‹ Aimer: pièce en trois actesChapitre 55 sur 63 · ACTE TROISiâME · texte numérisé non relu

ACTE TROISiâME

Elle ne m'est plus rien. Qu'elle aille donc où bon lui semble... Quant à nous, si je vous ai dit que la conversation était entre nous impossible, je me suis en effet trompé. Elle n'était que superflue.

HÉLÈNE

C'est moi, Challange, qui ai retenu mon mari, qui me suis attardée ici. Je voulais lui parler une dernière fois. J'ai été maladroite. Il m'a mal entendue... Je ne lui ai pas dit... Je n'ai pas su lui dire... Il est une chose pourtant que j'aurais bien voulu lui dire... qui vous concerne un peu aussi... qui vous concerne tous les deux... que je voudrais... Permettez-moi de vous la dire à tous les deux, puisque vous êtes là, maintenant, tous les deux... (Son regard va de Tun à

l'autre.) Ce soir, je suis partie. J'ai quitté cette maison. (Vers son mari:) Tu ne t'étais pas trompé, Henri. J'étais partie, partie sans esprit de retour. (Vers chaiiange :) Je suis allée vers vous, Challange, comme je vous l'avais promis. Voici mon manteau, vous voyez !... J'ai pris par le sentier du bois. Je me suis arrêtée à la lisière du bois, devant la vigne des Bertaud, sur la butte, sous ce vieil arbre, vous savez, d'où on peut voir votre maison. Je savais que vous étiez là, qui m'attendiez, que je n'avais que cette vigne à contourner pour vous rejoindre. Et je suis restée là, appuyée à ce tronc. J'ai regardé votre maison. J'ai attendu... Et puis, je ne sais

plus qpmment cela s'est fait, je me suis remise à marcher. Où ai-je été ? Je ne sais plus. Ce n'était pas pour moi le chemin qui comptait.

J'ai dû marcher longtemps, très longtemps, dans 1^ nuit... Et puis je suis rentrée... ou, plus exactement, je me suis retrouvée ici... Retrouvée, oui. Pourquoi étais-je revenue ?... Cela non plus, je ne sais pas exactement... Il me semblait que tout n'avait pas été dit, que tout ici restait pendant, inachevé, que la brisure était trop vive et qu'il fallait à ce départ, à cette fin, un autre adieu... C'est cet adieu que je voulais, que j'ai tenté... (vors Henri :) C'est là, je pense, la raison de mon retour, (vws oiaiiange :) Et la raison de mon retard... Je suis contente d'avoir pu vous en instruire tous les deux.

HENRI

Je retiens qu'avant de partir tu as éprouvé le besoin de tourner un dernier regard vers ce que tu abandonnais... de me marquer quelque regret, de la tristesse... Tu n'es pas de pierre. C'est bien. Je t'en donne acte. Tout est bien. Tu as, je pense, maintenant, satisfait à tous tes devoirs ? Rien ne t'attache plus ici ? Ce pas était un peu difficile à franchir, ce seuil symbolique à passer ? Mais il t'àrrive du secours précisément ! On t'offre un bras. Prends-le. Appuietoi sur ce bras. Et ne sois pas intimidée par ma présence. Il n'y a pas inconvenance à faire au

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