LE LAY DE PAIX ADRESSÉ AU DUC DE BOURGOGNE
A la date du traité de Troyes 1420, conséquence du désastre d'Azincourt, (141 5) les affaires de la France semblaient désespérées.
Le duc de Bourgogne reconnaissait Henri V d'Angleterre, régent du royaume jusqu'à la mort de Charles VI, auquel il devait succéder comme roi de France. Isabelle de Bavière déclarait son fils, Charles VII, illégitime. En 1422, un double événement providentiel, la mort de Charles VI et celle du roi d'Angleterre, ouvrit la succession au trône. Le duc de Bedfort, obéissant aux dernières prescriptions d'Henri V, offrit la régence au duc de Bourgogne, qui la refusa par crainte de trop s'engager dans Talliance anglaise. Trois ans plus tard, (1425), le duc Jean de Bretagne étant venu à Saumur rendre foi et hommage à Charles VII et mettre à ses ordres les forces de son duché, les parti-
gÔ ALAIN CHARTIER
sans du roi légitime conçurent l'espérance d'une réconciliation avec la Bourgogne. Le duc aimait les lettres, recevait avec sympathie les ballades que Charles d'Orléans lui envoyait de la terre d'exil en Angleterre. Les conseillers du roi pensèrent qu'il ne resterait pas non plus indiâérent à un appel que lui adresserait le poète Alain Ghartier. Telle fut l'origine et le motif inspirateur du Lay de Paix dédié au duc de Bourgogne.
Quelle cause pourrait faire hésiter le Duc à revenir à son prince légitime à tinir les guerres civiles?
Est-il serment ne promesse Faict par ire ou par tristesse Montrez que tu estes nés de France.
L'heure de la pacification n'était pas encore venue, le succès dut être ajourné ; et une autre tentative d'alliance fut engagée avec l'Empereur d'Allemagne.
Un éminent érudit, M. du Fresne de Beaucourt, dont on verra, ci-après (i) les savantes recherches sur la vie et les écrits d'Alain Chartier, a fait sortir de l'oubli les documents, qui attestent la mission diplomatique en Allemagne. Comme notre écrivain national ne parle jamais de lui, ne signale pas, par une réserve méritoire^ mais contrariante pour ses biographes, les faits auxquels il a été mêlés, les services qu'il a rendus, les auteurs, qui ont recueilli, sur son compte, le plus de renseignements, comme André Duchesne, sont muets sur cette ambassade en Allemagne, auprès de l'Empereur Sigismond. Elle est constatée cependant par trois discours en latin qu'Alain Chartier prononça au cours de cette mission (2).
(i) Pièces justificatives.
(2) Delaunay, Thèse p. 81.
Ces discours, dont le texte et l'analyse sont donnés par M. Delaunay, comportent une étendue, qui pourrait paraître démesurée si l'on ne tenait compte du goût et des habitudes du temps où ils furent prononcés. La date de l'ambassade paraît devoir être fixée, vers la fin de 1423 ou 1424, au plus tard, elle serait donc à peu près contemporaine du traité de l'Espérance.
On conçoit, en eflet, que de pareilles tentatives devaient ranimer les courages. Dans ces trois discours, en même temps qu'il sollicite au nom de la France, l'appui de l'Empereur Sigismond, Alain Chartier proclame que les princes sont solidaires les uns des autres.
(f O triste spectacle ! s'écrie-t-il, ô crime dont l'exemple est pernicieux pour les royaumes et pour les rois, si un vassal peut impunément braver la Majesté royale et briser tous les liens de l'obéissance. Pensez-y, o Rois
et toi pieux roi, qui t'es fait par dessus tous les autres, un glorieux renom d'équité et d'amour de la Paix, prête le secours de ta puissance à la justice et aux droits du sang ».
Les bonnes dispositions de l'Empereur Sigis-