‹ Aimard Foret Vierge 1893 BNFChapitre 14 sur 35 · DE SAINTE-MARIE · texte numérisé non relu

DE SAINTE-MARIE

Lorsque le Canadien s'éveilla, au lever du soleil, il aperçut son ami, le chef comanche, qui, après avoir pansé les chevaux, et leur avoir donné la provende, s'occupait activement à préparer le repas du matin.

Le chasseur se leva, étira ses membres vigoureux pour rétablir la circulation du sang, et s'approcha de l'Indien, auquel il tendit la main.

— Mon frère a bien dormi? lui demanda le chef, en souriant.

— Assez bien, oui, chef, quoique j'aie été éveillé au meilleur de mon sommeil, répondit-il, tout en bourrant sa pipe.

— Mon frère a été éveillé cette nuit? fit l'Éclair avec un geste interrogateur.

— Ma foi! oui, chef; nous avons eu des visiteurs près de nous, cette nuit, pendant que vous dormiez.

— Och ! Que veut dire mon frère ?

Le Canadien raconta alors, dans tous ses détails, la scène étrange à laquelle, bien qu'invisible, il avait assisté.

Le Peau-Rouge Técouta avec la plus sérieuse attention, sans l'interrompre une seule fois, puis, quand il eut terminé :

— Pourquoi ne pas m'avoir éveillé? dit-il en hochant la tête d'un air pensif.

— Gela n'était pas nécessaire, et puis, vous dormiez si bien, chef, que je ne m'en suis pas senti le courage.

— Ce qui est fait est fait; il n'y a pas à y revenir; mangeons; le soleil est haut déjà; après notre repas, nous nous mettrons en route.

— Mangeons, soitt d'autant plus que j'ai grand appétit; mais où ironsnous ?

— Mon frère le sait, je le lui ai dit; nous irons rejoindre mes jeunes hommes, et faire autre chose encore, ajouta-t-il avec un accent singulier.

Le chasseur ne répondit pas; il s'assit auprès de l'Indien, et tous deux commencèrent à manger.

— Mon frère ne veut donc pas venir en aide aux gens de la caravane? demanda le chasseur au bout d'un instant.

— L'Éclair a-t-il dit cela? fit le chef.

— Non, certes, mais vous n'avez pas dit non plus que vous le feriez.

— L'Éclair est un chef, mais il n'est pas seul dans sa nation; de grands braves raccompagnent; il doit les consulter dans un conseil-médecine.

— C'est juste, chef : c'est votre devoir en effet. Mais le Moqueur?

— Le Moqueur est l'ennemi des Comanches; sa chevelure sera arrachée; elle séchera dans la hutte de FÉclair, reprit le chef avec ressentiment. Que mon frère n'accuse pas son ami avant de savoir, il s'en repentirait dans la suite.

— La sagesse parle par votre bouche, chef : je n'ai jamais eu l'intention de vous accuser; mais mon cœur est triste, en songeant à ces pauvres gens, contre lesquels des misérables ourdissent traîtreusement dans Pombre un odieux complot.

— L'Éclair avisera; ce qu'il fera sera bien; mon frère FAigle-Rouge assistera au grand conseil-médecine des chefs comanches; en défendant les visages pâles, les guerriers rouges vengeront leurs propres injures : le Vautour-Fauve et le Gypaète sont des chiens pillards plus à craindre encore que les fils de la vieille Louve qui, hier, ont été brûlés dans le calli du bois des Mezquites; les Comanches leur feront chanter le chant de mort au poteau de torture; avant que le deuxième soleil ait éclairé la terre, bien des événements, enveloppés encore dans les nuages de l'avenir., auront eu lieu sans doute; mais des guerriers sages et expérimentés ne doivent agir qu'avec une extrême prudence, lorsqu'ils ont à combattre des ennemis rusés; mon frère doit attendre avec patience.

~ J'attendrai, maintenant, autant de temps qu'il vous plaira, chef, puisque je sais que vous n'abandonnerez pas les hommes de ma couleur qui sont en péril.

— Voilà ma main, reprit l'Indien avec noblesse; l'Éclair n'a pas la langue fourchue : les paroles que souffle sa poitrine viennent de son cœur : ce qu'il dit, il le fait.

Les deux hommes se serrèrent cordialement la main. Tout à coup le chasseur fit un mouvement de surprise.

— Quel est donc ce portrait? demanda-t-il, en remarquant pour la première fois, depuis leur rencontre, le magnifique bracelet que le Comanche portait à son poignet droit.

L'Indien sourit doucement.

— Ce bracelet, dit-il en le regardant avec complaisance, a été donné à TÉclair par sa sœur le Lis-Rosé, dont il avait sauvé Penfant, là-bas, vers l'Ouest, dans le grand village en pierre des visages pâles.

— Le Lis-Rosé ? fit le Canadien avec étonnement.

— Ehaahî mon frère est curieux : le Lis-Rosé est une femme blanche; le chef l'aime comme une sœur.

— Bon! s'écria joyeusement le Canadien; je comprends tout, maintenant; le chef est bien réellement l'ami des visages pâles-

— L'Éclair est Vami des bons, quelle que soit leur couleur; l'ennemi des méchants, quand même ils seraient de sa propre famille, reprit le chef, de cet accent singulier qu'il affectait en certaines circonstances. L* Aigle-Rouge ne

connaît pas encore celui auquel il donne le nom de frère. Qu'il attende! bientôt il saura tout.

Ils terminèrent leur repas, ce qui ne fut pas long, puis ils montèrent à cheval et traversèrent la rivière, suivis par Milord, qui les accompagnait gaillardement à la nage.

Les chevaux lacés le soir précédent par le chef étaient des animaux vigoureux, pleins de feu, et d'une grande douceur; on voyait, à la facilité et à la docilité avec lesquels ils obéissaient et se laissaient conduire qu'ils avaient été montés; c'était probablement, ainsi que cela se pratique souvent dans ces contrées, des animaux fatigués, abandonnés par quelque caravane, et qui, par un séjour plus ou moins long en pleine liberté, dans la prairie, avaient recouvré toute leur ardeur et leur force premières.

Vers sept heures du matin, à un endroit où la route que suivaient les deux aventuriers faisait un coude brusque, auprès d'une roche assez élevée, le chef qui, depuis quelques instants, donnait des marques, non pas d'inquiétude, mais d'attention, et semblait examiner attentivement le sol et les arbres qui se rencontraient sur son chemin, fouetta tout à coup vigoureusement son cheval , et s'éloigna ventre à terre, en faisant signe de la main à son compagnon de ne pas imiter ce mouvement.

Le chasseur continua donc à cheminer paisiblement au pas, sans presser en aucune façon sa monture.

Nous avons dit que le chef fouetta son cheval ; en effet, nous ferons remarquer, à ce propos, que les Indiens indépendants, qui passent pour si féroces, n'usent jamais de l'éperon, qu'ils considèrent comme un usage barbare; ils ne se servent que du fouet, et nous sommes forcés de constater que l'homme et Tanimal ne s'en trouvent pas plus mal; nous devons faire observer aussi que les éperons dont se servent les Hispano-Américains ont des molettes plus grandes que des soucoupes ordinaires, armées de pointes de plus de quatre pouces de long, acérées comme des stylets.

Ce ne Sont donc plus des éperons, mais de véritables poignards; peu de chevaux sont en état de résister à un tel supplice, et tombent souvent littéralement éventrés.

La surprise du chasseur fut grande, lorsque, après avoir franchi le pas dont nous avons parlé, il aperçut à deux cents mètres en avant son ami, arrêté sous un bouquet (L'ahuéhuelts, en compagnie d'une dizaine de Peaux-Rouges armés en guerre, accroupi avec eux devant un feu, et fumant son calumet, tandis qu J à une dizaine de pas en arrière les chevaux des Indiens inconnus, attachés à des piquets, broutaient les jeunes pousses des arbres.

La réception faite au chasseur fut des plus cordiales; les Indiens le saluèrent gravement, sans prononcer une parole; il mit pied à terre et s'assit auprès de ses nouveaux amis.

Il pouvait leur donner ce nom. Ces Indiens étaient des guerriers de la tribu de l'Éclair.

Les Peaux-Rouges, lorsqu'ils sont sur un territoire de chasse commun à plusieurs nations, et que, par conséquent, ils redoutent de se trouver tout à coup en face d'ennemis, ont la coutume de se fractionner en détachements,

dont les moindres sont de cinq ou six hommes* et les plus nombreux ne dépassent jamais une vingtaine; qui, tous, rayonnent autour d'un centre commun dont ils ne s'éloignent pas au delà de sept à huit lieues, de façon à pouvoir se rallier au premier signal, et, le cas l'exigeant, former une masse compacte capable d'en imposer à leurs adversaires.

Cette tactique, qui ne pourrait être employée avec avantage en Europe, tient à deux motifs très sérieux et complètement dans le caractère indien.

Les Peaux-Rouges, quoique très braves et toujours prêts à faire vaillamment face à leur ennemi, quel que soit celui-ci, n'envisagent point le courage au même point de vue que nous. é

La guerre est pour eux une question trop importante pour qu'ils se fassent sottement tuer pour un ridicule point d'honneur; ils ne voient aucune honte à fuir, lorsque leurs ennemis sont trop nombreux ou retranchés dans une position formidable, quittes à revenir plus tard et à recommencer le combat dans des conditions meilleures.

A moins que d'y être contraint et de n'avoir aucune chance de fuite, un Indien ne luttera pas contre des forces supérieures par lesquelles il est certain d'être accablé.

Aussi procède-t-il toujours, dans ses expéditions, avec une extrême prudence, et essaye-t-il tout d'abord d'assurer sa retraite en cas d'échec probable.

Le second motif découle tout naturellement du premier.

Les Indiens ne font pas la guerre pour moissonner des lauriers; leur but, hautement avoué s est de conquérir du butin surtout, puis d'enlever des esclaves, des femmes, des enfants et enfin de scalper leurs ennemis pour se faire des trophées de leurs chevelures.

Leur guerre est donc toute de ruse, d'embuscade et de surprises; elle ne consiste que dans des coups de main adroitement combinés et exécutés avec la rapidité de la foudre.

Pour eux, la première condition est, en essayant de ne pas se faire tuer ou prendre? de tuer ou de prendre le plus possible à l'ennemi.

Gette tactique est de la plus grande simplicité; mais, pour la mettre en pratique, des corps nombreux, de gros détachements seraient nuisibles; d'abord, ils ne vivraient que difficilement sur le territoire ennemi; ensuite, malgré toutes leurs précautions, il leur serait impossible de ne pas laisser de traces de leur passage ; et la première condition de succès pour un détachement indien est de rendre sa piste invisible ou de l'embrouiller si bien que l'ennemi le plus fin ne la puisse reconnaître.

Donc, dès qu'une tribu est arrivée sur le territoire de l'ennemi contre lequel elle veut opérer, son premier soin est de se fractionner en un nombre considérable de petits détachements qui, se dispersant de tous les côtés, opèrent chacun pour son compte personnel, enveloppent l'ennemi, fondent sur lui à Pimproviste; mais, s'ils sont dépistés, que leur coup de main manque et qu'ils soient obligés de se mettre en retraite, ils se dirigent en toute hâte vers leur quartier général, où ils sont certains de trouver des renforts et peut-être de reprendre avec avantage l'offensive contre l'ennemi qui es poursuit, mais qui, trop rusé, lui aussi, pour se laisser entraîner follement

LA FORÊT VJERGE

Le Lîs-Rosû, sœur du chei des Gommanehcs.

dans une embuscade adroitement tendue, n'hésite pas à tourner bride à la moindre apparence suspecte qu'il croit apercevoir devant ou autour de lui. Telle est la façon dont les Indiens se font la guerre dans toutes les prairies : cette manière, primitive sans doute, mais qui ne laisse pas cependant d'être assez avantageuse malgré son originalité, ne nous semble pas plus mauvaise que la nôtre, et dans certains cas, nous n'hé&itons pas à la trouver supérieure

LlW 29. — F. HO Y, édil. — Reproduction interdit*.

Depuis environ une quinzaine de jours, l'Éclair était arrivé sur le territoire de chasse où nous Pavons rencontré, avec une troupe de guerriers d'élite, composée de deux cent cinquante hommes, les plus grands braves de sa tribu.

Son premier soin avait été de fondre son détachement en une multitude de petites troupes qu'il avait éparpillées de tous côtés, après leur avoir donné pour chefs des guerriers expérimentés.

Le jeune sachem venait-il dans cette prairie seulement pour chasser?

Non.

Si tel avait été son but, une cinquantaine d'hommes tout au plus lui auraient suffi et au delà.

Ce qu'il voulait surtout» c'était détruire son ennemi le plus détesté, le Moqueur, le grand sachem Sioux; ses espions lui avaient appris que la tribu du Moqueur devait, à la saison d'automne, chasser le bison dans ces mêmes parages.

Il avait d'autres motifs encore, mais ceux-là étaient secrets et connus seulement de deux ou trois autres chefs, ses confidents les plus intimes.

L'Opossum, le chef du détachement que nos voyageurs avaient rencontré, grand et beau jeune homme de vingt-huit à trente ans, était en mesure de donner à l'Éclair tous les renseignements les plus détaillés sur ce qui se passait en ce moment dans la prairie.

Après avoir fumé son calumet, le jeune chef se leva, lit un signe à l'Opossum; tous deux s'écartèrent à quelques pas et eurent ensemble un entretien assez long à voix basse.

Puis l'Éclair revint près du feu : il avait l'air pensif.

— Mon frère le chasseur pâle veut-il me suivre? dit-il au Canadien, ou préfère-t-il m'attendre ici? D'ailleurs mon absence ne sera pas longue.

— Peu importe, chef, répondit vivement le jeune homme; il est convenu entre nous que nous voyagerons de compagnie pendant un certain temps; à moins que vous ne me disiez nettement que ma présence vous gêne, je ne vous quitterai point.

— Je remercie mon frère, il ne regrettera pas de m'avoir accompagné là où je vais ; mon frère est un grand brave, je ne suis pas fâché de l'avoir près de moi pendant ce court trajet.

— Alors tout est bien, chef, reprit le Canadien en se levant et prenant sa monture par la bride. Me voici à vos ordres, ajouta-t-iL

— Laissez votre cheval ici, notre course se fera à pied.

— Nous allons donc bien près d'ici?

— Non, pas positivement; mais les sentes que nous serons contraints de suivre sont si difficiles que c'est à peine si nous autres, hommes, nous pourrons y passer,

— Oh! oh 1 faut-il laisser aussi Milord? Je vous avoue, chef, que cela me contrarierait fort de me séparer de lui, ne serait-ce que pendant une heure, la pauvre bête t

— Non pas, que mon frère le chasseur emmène au contraire le chien, dit-il en souriant : ce chien est un animal plus intelligent que certains hommes,

ainsi que j'ai été à même de m'en apercevoir déjà; qui sait? peut-être nous sera-t-il utile?

Le chef fit alors un signe d'adieu aux Indiens : l'Aigle-Rouge appela Milord, et les deux hommes et le chien s'enfoncèrent résolument sous le couvert.

Ce que le Canadien avait cru, de loin, être un bois, prit bientôt les proportions grandioses d'une forêt très touffue, et surtout fort étendue, selon toute apparence.

Les deux hommes marchaient silencieusement, à grands pas, l'un derrière l'autre, à la mode indienne; du reste, il aurait été complètement impossible de faire autrement; la sente qu'ils suivaient, véritable sente de bête fauve, à peine tracée dans l'humus qui couvrait le sol, faisait des détours en apparence inextricables, dans des fourrés si épais, qu'avec une Jaache, à peine eùt-on réussi à s'ouvrir passage au milieu d'eux*

L'Éclair marchait sans hésiter une seconde, sans ralentir sa marche, en homme certain d'être dans la bonne voie et qui ne craint pas de seperdre.

Cependant, plus ils avançaient, plus le chemin devenait difficile; ils étaient parfois contraints de se baisser ou de s'accrocher à une liane et de sauter en avant; quelquefois même il leur fallait, pendant dix ou douze pas, ramper comme des reptiles, sous des amas de détritus de toutes sortes qui peut-être servaient de retraite à des serpents ou à certains autres habitants, non moins désagréables, de cet immense océan de verdure, sous lequel régnait une obscurité presque complète et un froidassez vif, comparé à la température de la prairie.

Ils atteignirent ainsi, après une heure et demie de marche à peu près, une lagune, dont les eaux, couleur démeraude, étaient stagnantes, couvertes par place d'une mousse jaunâtre et de longues herbes à demi flétries, et dans laquelle nageaient de hideux alligators; d'autres, sur le bord fangeux de cette lagune, se vautraient avec délice, dans la boue, au milieu de laquelle, malgré leur taille gigantesque, ils disparaissaient presque entièrement.

Plusieurs arbres immenses, renversés par la vieillesse, ou frappés par la foudre, étaient tombés en travers de cette lagune et formaient ainsi un pont naturel sur lequel plusieurs personnes auraient pu facilement passer de front. Les deux hommes franchirent rapidement ce pont, précédés par le brave Milord, que le voisinage des alligators semblait considérablement inquiéter. Laforêt, cependant, devenait de plus en plus épaisse ;mais les herbes avaient presque complètement disparu; il n'y avait plus que des arbres énormes, enveloppés de lianes formant des paraboles bizarres, et les branches garnies de cette mousse qui tombe en guirlandes et à laquelle on a donné le nom singulier de Barbe d'Espagnol.

La marche était devenue comparativement plus facile; les deux hommes continuèrent à s'avancer rapidement ; bientôt ils se trouvèrent sur les bords d'une charmante rivière, dont les eaux coulaient silencieuses et claires comme le cristal, sur un lit de sable fin, et fuyaient avec de mystérieux murmures, sous les hautes herbes de ses rives.

Une pirogue était cachée dans le tronc d'un arbre; le chef la découvrit et la mit à l'eau : les deux hommes et Milord lui-même montèrent dedans; puis

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le Comanche, se contentant de maintenir la pirogue droite dans le courant, la laissa descendre au fil de l'eau.

Après une demi-heure environ de cette navigation bizarre, nos navigateurs improvises abordèrent sur une large plage unie et sablonneuse.

Le chasseur se frotta les yeux avec surprise : la forêt semblait s'être subitement retirée de près d'une demi-lieue de chaque côté de la rivière.

Sur le bord même où la pirogue s'était échouée? commençait la pente assez escarpée d'une montagne de près de sept cents mètres de haut, sur le large plateau de laquelle était assis un village complètement entouré de fortifications en terre à la mode indienne, garnies d'une clôture de pieux retenus entre eux par des crampons de fer; un fossé régnait en dehors de celte clôture.

Ce village paraissait assez considérable, et, grâce aux agrestes fortifications qui l'entouraient, se trouvait parfaitement à l'abri d'une attaque.

Une particularité singulière frappa surtout le chasseur; toutes les pentes de la montagne, complètement déboisées, étaient cultivées avec un soin qui dénotait des connaissances avancées en agriculture.

Dans les prairies artificielles, fermées de haies vives en cactus-cierges, paissaient des vaches, des moutons, des chevaux et même des chèvres.

Mais ce qui porta réellement au comble la surprise du digne chasseur, au fur et à mesure qu'il s'approchait de cet étrange village, ce fut la vue des huttes, qui, bien que grossièrement construites en troncs d'arbres, étaient toutes couvertes en vacois, avaient des portes et des fenêtres, dont beaucoup étaient vitrées, et affectaient des formes qui ne rappelaient en rien les callis et les wigwams indiens^ mais se rapprochaient au contraire beaucoup des chaumières des villages canadiens des environs de Québec.

L'Aîgle-Rouge se frottait les yeux à se faire pleurer et murmurait continuellement entre ses dents :

— Pour sûr, c'est un rêvel où diable ai-jela tête? il est certain que je dors; un semblable village ne peut exister au milieu d'une forêt vierge, à deux cents lieues de tout établissement civilisé, au centre même des tribus indiennes les plus farouches et les plus féroces.

Il se tâtaitj se pinçait, regardait autour de lui, et n'en était pas plus avancé ; ce qu'il prenait naïvement pour une illusion ou un mirage ne disparaissait pas.

Il voyait toujours l'espèce de petit quai en pierres sèches, ou il avait abordé au milieu d'une quarantaine de pirogues sur lesquelles séchaient des filets de pêche; à droite et à gauche du sentier bien entretenu qu'il suivait il apercevait toujours les prairies et les troupeaux; bientôt même, il distingua au loin deux ou trois laboureurs, placés derrière leurs charrues, attelées de forts chevaux, et traçant leur sillon.

Puis, au-dessus de sa tête, le village, dont la silhouette d'abord confuse se dessinait de plus en plus; il ne savait plus à quoi s'en tenir.

Le chef, tout en marchant auprès de lui, le regardait en souriant et jouissait de sa surprise.

— Où sommes-nous donc ici? s'écria enfin le chasseur en s'arrètant et en regardant son compagnon d'un air effaré*

— Mon frère, répondit sérieusement le chef, nous sommes dans un village fondé par un chef de la prière des visages pâles.

— Une mission! s'écria le chasseur en tressaillant de joie.

— Oui, je crois que c'est le nom qu'on lui donne, mais il eu a un autre encore.

— Quel est-il ? le savez- vous, chef?

— Je le sais, oui, mais j'ignore ce qu'il veut dire.

— C'est égal, chef, dites-ie-moi toujours, je vous prie*

— Je le veux bien, peut-être mon frère le comprendra-t-il, ce village ou cette mission, si le chasseur le préfère, se nomme Sainte-Marie.

— Si je comprends ce nomi s'écria le Canadien avec explosion, Sainte- Marie, la mère du Sauveur du monde !

Le Comanche ne répondait pas, il rêvait* Le chasseur continua :

— Pardon, chef, je voudrais vous adresser une question.

— J'écoute mon frère.

— Quelle est la nation qui habite ce village?

— Aucune,

— Comment, aucune? les habitants sont donc des visages paies?

— 11 n'y a qu'un visage pâle dans le village, et les habitants sont au nombre de près de trois mille, hommes, femmes et enfants, et chaque jour ce chiffre augmente.

— Voilà ce que je ne comprends pas. Quels sont donc ces habitants?

— Des Indiens appartenant à toutes les nations, à toutes les tribus* qui, séduits et entraînés par la parole de cet homme bon et simple qui a fondé le village, viennent volontairement se placer sous sa direction, et sont heureux de lui obéir. Oh! ce chef de la prière est un grand médecin de l'àme; il a des paroles qui font tressaillir le cœur dans la poitrine de l'homme le plus fort, et verser des larmes au guerrier le plus farouche. Sa voix est suave et mélodieuse comme un chant d'oiseau; il sait ? d'un mot, consoler les plus grandes douleurs et rendre l'espoir aux plus infortunés. Deux fois seulement, il m'a été permis de voir et d'entendre cet homme ; chaque fois, en le quittant, il m'a semblé que je devenais meilleur.

— Combien y-a-t-il de temps qu'il s'est fixé dans cette contrée?

— Voici la septième année qui commence; c'était à l'époque des grandes chasses de la fin de l'automne; il parut un soir, au campement de nuit d'un détachement assiniboin; il était à pied, faible, mourant, marchant appuyé sur un bâton et se traînant à peine; deux pauvres Indiens, presque aussi misérables que lui, le suivaient, portant son maigre bagage. 11 voulut s'asseoir au feu du campement; les guerriers, dont la raison était troublée par Feau de feu, le chassèrent avec mépris* Il ne se plaignit pas, s'éloigna en chancelant, et alla, ainsi que ses deux compagnons, se placer sous un arbre à quelque distance. Là, tous trois s'agenouillèrent sur la terre nue, joignirent les mains, et, les yeux levés vers le ciel, ils commencèrent à chanter, dans une langue inconnue, des paroles qui avaient une mélodie étrange et saisissante. Les guerriers rirent. Ils entonnent leur chant de mort I dirent-ils en raillant. Ils

se levèrent et se rapprochèrent d'eux en ricanant et les insultant. Les trois hommes continuaient à chanter comme s'ils n'entendaient pas- Les guerriers, voyant qu'ils ne s'occupaient pas d'eux, pensèrent qu'ils les mépr isaient, et

la colère entra dans leur cœur*

— Il faut que ces chiens nous demandent pardon ou qu'ils meurent t s'écrièrent-ils en brandissant leurs armes.

— Ce sont des sorciers des visages pâles, dit l'un d'entre eux; ils font une médecine pour que le gibier abandonne la prairie.

— Que faites-vous là? demanda un des sachems en frappant le chef de la prière du bois de sa lance, si rudement que le pauvre homme tomba à terre, ce qui fit beaucoup rire les guerriers.

Mais le visage pâle se releva sur les genoux, et, tournant avec un doux sourire son visage vers celui qui l'avait frappé ;

— Je prie le Seigneur mou Dieu et le vôtre, celui qui nous a créés, dit-il de sa voix mélodieuse, pour qu'il vous voie d'un œil favorable et vous accorde sa divine protection.

— Que dit ce chien menteur? s'écria le guerrier avec colère; de quel Dieu parle-t-il? ne connaît-il pas le Wacondah 3 le maître de la vie? il insulte le Grand-Esprit I il faut qu'il meure î

— Oui! oui! s'écrièrent tous les guerriers; il a insulté le Grand-Esprit ; il mourra !

— Gomment puisse insulter le Grand-Esprit, reprit le chef de la prière avec douceur, puisque c'est en son nom que je viens vers vous? Le Grand- Esprit a créé le ciel, la terre, les arbres, les animaux, les poissons : il a fait Phomme à son image et lui a mis au fond du cœur le germe de toutes les vertus, afin qu'il puisse faire la différence du bien et du mal. Mon Dieu est et a toujours été : il est l'expression la plus complète de la suprême bonté et de la suprême puissance; voilà le Grand-Esprit que j'adore, parce que, seul, il sonde les coeurs et rend meilleurs ceux qui le prient.

— Cet homme est fou! il ne sait ce qu'il dit! s'écrièrent les guerriers; qu'il retourne vers les traîtres visages pâles! Qu'avons-nous besoin de lui? Que vient-il faire ici?

— Je viens vous sauver, reprit-il avec son inaltérable douceur, en vous enseignant à connaître ce Dieu que vous blasphémer.

Les Assiniboins ne voulurent point l'écouter davantage ; ils se précipitèrent sur lui et sur ses compagnons, les battirent etjes foulèrent aux pieds avec mépris.

Et pendant qu'ils le faisaient ainsi souffrir, le chef de la prière répétait toujours :

— Seigneur, ayez pitié d'eux! Seigneur» prenez-les dans votre miséricorde infinie, car ce sont de pauvres aveugles; ils ne savent ce qu'ils font; Seigneur, pardonnez-leur!

Fatigués enfin de frapper et de fouler aux pieds ces trois malheureux hommes qui ne se défendaient pas, et répondaient continuellement à leurs coups et à leurs injures par de douces et bienveillantes paroles, ils les relevèrent et les garrottèrent chacun debout contre un arbre, résolus à les mettre le lendemain au poteau, et à les faire mourir dans la torture.

Puis ils continuèrent à boire, et finirent par s'endormir complètement ivres.

Vers le milieu de la nuit le sachem qui s'était montré le plus féroce envers le chef de la prière, sentit, au plus fort de son sommeil, qu'on lui touchait légèrement répaule; il ouvrit les yeux et reconnut avec étonnement celui-là même qu'il avait frappé et qu'il avait juré de faire périr le lendemain au poteau de torture.

— Mon frère, dit le chef de la prière, dont le visage, à la pâle lueur des étoiles, semblait transfiguré, hâtez-vous de vous lever et d'éveiller vos compagnons, fuyez au plus vite, sinon vous êtes perdus et vous mourrez tous!

— Que voulez- vous dire? s'écria le chef avec une crainte secrète,

— Regardez, reprit-il, en étendant le bras vers le fleuve.

Le chef se leva d'un bond, en jetant un tel cri d'épouvante que ses compagnons s'éveillèrent.

Le Missouri, débordé, roulait ses vagues jaunâtres qui accouraient à travers la plaine avec la rapidité d'une troupe de cavales effrayées, et étaient hautes déjà comme des montagnes.

Le sachem se tourna vers le chef de la prière qui se tenait calme et résigné auprès de lui, les bras croisés sur la poitrine.

— C'est toi, s'écria-t-il avec fureur, c'est toi qui as fait une médecine et qui as appelé le mauvais esprit à ton aide pour nous perdre I Et il le frappa au visage.

Le chef de la prière essuya son visage sur lequel le sang ruisselait, et répondit avec douceur :

— Le démon n'a pas de prise sur moi. Je 'sers un Dieu qui m'ordonne de rendre le bien pour le mal. J'ai vu le péril dans lequel tu te trouves- le Seigneur m'a donné le pouvoir de rompre les liens qui me retenaient; je suis venu, par Tordre de mon Dieu, te dire : Sauve-toi!

Cependant la plus grande partie de la plaine était inondée ; l'eau montait sans cesse avec de sourds rugissements, brisant et renversant tout sur son passage : encore quelques minutes, et la vague attteignait l'endroit où campaient les guerriers ; ceux-ci, affolés par la terreur, couraient dans toutes les directions en poussant des cris lamentables et en invoquant le Wacondah.

— Invoquez Dieu! s'écria le chef delà prière avec enthousiasme, invoquez-le, et il vous sauvera*

— Ton Dieu est-il donc assez puissant pour nous sauver? s'écrièrent les guerriers avec angoisse.

— Oui, si vous avez la foi.

— Qu'il nous sauve donc! reprirent tumultueusement les guerriers; qu'il nous montre sa grande médecine; nous croirons en lui.

— Soyez hommes» et sauvez- vous vous-mêmes ! s*écria-t-il avec un accent de majesté tel que tous courbèrent machinalement la tète devant lui» qu'ils méprisaient si fort un instant auparavant.

— Parle ! parle! que faut-il faire? s'écrièrent-ils en pleurant.

— Réunir vos chevaux et votre gibier, et me suivre. Hâtez-vous ! il ne nous reste que quelques minutes.

Cet homme avait subitement pris un tel ascendant sur eux, qu'ils lui obéirent comme des enfants.

Alors, lui sourit doucement; avec une force et une vigueur que Ton n'aurait pu supposer dans un corps aussi chétif et en apparence aussi épuisé par la misère, il se mit à leur tête et les guida vers une colline qui se trouvait à une courte distance de l'endroit où ils campaient, et à laquelle, dans leur terreur, ils n'avaient pas songé,

ils gravissaient encore, d'un pas précipité par l'épouvante, les pentes escarpées de la colline, que déjà la vague furieuse qui les poursuivait, en battait le pied avec une rage impuissante.

Lorsqu'ils furent enfin parvenus au sommet de la colline, ils s'arrêtèrent et regardèrent autour d'eux avec frayeur.

En ce moment, le soleil se leva radieux à l'horizon et éclaira cette scène désolée et remplie d'une inexprimable horreur; les Assiniboins commencèrent à pleurer et à se lamenter; tout était inondé autour d'eux, le sommet seul de la colline sur laquelle ils s'étaient réfugiés tremblants et effarés, serrés les uns contre les autres, surgissait du milieu des eaux, et déjà la vague qui toujours montait n'était plus qu'à une vingtaine de pieds de la plate-forme.

La plaine, jusqu'aux extrêmes limites de l'horizon, était changée en un torrent fougueux, qui emportait au milieu de ses Ilots en furie, avec un bruit plus terrible que celui du tonnerre, des arbres, des animaux et des débris de toute espèce.

— A genoux, mes frères I dit alors le grand médecin des visages pâles, à genoux; remerciez avec moi le Seigneur dont la protection divine a daigné s'étendre sur vous et vous a sauvés.

— Regarde, père, s'écrièrent les guerriers avec une terreur toujours croissante, regarde, l'eau monte toujours.

— A genoux» malheureux insensés! reprit le chef de la prière des visages pâles avec reproche, doutez-vous déjà de la puissance de Dieu? Vous êtes sauvés, vous dis-je.

Les guerriers, vaincus parle sublime ascendant que cet homme, semblable à un bon génie, avait pris sur eux, obéirent et s'agenouillèrent humblement.

— Nous ne savons pas, comme toi, prier, père, dit le sachem qui précédemment s'était montré si méchant pour le malheureux visage pâle; prononce toi-même les paroles d'une prière; ces paroles, nous les répéterons après toi avec notre cœur.

Alors, il s'agenouilla entre ses deux pauvres Indiens, joignit les mains, leva les yeux au ciel, et tous trois, avec un accent d'ineffable douceur, prononcèrent une prière qui commençait par ces mots, les seuls que j'aie retenus : Notre père, qui êtes aux cieux...

— Oh! je la sais, moi! dit le chasseur avec émotion.

— Je Tai entendue deux fois, reprit le Gomanche; jamais paroles d'une sublimité plus simple et plus grande à la fois, n'ont frappé mon oreille; il doit être bien bon et bien puissant, le Dieu qui inspire de tels sentiments à ceux qui Fadorent, Les Assiniboins répétaient avec une docilité extrême les paroles de cette prière, au fur et à mesure que le visage pâle les prononçait;

Les guerriers, vaincus par le sublime ascendant do cet homme, s'agenouillèrent humble me nL.

lorsqu'il eut terminé, le chef de la prière se fit un signe avec la main droite sur le visage et la poitrine, signe que firent tous les guerriers après lui.

— Ainsi, n'est-ce pas? dit le Canadien en se signant*

— Oui, c'est ainsi en effet; mais j'ignore ce que ce signe Yeut dire; mon frère le connaît?

— C'est le signe de notre rédemption, répondit pieusement le chasseur.

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— Je ne comprends pas, murmura le chef avec tristesse.

— Ce n'est pas à un pauvre malheureux comme moi qu'il appartient de vous expliquer ces sublimes mystères, que mon esprit grossier a peine à comprendre, répondit humblement le Canadien*

— C'est iustel reprit le Comanche, je le demanderai au chef de la prière lui-môme, car je veux le connaître, ce Dieu puissant devant lequel tous les autres ne sont que des blocs inertes et méprisables de bois ou de pierre.

— Bien parlé, cheft vous êtes un cœur droit. Dieu vous donnera ]a sagesse après laquelle vous aspirez; mais finissez votre intéressant récit, je vous prie.

— Lorsque la prière fut terminée, le visage pâle se leva; ses traits rayonnaient; il étendit le bras, et, s'adressant aux guerriers encore agenouillés :

— Dieu a pénétré dans vos cœurs, dit-il, il vous a exaucés! regardez, mes frères !

Les guerriers poussèrent un cri de surprise, d'admiration et de reconnaissance envers cet homme divin.

Pendant qu'ils priaient, les eaux avaient descendu de près de dix pieds; depuis cet instant, elles ne s'arrêtèrent plus et continuèrent à décroître; au coucher du soleil, le fleuve était presque rentré dans son lit.

Les dégâts causés par l'inondation étaient immenses.

Les Assiniboins, par les conseils de celui qu'ils ne nommaient plus que leur père révéré, demeurèrent quatre jours entiers sur la colline, écoutant docilement les instructions qu'il leur donnait de sa voix si douce et si insinuante en attendant que la terre se fut suffisamment raffermie.

Le quatrième jour arrivé, ils ne voulurent plus se séparer de celui qui les avait si miraculeusement sauvés; ils étaient quatre-vingts guerriers sous les ordres de quatre chefs.

Le père consentit à ce qu'ils restassent avec lui, il choisit alors cette même montagne que nous gravissons en ce moment pour s'y fixer avec eux.

Les guerriers envoyèrent quelques-uns d'entre eux à leurs villages, pour ramener leurs femmes et leurs enfants.

Depuis, ils n'ont plus quitté le chef de la prière;, ils ont continué à suivre docilement ses leçons et ils sont heureux.

Lorsque le village de Sainte-Marie fut fondé, comme le bruit de ce qui s'était passé en cet endroit avait eu un grand retentissement dans la Prairie, d'autres Indiens, appartenant à diverses tribus, accoururent en foule pour se joindre aux premiers; comme le chef dont je vous ai parlé déjà, à cause de sa méchanceté passée, et qui maintenant est devenu peut-être plus dévoué que tous les autres au père, disait à celui-ci en voyant tous ces hommes :

— Père, pourquoi les prendre avec nous, ils ne sont pas de notre nation ; vois, ceux-ci sont Sioux, ceux-là Kenh'as, ceux-ci Comanches, nous autres, nous sommes Àssiniboins.

— Tu te trompes, mon fils, répondit le père, désormais, nous n'appartenons plus à aucune nation en particulier, nous sommes tous les fils dévoués de la grande famille humaine. Nous nous nommons chrétiens, c'est-à-dire frères; laisse donc venir à nous, quels qu'ils soient, ceux qui désirent connaître

notre Dieu, qui est le seul véritable, et dont le premier précepte, tu le sais, mon fils, est celui-ci : Aimez-vous les uns les autres I

— Pardonne-moi, mon père, répondit humblement le Taureau-Blanc, car tel est le nom de ce chef; j'ai commis le péché de présomption, mais avec l'aide de Dieu, je me corrigerai.

Ce fut ainsi que ce village, aujourd'hui si prospère que les visages pâles, c'est-à-dire les grands-couteaux de l'Ouest, en sont presque jaloux, s'est peuplé, grâce à l'influence d'un seul homme, que son Dieu a envoyé sur la terre indienne pour le bonheur des Peaux-Rouges.

Mais nous voici arrivés à l'entrée de la misson, ainsi que mon frère la nomme; il est inutile que j'en dise davantage; la vue seule de l'homme divin auprès duquel nous nous rendons, et les choses extraordinaires qu'il a faites ici, en apprendront plus à mon frère le chasseur pâle, que tout ce que je pourrais lui mal raconter encore.

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