‹ Alain ChartierChapitre 14 sur 30 · I. LETTRE A CHARLES VI ET A L'UNIVERSITÉ DE PARIS · texte numérisé non relu

I. LETTRE A CHARLES VI ET A L'UNIVERSITÉ DE PARIS

Nous avons déjà fait remarquer, en analysant le Qiiadrilogue invectify l'entière indépendance et la particulière liberté d'esprit d'Alain Chartier.

Il n'appartient à aucun parti politique.

Il n'en désigne aucun dans ses écrits, et se contente de blâmer les actes criminels sans dénoncer les auteurs.

Alain Chartier est, avant tout, et par dessus tout un bon Français préoccupé du bien public, servant son Roi, la plus haute expression pour lui de l'unité nationale. S'il s'exprime avec complaisance sur Clergie, la classe des lettrés, c'est qu'il voit en elle la représentation de la classe moyenne moins accessible aux sollicitations de l'ambition, cause du mal et des troubles.

Le sentiment de dévouement au pays lui conseille de mettre son intelligence, son cœur, la

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culture intellectuelle par lui reçue de l'Université, au service de la France, mais la France des Carlovingiens et des Capétiens, non la France nouvelle sortie du honteux traité deTroyes, qui la faisait anglaise.

Dans cette lettre au roi Charles VI, il lui demande de maintenir les libertés et les immunités de l'Eglise gallicane soutien du trône. Il s'adressa aussi à l'Université, à cette tendre mère [aima mater). Il lui doit sa fortune et sa gloire, par reconnaissance, il s'efforce de lui rappeler les devoirs qu'elle n'a pas toujours régulièrement observés dans l'exercice de son autorité. Alain Chartier remet en mémoire les excès dont les écoliers ont rendu l'Université responsable au milieu des mouvements populaires. N'avaientils pas trop souvent vécu « avec les mauvais vivants )),s'alliant aux bandes populaires « des Cabochiens etdes Escorcheurs de bestes ».

Fidèle à la loi qu'il s'est imposée dans tous ses écrits, même les plus violents, comme le Qiia' drilogue, les plus satiriques comme le Ciirial, Alain Chartier ne fait allusion à aucun événement particulier, à aucune personne déterminée, mais il est aisé de reconnaître par le texte même de cette lettre qu'il adressait au roi Charles VI au moment cruel et décisif où il abandonnait

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Paris livré à la rage des partis, aux violences de la multitude. L'épître à l'Université est une page de sévère éloquence rappelant aux termes respectueux mais fermes, le grand rôle de conciliation et de paix qu'elle est appelée à remplir ; lui laissant entendre sans passion et sans colère, la faute grave de son adhésion au désastreux traité de Troyes, qui semblait donner un caractère de légalité à l'autorité du roi d'Angleterre (1420).

Dans la péroraison de cette éloquente cpitre, Alain Chartier proclame que la paix promise par un parti, n'est la paix que pour quelques-uns, image mensongère de la véritable concorde. La fin vers laquelle il faut s'avancer est une lin d'union et de pacification. Il term^ine par ces mots : « Voilà l'œuvre à laquelle il faut travailler. Fais cela pour tes enfants. Une paix utile sans déshonneur ».

Le savant auteur de la thèse de Doctorat sur Alain Chartier, en parlant de cette lettre (i), dit en termes des plus vrais et des plus élevés : « — C'est la plus noble des passions humaines, c'est l'amour de la patrie qui a fait du jeune poète de cour, du rimeur de « dictie:^ » et de joyeuses ballades un véritable orateur, et c'est

(i) M. Del.\unay. — Voir aux pièces justificatives.

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à la cour même, au milieu des princes et des seigneurs^ en proie aux plus criminelles passions, que celle-là s*est allumée dans le cœur d'un enfant de la Bourgeoisie, plus dévoué qu'aucun d'eux à la royauté ! Belle et patriotique inauguration, assurément, de cette éloquence de la parole écrite à laquelle l'imprimerie va donner bientôt des ailes, en même temps qu'elle créera pour la pensée humaine, une tribune bien autrement puissante que ne le furent jamais V Agora et \q Forum dans l'antiquité ».

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