C. B. AEGD
qui doit se lire : In h[oc) t [u) m[u) l{o) q[u) i{escit) c[orpus) b{eati) AegUdii) a dans ce tombeau repose le corps de saint Gilles » .
Le tombeau lui-même a été retrouvé au milieu de (( murs en grande assise de pierre de taille » que l'on s'est empressé d'attribuer à l'époque carolingienne, ainsi que l'inscription elle-même dont le système d'abréviations décèle le xf siècle. De plus le pape Jules II, dans une bulle de i5o6, rappelle que Gharlemagne a élevé une basilique en l'honneur de saint Gilles et l'autorité du pontife viendrait ainsi confirmer le résultat des fouilles.
Cette argumentation, il faut en convenir, ne résiste pas à la plus élémentaire critique. Conclure à l'existence d'une église carolingienne à Saint-Gilles, parce qu'il en est fait mention dans un document du xvi^ siècle, frise la naïveté. De plus, pour justifier une telle hypothèse, il faut faire un contre-sens sur l'expression, pourtant si limpide, de basilice noue aram omnipotenti Deo employée par Urbain II, que l'on traduit comme s'il y avait aram in basilica^ soit un autel dans la basilique, au lieu de « l'autel de la basilique ». Enfm il faut décréter que l'inscription de 11 16, non moins
l'église abbatiale ^3
claire que la bulle pontificale, où il est fait allusion au début des travaux, s'applique non pas à la crypte, mais à l'église supérieure, quoiqu'elle soit encastrée dans la quatrième assise de pierres.
Toutes ces raisons rendent caduque l'hypothèse de Revoil et de ses disciples. Tout au plus peut-on en retenir qu'avant la crypte actuelle il a existé, probablement sur l'emplacement de la travée en question, une (( confession » élevée au-dessus du tombeau de saint Gilles, mais qui ne ressemblait en rien à la vaste église souterraine d'aujourd'hui.
A l'opposé de la thèse de Revoil et de l'abbé Nicolas, M. Marignan, dans son fort intéressant mémoire sur VÉcole de sculpture en Provence du XIP au XIIP siècle^ en a énoncé une autre qui lui est diamétralement opposée. Très frappé, et non sans raison, par la présence de la voûte sur croisée d'ogives dont l'invention est nettement septentrionale et qui n'a pu être introduite dans le midi que dans les dernières années du xif siècle, il juge qu'il ne faut pas tenir compte de l'inscription de 1 1 16 et qu'on doit reporter la construction de la crypte à la fin du xii^ siècle ou même au début du xïif. Il admet toutefois que, étant donné la mention très précise de Pierre des Vaux de Gernay, crypte et nef étaient terminées en 1 209.
Cette thèse a été combattue, ainsi que la précédente, par le regretté de Lasteyrie qui, préoccupé, comme M. Marignan, de dater les sculptures de la façade superposée au mur occidental de la crypte, a tenté lui aussi de déterminer Y âge de la crypte qui conditionne celui des sculptures.
Pour M. de Lasteyrie, la crypte commencée en 1 1 16 ne comportait pas de croisée d'ogives ; elle était voûtée d'arêtes comme on peut le voir encore à deux travées du collatéral sud qui n'ont subi aucune retouche. La substitution de la voûte sur croisée d'ogives à la voûte d'arêtes primitive se serait opérée entre i i4o et i i5o. Et cela pour deux raisons :
1° Aussitôt après le commencement des travaux, l'abbaye a eu à souffrir des dégradations de la part du comte de Toulouse, Alphonse-Jourdain ^ Il en est fatalement résulté une interruption dans la construction de l'église ; elle dura jusqu'au jour où la direction du monastère fut remise entre les mains de l'abbé Pierre, désigné, sur la demande du Saint-Siège, par l'abbé de Cluny, Pierre le Vénérable : a C'est à lui sans doute que revient le mérite d'avoir rouvert le chantier. »
2° Dans le mur occidental de la crypte, qui est à la base de la grande façade sculptée, « on voit, encastrées, plusieurs inscriptions qui prouvent que l'on enterrait alors en avant de l'église, ce que l'on n'aurait pu faire, si la partie attenante de la crypte avait encore été en construction et si la place avait encore été encombrée de matériaux. Deux de ces épitaphes sont datées. Elles sont de 1 142 ».
Tels sont les deux arguments essentiels qui étayent l'hypothèse de M. de Lasteyrie. Nous ne croyons pas qu'ils soient l'un et l'autre irréfutables.
Le premier n'est autorisé par aucun indice textuel et, tout en pensant que les travaux ont été repris par l'abbé