‹ Aigues-Mortes et Saint-GillesChapitre 7 sur 9 · Cf. supra^ p · texte numérisé non relu

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l'église abbatl\le 75

Pierre, M. de Lasteyrie est obligé d'introduire un sans doute qui atténue singulièrement la valeur de son affirmation.

Le second a été très vigoureusement combattu par M. Labande qui, ici encore, paraît bien avoir dit le dernier mot sur la question. « Deux objections, écrit-il, à propos des fameuses inscriptions de 1 14^, peuvent être présentées : ces inscriptions à i™,2o et à i'",7o du sol sont portées précisément sur la partie primitive du mur, sur celle qui a été bâtie avant que l'on songeât au système actuel des voûtes. S'il y avait un cimetière à l'ouest de la crypte et si l'on y enterrait encore en 1142, il faut supposer qu'on n'avait pas encore adopté le plan exécuté plus tard, à savoir d'une église au-dessus d'une crypte, avec porte d'entrée au-dessus d'un perron, auquel on ne pouvait accéder que par un escalier. Cet escalier fut établi sur une voûte en quart de cercle qui couvrit tout l'espace en avant de la crypte et dissimula forcément les tombes et les inscriptions placées en cet endroit... Donc, si en 1142, on ne prévoyait pas d'escalier, c'est que la crypte n'était pas encore ouverte comme maintenant, et on ne se préoccupait pas de ménager l'accès à la porte principale d'une église supérieure. Les travaux étaient vraisemblablement arrêtés et il n'y avait debout que la partie inférieure du mur occidental édifié dans une première campagne \ »

M. Labande conclut que les voûtes de la crypte sont postérieures à 114^, sans qu'il faille pourtant « les

I, Congrès archéologique, 1909, p. 173-174.

rajeunir beaucoup » car, en 1209, non seulement la crypte, mais aussi la nef supérieure, étaient à peu près terminées. C'est donc un peu après ii5o et non pas autour de 11/^0 qu'il faudrait en placer l'achèvement.

Cette démonstration est tout à fait péremptoire sur certains points et elle a le grand mérite de reposer sur une analyse minutieuse des murs de la crypte dont le caractère hétérogène avait échappé aux précédents archéologues. Peut-être cependant y aurait-il lieu de (( rajeunir » les voûtes de la crypte de quelques années encore, car la chronologie de M. Labande laisse en somme très peu de temps pour toutes les transformations opérées dans le plan et l élévation de l'édifice.

Bref, en rapprochant les données historiques de celles de l'archéologie, nous serions assez disposés à distinguer trois campagnes de travaux.

La première va de 1 1 1 6 à 1 1 1 9- 1 1 2 1 environ et elle se réduit à fort peu de chose, puisqu'on se borne à poser les fondations et les bases d'une église qui vraisemblablement, étant donné la forme des piliers, ne devait pas comprendre de crypte. [En 11 19, au témoignage du pape Calixte II, le trésor de l'abbaye est mis au pillage ; en 1 1 2 1 commencent les hostilités avec Alphonse- Jourdain, comte de Toulouse. Les travaux sont interrompus ; on n'a encore construit que les murs et les piliers jusqu'à la hauteur des fenêtres actuelles de la crypte ; jusqu'en 11 42 au plus tôt, on ne touche plus à l'œuvre.

La seconde campagne de construction commence après 1 142, à une date qu'il est impossible de préciser, mais qui ne doit pas être très postérieure à cette

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année-là. Sans doute -en raison du développement du pèlerinage, de plus en plus fréquenté au milieu du xii^ siècle, le plan primitif est modifié et Ton décide de dédoubler F église. Rien n'empêche que Ton ait travaillé simultanément à Téglise haute et à Téglise basse ; pour celle-ci on adopte la voûte d'arêtes.

Une troisième campagne correspond à la transformation des voûtes d'arêtes et à l'édification de la partie de la crypte voisine de la façade qui, du premier coup, reçoit une voûte en croisée d'ogives.

A quelle date se termine la seconde campagne et commence la troisième? Tel est le gros problème qui reste à peu près insoluble. On prétend généralement que tout devait être terminé en 1 179 (y compris la façade, suivant M. de Lasteyrie), parce qu'à cette date l'abbaye a été en proie à de grands embarras financiers au cours desquels l'abbé Raymond, pour faire face à de lourdes dépenses, dut aliéner une partie des biens du monastère. Il est pourtant singulier que ces embarras se soient produits juste au moment où le monument venait d'être achevé et on ne peut que regretter qu'une si délicate attention de la Providence n'ait laissé aucun souvenir dans les textes. En réalité les moines ont pu fort bien, même après cette date fatidique, continuer la construction de leur église alors en pleine activité et avoir recours, pour en couvrir les frais, à des expédients financiers. Seules, les premières années du xm" siècle, avec la lutte contre le comte de Toulouse, deviennent nettement défavorables.

Aussi inclinerions-nous à penser que vers 1 1 79 toutes les parties de la crypte voûtées d'arêtes étaient

terminées et que c'est peu après cette date que Ton aurait fait appel à d'autres architectes qui auraient apporté le secret de la croisée d'ogives, transformé les voûtes d'arêtes existantes et voûté suivant le nouveau système les travées non encore terminées. Ce qui nous amène à cette conclusion, qui, bien entendu ne peut être considérée que comme une simple hypothèse, c'est que les voûtes sur croisées d'ogives du transept de la cathédrale de Maguelone, qui représentent, elles aussi, un remaniement de voûtes d'arêtes, datent seulement de la fin de l'épiscopat de Jean de Montlaur (11 58-1 190). Les arcs ogifs sont faits, comme dans certaines travées de Saint-Gilles, d'un simple bandeau sans moulures qui soutient des arêtes. Cette identité dans la technique n'appellerait-elle pas aussi un synchronisme dans la date ? Et, dans ces conditions, ne serait-il pas plus raisonnable de placer l'achèvement de la crypte et de l'église de Saint-Gilles entre 1180 et 1190? Il est déjà remarquable que la croisée d'ogives ait pu pénétrer dans le midi dès cette époque, tandis qu'il paraît difficile d'admettre, comme l'a remarqué M. Marignan, qu'elle ait pu y être installée dès le milieu du xii^ siècle.

Il ne semble pas que, depuis le moment où elle a été achevée, la crypte ait subi de remaniements notables. Elle est restée aujourd'hui, comme au moyen âge, le centre du culte de saint Gilles.

Elle renferme en effet, comme on l'a déjà dit, le tombeau du patron de l'église qui se trouve au centre et dont l'accès a été aménagé lors de la restauration du xix^ siècle. Ce sarcophage rectangulaire est-il le tombeau

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primitif? Sur la foi de Revoil et de Tabbé Nicolas on Fa cru pendant longtemps, mais cette identification a été contestée par M. de Lasteyrie, en raison des caractères qui composent l'inscription et qui ne permettent pas de remonter à F époque carolingienne. Toutefois il est possible que l'inscription ait été ajoutée après coup. L'autre argument opposé par M. de Lasteyrie est tiré des faibles dimensions du sarcophage « où l'on n'a pu, dit-il, enfermer un adulte que longtemps après sa mort, alors qu'il ne restait plus de son corps que des ossements desséchés », mais il a été contesté : le sarcophage mesure en effet i'^,8o de long sur o°^,5o de large et o'",37 de haut.

Sur la voûte qui surplombe le tombeau on a cru voir la trace de peintures murales qui représenteraient l'Annonciation, mais ces peintures sont aujourd'hui tellement effacées qu'il est impossible d'en découvrir ni le sujet ni le caractère.

On a installé dans la crypte un petit musée lapidaire formé par des objets de nature èt de provenance très diverses. On y remarque d'abord un bon nombre de chapiteaux romans qui trahissent Finfluence de l'antiquité et aussi quelques débris, notamment des tètes humaines et animales, provenant des décombres de l'abbaye.

Plusieurs sarcophages ont été également déposés dans la crypte. Quelques-uns d'entre eux sont sculptés. Le plus remarqualDle représente deux scènes de l'Écriture, empruntées l'une à l'Ancien, l'autre au Nouveau Testament ; sur la partie gauche du couvercle, les Juifs marquent par des gestes de dénégation leur

refus d'adorer Timage de Nabuchodonosor , figurée par un buste assez analogue aux bustes impériaux qui ornaient les prétoires et juché sur une colonne que garde un soldat, vêtu en légionnaire ; à droite c'est r Adoration des mages : les trois rois, vêtus de courtes tuniques et coifïés de bonnets phrygiens, marchent à la file, portant sur leurs mains des couvercles qui contiennent leurs présents ; l'étoile n'a pu trouver sa place dans cette partie du bas-relief et elle a été reportée de l'autre côté où elle éclaire assez gauchement la statue de Nabuchodonosor.

Il faut signaler aussi deux autels antiques, dédiés l'un à Diane, l'autre à Silvain, ainsi que les épitaphes de L. Cassius Optatus et de L. Gassius Yoconius, cippes de i mètre de haut sur 0^^,42 de large qui ont été trouvés lors de l'aménagement delà crypte en i865.

L'église haute. — Si la crypte de Saint-Gilles présente un réel intérêt archéologique et si la façade occidentale produit une vive sensation d'art, en revanche l'église supérieure, telle qu'elle est aujourd'hui, passerait inaperçue, si elle n'était le trait d'union entre l'une et l'autre. C'est elle qui a le plus souffert des démolitions protestantes ou révolutionnaires et, à la suite des diverses restaurations qu'elle a dû subir pendant la période moderne, elle a perdu entièrement son caractère médiéval. Le chœur et le transept, en ruines, sont séparés par une rue de la nef actuelle que l'on a fermée par un chevet de fortune qui date duxvii® siècle. Ce chevet, installé dans la dernière travée de la nef, est actuellement cantonné de sacristies qui prolongent

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les bas côtés : celle de gauche est le seul vestige de Fégiise ancienne ; elle formait autrefois la dernière travée du collatéral nord ; elle est voûtée sur croisée

Église haute. La nef. Cliché de l'Auteur.

d'ogives dont les branches sont supportées par de belles colonnettes surmontées de chapiteaux romans et donne une idée des vastes dimensions de l'église primitive ;

i on y sent la main d'architectes du nord très habitués à la technique de Yopus francigenum.

Le plan à trois nefs de T église actuelle reproduit celui de la crypte. Les voûtes ont été refaites lors de la restauration du xvif siècle et placées beaucoup plus bas que les voûtes primitives ; contrairement à leur habitude les architectes d'alors sont restés fidèles à la croisée d'ogives. Ils ont gardé les piliers carrés qui supportaient les anciennes voûtes avec les demicolonnes sur lesquelles reposent les arcs-doubleaux et les arcades latérales, mais ils les ont sectionnés à la retombée des nouvelles voûtes. Aussi, seuls, les chapiteaux des colonnes basses ont-ils été conservés ; ce sont de beaux chapiteaux romans qui se rapprochent beaucoup du type corinthien. En dehors d'eux, rien ne mérite de retenir l'attention dans cet ensemble disgracieux et lourd que forme l'église haute.

Les trois nefs s'ouvrent à l'ouest chacune par une porte donnant accès au sommet du perron que domine la célèbre façade sculptée.

La façade occidentale. — La façade par laquelle se termine la nef de l'église abbatiale a subi des remaniements à l'époque moderne. Lors de la restauration du xviif siècle, on avait remplacé l'escalier monumental par un simple perron qui conduisait au portail central ; Revoil et ses collaborateurs ont rétabh l'escalier. En revanche, ils ont laissé subsister tel quel le grand mur nu et disgracieux par lequel, à la même époque, on avait fermé la nef, et qui surplombe l'ensemble découronné des trois portails.

La façade, dans son état actuel, se réduit à trois portails sculptés, autrefois encadrés à droite et à gauche par deux tours carrées qui ont été rasées par les protestants ; celle du sud a été récemment exhaussée et sert aujourd'hui de clocher. 11 est probable que, comme Finsinue M. Marignan dans son étude déjà citée sur L'École de Sculpture en Provence du XIP au XIII" siècle^les trois portails étaient surmontés, comme dans beaucoup d'autres églises de la région, d'un de ces grands frontons triangulaires si caractéristiques de l'école provençale.

Les portails servent de débouchés à la nef principale et aux nefs latérales auxquelles ils correspondent exactement. Le portail central est de dimensions plus vastes que les deux autres ; il est à la fois plus élevé et plus large. La partie inférieure de son linteau est au même niveau que la partie supérieure des linteaux des portes nord et sud. En outre, tandis que ceUes-ci ont une ouverture unique, il est divisé en deux portes par un pilastre cannelé qui forme trumeau.

D'un bout à l'autre de la façade, un soubassement cannelé, haut de i"',5o, épouse toutes les saillies. De chaque côté du portail central, ce soubassement est remplacé par des médaillons et des bas-reliefs sculptés. A sa partie supérieure, il est limité par un cordon où alternent une rangée de perles, une rangée de feuilles d'acanthe et une rangée de grecques. Au-dessus de ce cordon, et un peu en retrait, au fond déniches que séparent soit des pilastres cannelés, soit des rinceaux, s'alignent quatorze grandes statues ; deux d'entre elles ornent les extrémités de la façade ; les douze autres se

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répartissent en deux groupes de quatre entre le portail central et les portails latéraux, et deux groupes de deux

Façade occidentale. Vue latékale.

Cliché Lévy-Neurdein.

logés dans les retraits du portail central. Un très beau rinceau couvre, au-dessus des statues, tout Fespace

intermédiaire entre le portail central et les portails latéraux.

La partie supérieure de la façade repose sur une corniche que décorent des animaux, lionceaux ou serpents, entre lesquels s intercalent parfois des têtes humaines. Cette corniche, qui supporte les archivoltes des portails latéraux et, dans les parties intermédiaires, une frise sculptée, est interrompue à la hauteur des linteaux des trois portails ; elle reparaît aux deux extrémités de la façade. Elle repose sur six grandes colonnes à fût lisse ou cannelé dont quatre encadrent les portails latéraux. Les socles de certaines de ces colonnes sont formés par des lions. Leurs chapiteaux sont de style corinthien ; ils ne sont pas tous anciens ; plusieurs ont été refaits, comme les colonnes elles-mêmes, lors de la restauration du xix*" siècle.

A la hauteur du portail central, la corniche revêt une allure un peu différente : les animaux sont remplacés par des feuilles d'acanthe surmontées de grecques. De plus, elle fait saiUie en avant du portail et forme abaque sur les chapiteaux de deux colonnes jumelles, aux socles ornés de bas-reliefs, qui ne supportent absolument rien et n'ont aucune raison d'être ; elles faisaient pourtant partie du plan primitif, puisque dans le mur extérieur de la crypte on trouve une saillie correspondante dans laquelle est incrustée la fameuse inscription de 11^2.

Le portail central a un tympan et un linteau sculptés ; le linteau se prolonge de chaque côté par une frise également sculptée qui s'étend jusqu'aux archivoltes des portails latéraux. Les voussures sont d'une mouluration très simple. L'archivolte s'interrompt au-dessus

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de la frise s(;ulptée et se termine par une corniche, ornée de feuilles d acanthe, qui repose sur une des consoles formées par des têtes d'anges ou d'animaux.

Les portails latéraux ont également un linteau et un tympan sculptés. Leurs voussures ne présentent pas la même physionomie que celles du portail central ; elles sont moins nombreuses et consistent en de gros boudins alternant avec de larges bandeaux. De chaque côté de la porte, deux colonnes, fort élégantes, surmontées de chapiteaux corinthiens, supportent un bas-relief que prolonge le linteau et sur lequel se termine la première rangée de voussures, les autres aboutissant à la corniche qui court entre les portails.

Tel est le dispositif de la façade de Saint-Gilles. Malgré une certaine harmonie dans l'ensemble, il offre quelques anomalies assez difficiles à expliquer. Il semble bien, à première vue, que le portail central ait été l'objet de remaniements importants ; il est peu probable que, dans la pensée des premiers maîtres qui y ont travaillé, l'archivolte dût se retourner brusquement pour former corniche et que les deux colonnes géminées fussent destinées à un rôle purement décoratif, ce qui serait contraire à toutes les habitudes médiévales. Il y a là une preuve évidente que l'œuvre n'est pas d'un seul jet ; il y a eu, en cours d'exécution, des interruption au cours desquelles le plan primitif a été modifié. L'examen de la statuaire achèvera de fortifier cette hypothèse, en attestant la présence successive de plusieurs artistes d'une inspiration et d'une technique très différente.

Portail nord. — Le tympan représente FAdoration des mages. Au centre, la Vierge est assise, et porte

Portail nord.

r enfant sur son genou gauche ; celui-ci tient un livre d'une main et pose l'autre sur le sein de sa mère. A droite du groupe de la mère et de l'enfant, s'avancent les trois rois mages, le premier à genoux et offrant des

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présents, les deux autres un peu en arrière et debout. A gauche, saint Joseph, couché, reçoit de l'ange le message céleste qui l'invite à fuir en Egypte.

Le sujet qui est traité au linteau n'a aucun rapport avec le précédent. C'est l'entrée du Christ à Jérusalem. La ville sainte est symbolisée par une porte, qui est dominée par une tour, suivie d'une enceinte derrière laquelle apparaissent quelques monuments. Le Christ s'avance vers la porte, monté sur une ânesse que suit son ânon et escorté des douze Apôtres qui tiennent des palmes. Devant lui, deux personnages étendent leurs manteaux sous ses pas. A l'intérieur des remparts, la foule se précipite au-devant du Messie ou le contemple du haut de la muraille.

Portail central. — Le tympan ne mérite pas de retenir l'attention. Il a été détruit pendant les troubles religieux du xvii*" siècle et très maladroitement restauré en i65o. Le Christ en majesté entouré des quatre animaux symboliques, qui y figure, est une composition lourde et gauche, constituée par des débris tant bien que mal ajustés et complétés.

Le linteau, au contraire, quoique assez mutilé, a été conservé. Il se prolonge de chaque côté du portail jusqu'aux archivoltes des portails latéraux par une frise sculptée. Voici, en allant de gauche à droite, les divers sujets traités : 1° une scène qui a été diversement interprétée et où l'on a vu tantôt la parabole de l'Enfant prodigue, tantôt Judas restituant l'argent de la trahison ; 2° le Christ chassant les vendeurs du Temple ; 3° Marthe et Marie prosternées devant le Maître ; 4° la Résurrection de Lazare ; 5° le Christ annonçant à saint Pierre son

prochain reniement ; 6° le Lavement des Pieds ; 7^ la Gène (ces deux derniers sujets occupent le linteau) ; 8° le baiser de Judas ; 9° le Christ devant Pilate ; 1 0° la Flagellation ; 1 1° le Portement de Croix.

Au-dessous de la Mse, dans des niches , apparaissent les douze statues des Apôtres. Les huit premiers, en partant de gauche, ont seuls pu être identifiés. Ce sont : saint Matthieu tenant un livre très mutilé ; saint Barthélémy avec une banderole qui porte ces mots : Ego Barto [lo) meus apostolus. Evertique quasiconverti ; saint Thomas qui a lui aussi un livre à la main avec ce texte qui permet Fidentification : Nisi vicier o in maiiibus ejus fîgiiram clavorum et mittam digitum meum in locum clavorum et manum meam in latus ejus^ non credam ; saint Jacques le Mineur, en costume d'évêque, dont le nom figure sur le nimbe : Jacobus^ frater domini^ {ier)osolim(it)anus episcopus ; saint Jean FEvangéliste dont la personnalité se révèle par les mots inscrits sur son livre : in principio erat verbum; saint Pierre qui se reconnaît à ses clefs ; puis de nouveau saint Jacques le Mineur, car sur le livre que tient le personnage est gravé un verset de Fépître attribuée au dit apôtre : omne datum optimum et omne donum perfectum des ; enfin saint Paul avec son habituel front chauve et une banderole sur laquelle on lit : gratia dei sum id quod su m. Les quatre dernières statues sont impossibles à identifier. Aux deux extrémités de la façade, deux anges terrassant le démon rappellent et complètent cette décoration.

Au soubassement les cannelures qui ornent d'un bout à Fautre la façade occidentale de Saint-Gilles sont

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remplacées par des médaillons. Ceux de gauche retracent l'histoire de Gain et d'Abel : i° Caùi offre au Seigneur une gerbe de blé; 2° Abel immole un agneau ;

Portail central. Cliché Lévy-Neurdein.

3° Caïn tue Abel. A droite, les deux médaillons qui avoisinent la porte représentent un centaure qui lance une flèche et un cerf qui s'enfuit ; au troisième, Balaam,

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monté sur une ânesse, maudit les Hébreux, tandis qu'un ange le menace de son glaive. Outre ces deux groupes de médaillons qui se font vis-à-vis, il y en a encore deux autres à droite, au-dessous des colonnes jumelées qui font saillie en avant du portail; Ton y a sculpté une chimère et une lionne allaitant ses lionceaux.

Les colonnes elles-mêmes reposent sur un socle sculpté où les scènes de l'Ancien Testament alternent avec les représentations d'animaux. On voit à gauche : 1° Deux singes attachés Vun a Vautre; 2° Un chameau et un homme couché ; 3° Un lion qui pose sa patte sur un homme renversé; — à droite : David gardant ses troupeaux tout en jouant de la harpe; 2^ Des oiseaux et des griffons ; 3° David tuant Goliath.

Portail sud: — Au tympan, la Crucifixion. Christ a été représenté en croix, au moment où il expire ; la tête est penchée, le haut du corps nu ; au-dessous des hanches, une draperie recouvre les membres intérieurs. De chaque côté de la croix, la Vierge et saint Jean se tiennent debout ; à côté de la Vierge, rÉghse est symbolisée par une femme, revêtue d'une tunique et d'un manteau très orné, tandis qu'auprès de saint Jean, la Synagogue, interprétée de la même façon, est renversée par un ange et laisse tomber sa couronne.

Le linteau qui, comme au portail nord, se prolonge à gauche et à droite sur les retours d'angles, continue la frise du portail central avec : 1° sainte Madeleine aux pieds du Christ; 1" Les saintes Femmes achetant des parfums ; 3° Les saintes Femmes au Tombeau ; l\ Le Christ apparaissant à ses disciples.

l'église abbatiale g3

Malgré l'unité apparente que présente la composition du vaste ensemble sculptural que forme la façade de Saint-Gilles, un examen attentif et détaillé des divers

Portail sud. cliché de l'Auteur.

éléments révèle quelques divergences. Il est clair que tympans, linteaux, bas-reliefs, grandes statues ne sont pas uniformément sortis de la même main et Ton peut relever la trace de plusieurs ateliers différents tant par

leur origine que par la date à laquelle ils ont effectué leurs travaux.

On doit rattacher, semble-t-il, à un premier atelier le linteau du portail central avec les parties de la frise qui ornent les retours d'angle et qui ne ressemblent en rien à celles qui se déroulent entre le portail central et les portails latéraux. Les figures sont malheureusement très mutilées, sauf dans la scène du Baiser de Judas ^ qui seule peut donner une idée nette du style ; il est à remarquer cependant que le Christ du Lavement des Pieds et celui qui prédit à saint Pierre son reniement, quoique moins expressifs, sont apparentés à celui auquel le disciple pervers donne Faccolade et que d'un côté comme de Fautre on peut relever, outre les mêmes dispositions dans les coiffures et les draperies, le même souci du détail pittoresque, avec quelque chose de très moderne dans la technique. Le Christ du tympan appartenait-il au même atelier? Il est impossible de l'affirmer, étant donné l'état dans lequel il est actuellement, mais il serait surprenant que le tympan ne fût pas de la même main que le linteau et ses annexes.

D'un second atelier proviennent les portails latéraux qui traduisent la même inspiration et les mêmes procédés. Leurs sculptures comptent parmi les meilleures de la façade de Saint-Gilles. Elles donnent une impression extraordinaire de vie et de mouvement ; elles n'ont ni cette raideur ni ces gestes un peu conventionnels que l'on observe fréquemment dans les œuvres de la période romane. Les attitudes sont déjà naturelles et vraies, qu'il s'agisse des disciples qui, dans l'entrée à Jérusalem, se pressent à la suite du Maître et des per-

l'égltse abbatiale 95

sonnages qui étendent leurs vêtements sous ses pas ou de FEnfant Jésus qui, au tympan du même portail,

pose délicatement la main sur le sein de sa mère, ou encore de l'extraordinaire Christ du crucifiement dont

un réalisme saisissant fait ressortir les moindres détails anatomiques et combine les effets comme les expressions avec beaucoup de science et d'art.

Le même atelier a également donné le jour à la partie de la frise comprise entre le portail central et le portail sud dont la technique est étroitement apparentée à celle des portails latéraux : les motifs d'ornementation, les costumes, les caractères anatomiques sont identiques et empreints du même réalisme. « Les personnages, comme le dit fort bien M. de Lasteyrie, sont pleins de mouvement et de vie, les draperies exécutées avec autant de finesse que d'élégance. Certains, comme le bourreau qui lève le martinet pour frapper le dos du Christ, sont dessinés avec un art remarquable qui rappelle les meilleures œuvres de l'Ile de France. »

Il en est tout autrement des bas-reliefs du côté gauche qui ne ressemblent ni à ceux du côté droit, ni à ceux du portail central. « Les figures, écrit encore M. de Lasteyrie, sont lourdes; beaucoup présentent des réminiscences marquées de la sculpture galloromaine ; les têtes sont trop grosses pour la longueur du corps ; l'expression des visages manque de distinction ; les plis des vêtements sont médiocrement dessinés ; les animaux que le Christ chasse du Temple sont d'une facture très défectueuse et qui contraste avec l'élégance des lionceaux rampant sur la moulure qui court au-dessous de la frise. »

Enfin les grandes statues d'Apôtres forment également un ensemble à part. Deux d'entre elles, celles qui sont voisines du portail nord, sont signées; elles portent le nom de Brunus auquel on est généralement

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