CHAPITRE IV
ÉTAT DE l'agriculture , DES SCIENCES , DES ARTS y DE l'industrie ET DU COMMERCE.
cr
Agriculture,
Quoiqu'arriérëe à Aix , Tagriculture Test pourtant moins que dans les villes commerçantes du département. Les vieilles routines y opposent une résistance moins Vive , aux heureuses innovations.
AMANDIERS. Il y a beaucoup d'amandiers dans le terroir d'Aix. Mais comme cet arbre fleurit des premiers et que les gelées tuent presque annuellement les fleurs^ il est rare que la récolte en soit satisfaisante. L'académie d'agriculture , etc. , d'Aix avait proposé un prix pour cidui qui ferait connaître une qualité d'amandier qui ne filk pas exposée aux inconvéniens de la mortalité des fleurs» par les dernières gelées. M. Polydore de Bec a remporté le prix proposé. Il a fait connaître deux espèces d'amandes appelées la grande et la petite Verte , de la culture desquelles il a fait une longue expérience. Elles fleurissent environ deux mois plus tard que les autres; de sorte qu'elles n'ont pas à redouter les dernières gelées. ^ L'académie s'est empressée de rendre publique , la découverte due à ses soins > mais jusqu'à aujourd'hui , c'est inutilement qu'elle l'a fait.
MURIERS. Cet arbre est cultivé dans le terroir , pour la nourriture des vers-à-soîe dont on élève une grande
( 125 ) quantité, soit à la ville, soit dans les campagnes. On ne tire pas parti de la faculté que la nature a donnée au mùrieip , de pousser de nouvelles feuilles, après que les premières ont été cueillies ^ on craindrait d'épuiser Tarbre. Ce n'est guère que dans quelques Communes environnantes que Ton fait une seconde récolte des feuilles. On les laisse séchera l'ombre, et après les avoir mêlées avec de la paille , on les donne à manger aux bestiaux. Cette nourriture est pour eux rafraîchissante et de bon ^oût.
OLIVIERS, Le terroir abonde en oliviers. Cet -arbre précieux qui produit Thuile la plus délicate de l'Europe, est très-soigné dans sa culture. La fabrication de l'huile ne l'est pas moins. Lorsque le temps de la cueillette des olives est arrivé , on divise la récolte en deux portions. I .® Les olives tombées des arbres , avant leur maturité. On les met, en tas et on les fait fermenter pendant plusieurs JQurs. Elles donnent la qualité d'huile la moins estimée» o.^ Les olives cueillies sur l'arbre même. Elles donnent l'huile de première qualité. Pour que cette huile ait un jgoùt agréable , le plus grand nombre des profûnétaires font cueillir les olives avant leur entière maturité et les font détriter sans les laisser fermenter. L'huile est à la vérité moins abondante alors ; mais elle est d'une qualité supérieure. On connaît une auti^e qualité d'huile qui est la superfine. On l'appelle aussi huile vierge. C'est celle qui découle naturellement de la pâte , avant qu'elle ait été soumise à la pression. On n'obtient l'huile vierge qu'au détriment de celle de première qualité.
( L'huile d'Aix ainsi préparée a un léger goût du fruit , très-estimé dims le pays. Ce goût se perd peu à peu. -L'huile d'Aix a la vertu d'acquérir de la douceur en vieillissant , au lieu que l'huile étrangère reçoit du temps , une rancité qiyri augmente progressivement.
( '26) Les étrangers ne doivent pas aveuglément accorder leur confiance , pour les commandes d'huile. Depuis quelque temps 9 la fraude s*est introduite dans la fabrication de cette denrée. Quelques personnes achètent des huiles étrangères à un prix inférieur , et les expédient comme si elles étaient d'Aix, en y mêlant des ingrédiens , pour donner le goût du fruit qui n'est autre chose alors , qu'une amertume insupportable , ou en y mêlant des huiles d'Italie, du miel y etc. , pour les rendre douces , suivant le goût des commettans.
SAINFOIN. Quoiqu'on ne cultive cette plante que depuis quelques années » on reconnaît déjà une partie des afvaiitages qu'elle procure. La persévérance produira saiis doute , une révolution dans notre agriculture , par rintroduction des bestiaux qu'elle permettra d'élever dans nos campagnes.
TABAC. La culture du tabac est connue à Aix depuis environ quinze ans. Le tabac que l'on récolte est d'une excellente qualité.
Y1GN£S. La culture de la vigne est très->imparfaite à Aix. On est dans le pernicieux usage de mélanger sans discernement diverses espèces de vigne, lors de la plantation. Il résulte de cette méthode , que toutes les qualités de raisins ne mûrissant pas dans le même temps» pour une partie de raisins qui est parvenue au point de maturité eonvenable , lorsque les vendanges ont lieu , on en recueille une autre partie qui ne l'a pas atteint et une troisième qui l'a dépassé.
La préparation du vin n'est pas soignée davantage. On précipite dans les cuves , les diverses qualités de raisins écrasés y avec leurs grappes. Cette négligence nuit encofe à la qualité de vin, en lui <;ommuniquant de l'àpreté.
Sciences et beaux-'arts.
SCIENCES. Ce n'est pas sans raison que Malte-Brun appelle la ville d'Aix, V Athènes du midi (i). En effet, peu de villes de province offrent aux sciences et à la littérature, un culte aussi assidu. L'amour de l'instruction est gëàéralement répandu parmi les habitans. La principale cause de ce goût est sans doute l'impulsion que donne à fesprit public , l'étude de la théologie , des lois et des sciences à laquelle se livrent les membres dû clergé , les magistrats , le barreau et les corps enseignans. Le collège de la ville fournit des hommes instruits dans tous les genres , et de tous les états. L'académie contribue puissamment aussi à entretenir la culture des sciences et de la littérature. On pourrait citer ici à?s savans , des historiens , des «Qtiquaires, des littérateurs ettles artistes , qui se sont acquis une honorable célébrité.
PEINTURE, etc. Les arts du dessin sont en grand honneur à Aix. De magnifiques collections de peinture , de sculpture et de gravure, en entretiennent le goût et contribuent même à le faire naître. Des maîtres habiles dans U théorie des arts et daps la démonstration de leurs principes , forment des hommes distingués et des apiréciatedrs des productions djes beaux-arts. On en a vu unepreuve frappant^ à l'expo^itiqn des ouvrages depeinture» Bcnl{)Aure, gravure , etc. , qui eut lieu à Aix, en 1824*
(1) Préeii éU géographie urût^erseile , tom. 6 , pag. 2^4.
C ia8) Cet essai décela le goût des habitans. Il attira une grande affiuence de spectateurs qui jugèrent sainement des ouvrages exposés. En offrant de temps en temps le produit des beaux-arts et de l'industrie , l'administration eût rendu un véritable service aux artistes et au public. On a lieu d*étre surpris qu'un essai aussi brillant n'ait pas inspiré l'idée d'établir des expositions à des périodes déterminées.
MUSIQUE. La capitale du pays que les troubadours illustrèrent long-temps par leurs productions lyriques , n'a pas dégénéré de son ancienne affection pour la mélodie. La musique fait le charme des grandes réunions , des festins et des soirées. Dans la classe ouvrière , on* compte de nombreux corps de musique dans divers geuECS. On y voit des corps de joueurs de tambourin , des coips de chanteurs sans accompagnemens, formant des chœurs bien nourris , des corps de musique militaire harmonique , lyrique ou symphonique. Les jeunes gens qui composent ces corps de musique se réunissent plusieurs fois la .se-, maine , et lorsque les belles nuits d'été arrivent , ils donnent des sérénades.
Arts et Métiers,
L'école gratuite de dessin, assidûment fréquentée par les jeunes gens , qui se destinent à des professions mécaniques , inspire aux ouvriers une pureté de goût dont ils font une heureuse application dans les formes à dcmner à leurs ouvrages. A cet avantage s'en joint un autre non moins grand, et qui leur est offert par le Cours gratuit de géométrie et de mécanique appliquées aux arts et mé" tiers. C'est la rectitude de l'cpil , p^r la connaissance de
( "9) moyens courts et infaillibles qui serve ht au perfectionnement de ces ouvrages. Nous nous permettrons cependant ici d'émettre le vœu que le professeur à qui ce cours est confié , mette à la portée de toutes les intelligences , les savantes leçons de M. Dupin, en les dépouillant, le plus qu'il serait possible , des termes de la science, et en les réduisant à un point de simplicité et de clarté , qui fût à la portée des ouvriers. Chaque classe appelle différens genres de modifications.
L'ébénisterie , la, menuiserie , la serrurerie se ressentent de ces bienfaisantes institutions. Ces arts sont poussés dans Aix à un grand point de perfectionnement. Cependant bien des personnes font venir de Paris des meubles et d'antres objets que ceux de nos ouvriers égalent presque pour le fini et la beanté, et surpassent pour la solidité. Cette injuste préférence est décourageante pour les ouvriers et nuisible au perfectionnement des arts. Nous revenons ici sur l'utilité des expositions dont nous avons déjà parlé. Qu^ service ne rendrait pas Tautorité municipale , si une exposition d'objets des beaux-arts et de produits agricoles, manufacturiers et industriels , avait lieu à des époques diéienninées* L'émulation des ouvriers serait puissamment excitée,, et celui qui fait venir à grands frais des n:eubles de la capitale, reconnaîtrait alors l'inutilité de cette injustice , et certainement il accorderait la préférence à ceux de nos artistes dont les ouvrages auraient mérité le plus d'éloges.