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PIÈCES JUSTIFICATIVES

Notice BioGRAPHiauE : Naissanxe d'Alain Chartier.

Dates présumées de ses écrits.

Son décès, son tombeau a Avignon.

La famille illustre des Mole et les Chartier.

Toutes les études, essais, mémoires, sur les Chartier, au point de vue biographique et bibliographique, publiés antérieurement à 1868, trouvèrent dans M. G. du Fresne de Beaucourt, membre de la Société des Antiquaires de Normandie, un explorateur et un critique animé de la volonté persistante, très éclairée, de trouver la vérité historique et de ne rien admettre qui ne fut rigoureusement prouvé. Sous ce titre : Les chartier, Recherches sur Guillaume, Alain ET Jean Chartier, M. de Beaucourt composa un travail étendu comprenant 59 pages, grand in-octavo, inséré dans les mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, IIP série, S"" volume, 28^ de la collection.

Après avoir analysé les travaux publiés avant lui sur la famille Chartier, M. de Beaucourt estime que <( ces notions n'offrent aux yeux de la

science qu'une médiocre autorité, qu'il est nécessaire de les passer au crible d'une critique sévère et érudite. »

L'auteur cite les écrivains qui ont tenté ce travail de contrôle et de révision ; en première ligne, il place, par ordre de date, un mémoire rédigé à l'occasion de l'inauguration du monument de Bayeux (i) ; après l'écrit de M. Pezet, M. de Beaucourt énumère les études de M. G. Mancel, de MM. Mangeart et Vallet de Viriville.

Cette liste terminée, M. de Beaucourt se demande s'il ne reste rien à faire désormais? Si toutes les obscurités sont dissipées? Les assertions reposent-elles sur des faits précis, puisés aux sources les plus sûres? « Dans la Biographie Didotj le dernier et le plus érudit des biographes, tranche encore, sans hésitation, le point le plus délicat, il considère les trois Ghartier comme frères et donne Alain comme l'aîné, Jean vient ensuite puis Guillaume et cependant, fait remarquer ^L de Beaucourt, M. Pezet avait déjà mis en lumière la priorité de naissance de Guillaume. Mais AL Pezet est-il lui-même à l'abri de tout reproche? N'a-t-il pas affirmé comme une chose hors de doute, que Jean était frère de Guillaume et d'Alain? En outre, bien

(i) Voir ci-après.

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des points de de'tail demandent à être examinés(i). »

Entrant à son tour dans l'étude de la question, M. de Beaucourt reprend dans tous ses éléments la biographie des trois Chartier. Il suit, année par année, la vie de Guillaume décédé évêque de Paris^ le i®^ mai 1472, et met en relief à Taide de nombreuses citations, prouvant une érudition profonde, le rôle considérable que Guillaume Chartier remplit dans rÉglise et dans la politique. (Pages 6 à i5 des Recherxhes).

M. de Beaucourt est conduit à cette conclusion que Guillaume Chartier était bien frère aîné d'Alain, qu'il naquit vers 1392, et mourut le i^^ mai 1472. Alain Chartier est à son tour l'objet d'investigations non moins patientes. Le savant antiquaire déclare qu'il n'a pas à s'occuper des œuvres de l'écrivain, qu'il ne les mentionnera qu'au point de vue des renseignements biographiques qu'elles peuvent offrir et, continuant la méthode suivie pour composer la biographie de Guillaume, l'auteur rectifie les erreurs perpétuées par les biographes précédents. Il formule des doutes sur des points affirmés

(i) Recherches sur Guillaume, Alain et Jean Chartier, déjà citées.

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avec trop d'assurance. Déterminant la naissance d'Alain d'après celle de son frère Guillaume, M. de Beaucourt la place vers iSgS ou 1394, mais non après iBgS ; il admet que la famille Chartier fut exilée de Normandie après l'invasion anglaise, qu'Alain composa le poème des Quatre Dames peu de temps après la bataille d'Azincourt. Que, sans doute, en 1418, il adressa au roi Charles VI à l'occasion du maintien des privilèges de l'Église gallicane, l'épître de félicitations parvenue jusqu'à nous. L'ambassade d'Allemagne qui motiva la harangue aux Hussites ne peut, d'après M. de Beaucourt, être placée en 14 19, il faut la reporter aux premières années du règne de Charles VII. L'auteur constate qu'en 142 1 et 1422, Alain Chartier figurait parmi les serviteurs de ce prince (i). La composition du Qiiadi^ilogue invectif doit être placée en 1422, la mission en Allemagne en 1423 et 1426, la mission en Ecosse en 1428, ambassade dont l'heureuse conclusion amena le renouvellement des alliances entre la France et l'Ecosse et la promesse de mariage de la

(i) Voir page 17 des Recherches :

Janvier-juin 1421. « Debtes demourées à payer... à maistre Alain Chartier, 67 1. 2 s, 8 deniers. » Au même en novembre « pour hostellaige et chevaux 12 1. 6 s.

princesse Marguerite avec le Dauphin. Une armée de six mille hommes devait accompagner la future reine dans son nouveau royaume d'adoption.

Enfin, la lettre sur Jeanne d'Arc aurait été vraisemblablement écrite de Reims au duc de Savoie, au moment du sacre de Charles VIL

A dater de cette époque, M. de Beaucourt constate que les documents sur Alain Chartier sont incertains; sans repousser absolument l'anecdote du baiser racontée par Jean Bouchet (i) il estime que c'est une curiosité à placer en marge de récits sérieux et authentiques, mais que cette anecdote « n'offense pas plus le bon sens que la pudeur )>... en se plaçant au point de vue du xv^ siècle.

Quanta la mort du grand écrivain, l'auteur la place entre 1449 et 1457. Il ne considère pas répitaphe découverte à Avignon et reproduite par d'Espilly comme à l'abri de toute critique (2).

Essayons, à notre tour, d'examiner les probabilités.

M. de Beaucourt estime que le secrétaire de Charles VII est né a Bayeux de iSgS à iSgS. Cette présomption, il la tire de ce que Guillaume

(i) Page 32 des Recherches. Voir ci-dessus p. lO. (2) Voir ci-après.

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Chartier, l'aîné de la famille, étant mort le i^' mai 1472, il est difficile de le faire naître avant 1392. « Ce n'est pas, dit le savant antiquaire, dans ses Recherches, page 29, ce n'est pas un homme de plus de 80 ans qui eût pu avoir le rôle actif que nous lui avons vu jouer dans les luttes du bien public. » — C'est là, croyons-nous, une simple allégation, certainement fort plausible, mais qui n'exclut pas les présomptions contraires. N'avons-nous pas vu, et ne voyons-nous pas de nos jours, des hommes d'État jouer un rôle politique prépondérant dans un âge aussi avancé que pouvait l'être celui de l'Évêque Guillaume Chartier en 1472? Le trône de Saint-Pierre n'est-il pas occupé par un Pontife dont l'énergie et la puissance morale ont été mises à de plus rudes épreuves que celles supportées par TÉvêque de Paris, sous Louis XI (i).

(i) On pourrait citer au hasard des cas de longévité empruntés à toutes les époques et s'appliquant à des savants, des membres du clergé, des hommes de guerre qui ont conservé jusqu'à 80 ans et au-delà, la plénitude de leur activité : Saint- Brieux, Dom Calmet, Monseigneur de Forbin Jeanson, le cardinal Lauria, l'astronome Cassini, le navigateur Bougainville, l'architecte Lenôtre, l'horloger-mécanicien Lepaute, Fontenelle; et de notre temps : MM. Berryer, 79 ans, Guizot, 87 ans, Thiers, etc., Chevreul et tant d'autres.

L'objection proposée par M. de Beaucourt en rencontre d'ailleurs une autre, en sens contraire, tirée de la vie même d'Alain Chartier et non empruntée à l'existence de son frère Guillaume. Faire naître Alain Chartier de i3g3 à iSgô, c'est reconnaître qu'il avait 22 ou 23 ans au moment où il écrivait le poème des Quatre Dames, c'est admettre qu'il avait déjà publié la plus grande partie des poésies légères attribuées à sa première jeunesse, c'est constater qu'à 25 ans, en mars 1418, il jouissait d'une assez grande autorité à la Cour pour adresser au roi Charles VII la lettre de félicitations à l'occasion du maintien des libertés gallicanes. Certes, nous voudrions pour l'honneur d'Alain Chartier que cette hypothèse fût la bonne, elle serait en faveur de la maturité de son savoir et de son esprit politique. Mais avouons que son premier biographe André Duchesne qui, en 16 17, pouvait avoir des éléments d'appréciation que nous ignorons, ne tombait pas dans une grosse erreur en faisant naître le grand écrivain en i386. D'après cette date, après avoir terminé ses études à l'Université, après être devenu clerc, notaire, secrétaire de Charles VI, après avoir donné ses poésies légères, Alain Chartier aurait abordé, à 29 ans, dans toute la maturité

de son talent, son grand poème des Quatre Dames, à 32 ans environ, il aurait écrit sa lettre sur les libertés de l'Église gallicane, et à dater de 39 ans, le livre de YEspérance et le Quadrilogue invectif, 1425 à 1428. Cette suite biographique ne paraît-elle pas rationnelle ?

D'ailleurs on verra, ci-après, que l'auteur d'un sonnet dédié à la famille Mole, qui prétendait descendre d'Alain Chartier le dénomme c( Le Vieily » c'est-à-dire l'aîné de ses frères.

Une discussion s'engage sur le point de savoir si le Qiiadrilogue précéda le livre de VEspérance.

Il paraît certain que ce dernier traité fut composé après 1422 et dix ans aussi après le « dolent exil » de la famille Chartier de Normandie motivé par l'invasion anglaise, conséquence du désastre d'Azincourt ; ce rapprochement nous donnerait les dates de 1425 à 1428.

On doit remarquer, en outre, que cet écrit correspond avec l'état de l'esprit public en France ranimé par la meilleure fortune des affaires (i).

(i) C'est à ce moment que s'engagent les pourparlers avec le

duc de Bourgogne et le duc de Savoie, pour obtenir leur

alliance ; le duc de Richemont, destiné à un si grand rôle, venait d'être nommé Connétable.

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Le Quadrilogue ne peut être facilement placé comme le pensent certains auteurs « au cornviencement de 1422 » ) ils s'appuient sur le titre qu'Alain Chartier se donne dans cet écrit de secrétaire du Roi et de très-redouté seigneur Monseigîieur le Régent. Mais comment concilier cette date « du commencement de 1422 » avec les paroles placées dans la bouche de Clergie. — « Nous avons vu notre jeune prince douteu-

sement obéi, qui veut

comparer ce triste état des choses du « début du règne » doit reconnaître que ce n'est pas sans beaucoup d'efforts et de courage que, de si bas, la fortune a été relevée au point où nous la voyons aujourd'hui. » — Lorsque l'écrivain dit au commencement du Quadrilogue : « qu'en 1422, il a vu l'Anglais triompher des faiblesses de la France, il parle évidemment d'un temps relativement éloigné de lui et qu'il compare à l'heure présente dont la fortune a été rtlevée avec c( beaucoup d'efforts et de courage. »

On le voit, un ordre logique que ne contrarie pas une rigoureuse chronologie permet d'admettre que le livre de VEspérance, expression de la confiance dans la bonté divine et les destinées de la France, a précédé le Quadrilogue invectif, vigoureuse apostrophe adressée aux

esprits et aux cœurs qui refusaient d'entendre le cri de l'Espérance et les enseignements de la Foi. Un autre argument confirme la date de 1425 à 1428 comme étant celle du traité de VEspérance et fixe aussi la date de la naissance d'Alain Chartier reportée à i386. Dans le préambule de ce livre, l'écrivain dit que « son âge tourne vers son déclin » expression exagérée si Alain Chartier était né en 1393, car il n'aurait eu que 32 ans, mais appréciation un peu plus exacte, si comme nous le pensons, il avait 39 ans. La vie moyenne au xv® siècle, ne dépassait guère de 3o à 35 ans, ainsi que nous l'apprennent les essais historiques sur la statistique de la longévité humaine.

Par toutes ces raisons, nous pensons que la date de i386 adoptée par Duchesne, suivie par la grande majorité des biographes, consacrée par une possession deux fois séculaire, ne doit pas, quant à présent, disparaître sans nouvelles preuves à l'appui des critiques qui lui ont été adressées. Nous n'ignorons pas que pour réfuter André Duchesne, on prend pour point de départ l'erreur qu'il a commise en attribuant à Alain Chartier VHistoii^e ou Chronique de Charles VII dont la paternité a été restituée au roi d'armes de France, Gilles le Bouvier, dit

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Berry. Or, dit-on, la méprise reconnue, le renseignement qui fixait l'âge du prétendu auteur, Alain Chartier, disparaît. Ce raisonnement n'est-il pas trop absolu? André Duchesne luimême reconnut son erreur, mais il ne modifia pas la date qu'il avait avancée. Rien ne prouve que la Ch?^onique de Charles VII fut le seul document consulté par l'éditeur des œuvres d'Alain Chartier pour fixer l'époque de sa naissance.

S'accorde-t-elle, cette date, de i386, rationnellement avec les événements de la vie du poète-orateur? Telle est la question la plus intéressante, nous ne voyons aucun empêchement historique à la résoudre par l'affirmative.

DECES D'ALAIN CHARTIER, SON TOM- BEAU RETROUVÉ DANS UNE ÉGLISE D'AVIGNON

Les biographes semblent d'accord, jusqu'à présent, pour reconnaître qu'à dater du sacre de Charles VII, les documents sur Alain Chartier font défaut. M. Deiaunay a donné la bonne raison de cette lacune, elle est dans le

soin qu'Alain Ghartier met à ne jamais parler de lui. La date de sa mort était restée incertaine, lorsque, vers lySo, un antiquaire nommé M. de Saint-Quentin de Remerville, découvrit, dans l'église Saint-Antoine d'Avignon, l'épitaphe suivante :

HIG JAGET

virtutibus insigx'is scientia et eloquen'tia clarus

Alanus Chartier

Ex Bacojis in Normakia natds

Parisiensis archidiaconus et CON'SILIARIUS

Regio jussu

AD IMPERATOREM MULTOS dUE REGES

AMBASCIATOR S.EPIUS TRANSMISSUS

Q.UI LiBROS VARIOS STYLO ELEGANTISSIMO

COMPOSUIT

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