bataille, le monastère fut incendié avec sa bibliothèque et ses archives. De nouveaux combats se produisirent en 1574 ; à cette date Saint-Gilles subit une attaque furieuse des réformés, conduits par Damville, qui réussirent un moment à pénétrer dans la place mais ne purent s'y maintenir. La ville fut reprise, peu de temps

après, par le duc d'Uzès. Cependant elle finit par rester au pouvoir des protestants qui Foccupèrent jusqu'en 1622. L'arrivée des troupes royales en Languedoc mit fin à leur domination. Depuis cette époque la vieille cité a vécu paisiblement auprès de son église abbatiale bien mutilée, mais qui, avec la maison romane où, suivant la tradition, naquit Guy Foulque, le futur pape Clément IV, reste le seul vestige du passé.

Musée de l'ancien chœur. Buste de Clément IV.

Cliché de l'Auteur.

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