‹ Alain ChartierChapitre 22 sur 30 · ANNO DOMINI M.CCCC.XLIX · texte numérisé non relu

ANNO DOMINI M.CCCC.XLIX

M. de Remerville releva cette inscription, l'abbé Expilly la publia dans son Dictionnaire des Gaules et de la France.

Ge document constatait, entre autres circonstances indéniables, le lieu de naissance d'Alain Ghartier, sa renommée de science et d'éloquence, ses fonctions d'ambassadeur auprès de l'Empereur et d'autres rois, la composition de

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plusieurs ouvrages d'un style remarquable. Mais, indication nouvelle, l'épitaphe attribuait à Alain Chartier le titre d'archidiacre de Paris.

D'Expilly complétait ses observations sur la découverte de cette inscription en ajoutant que sans M. de Remerville, elle aurait été perdue, parce qu'elle avait été entièrement effacée depuis la réparation de l'église Saint-Antoine. — Ce document, M. Pezet le signala dans son travail publié en 1842 (i), M. G. Mancel le reproduisit après lui (2). Mais aucune observation ne fut soulevée par ces deux écrivains sur l'authenticité de l'épitaphe de l'église Saint-Antoine.

M. de Beaucourt ne partagea pas la confiance de ses deux compatriotes, il dit à la page 82 de ses Recherches : « Voilà, à coup sûr, des circonstances assez étranges : Une épitaphe retrouvée inopinément dans un lieu où l'on aurait dû le moins s'attendre à la rencontrer, conservée providentiellement par un antiquaire, sans lequel elle eût à tout jamais disparu sous la chaux. Mais le doute pourrait bien succéder à l'étonnement, si l'on s'arrête à la forme et à la

(i) Mémoires de la Société académique de Baveux, t. I, p. 249.

(2) Mémoires de la Société académique de Bayeux, t. IV,

teneur de l'épitaphe. La forme d'abord, on l'a remarqué déjà (i), n'est pas celle du temps. C'est donc un document refait après coup et à une époque bien postérieure. Les notions qu'il contient s'accordent, sur certains points, avec les données historiques ; elles s'en écartent sur d'autres, et c'est là surtout ce qui rend à nos yeux cette épitaphe très suspecte et nous porte, sinon à la rejeter entièrement, du moins à ne nous en servir qu'avec la plus grande défiance. » — (Page 32 des Recherches.)

On ne peut méconnaître que la méthode rigoureuse appliquée par M. de Beaucourt au contrôle des faits historiques devait le conduire aux conclusions qu'il adopte.

Notons toutefois, que la disparition de l'épitaphe s'explique par les malencontreuses et trop réelles restaurations dont l'église Saint-Antoine avait été l'objet de lySo à 1746. Un procèsverbal inséré dans les mémoires de la Société des Antiquaires de France raconte comment cette inscription avait disparu.

Voici le texte de ce procès-verbal. Séajice du j^^ octobre 1862.

M. Vallet de ViRiviLLE commuuique le passage d'une lettre de M. Deloye, conserva-

(i) M. Vallet de Viriville dans la nouvelle Biographie générale.

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teur du Musée Calvet à Avignon, relatif à l'épitaphe d'Alain Chartier, publiée dans le dictionnaire de Tabbé d'Expilly, au mot Avigtiofi. Cette inscription, conservée dans le recueil manuscrit de l'abbé Deveras, t. I, p, 468 {Musée Calvet), se lisait autrefois dans l'église des chanoines réguliers de Saint-Antoine d'Avignon.

« De concert avec M. Achard, archiviste du département, dit M. Deloye, j'ai voulu m'assurer s'il ne serait pas possible de retrouver cette épitaphe, mais l'inspection des lieux nous a fait reconnaître que l'église primitive, qui appartenait au style gothique du xni^ siècle, avait été presque entièrement transformée par le mauvais goût du xviii^ siècle. En effet, de 1780 à 1746, on a soigneusemxent masqué par un placage en pierre toutes les parois inférieures de la nef; la partie supérieure a été beaucoup amoindrie dans ses proportions et entièrement refaite. C'est par suite de ces malencontreux remaniements que le tombeau d'Alain Chartier a disparu sans aucune chance d'être retrouvé, s'il était du côté du chœur ; ou reste perdu pour longtemps derrière la chemise de pierre qui couvre les parois ogivales, s'il occupe la partie inférieure.

« Aujourd'hui l'église Saint-Antoine, desti-

tuée de tout culte depuis la Révolution, sert de succursale aux magasins de fer de M. Berton, qui en a, du reste, respecté l'architecture en l'appropriant aux besoins de son commerce. >

Cette épitaphe a donc certainement existé; mais a-t-elle été composée contrairement à la vérité ?

La critique n'y relève, en définitive, qu'une énonciation douteuse ou tout au moins nouvelle dont les documents recueillis sur Alain Charrier jusqu'alors n'avaient point parlé : celle d'Archidiacre de Paris. Alain Chartier aurait donc été engagé dans les ordres ? Mais on a répondu que la qualité d'archidiacre n'avait pas toujours exigé la prêtrise ni le diaconnat et que dans certains cas il était, peut être, un titre honorifique conféré à des laïques (i).

Cette observation n'a pas été sérieusement contredite. Ce qu'il y a de certain, c'est que la qualité d'archidiacre de Paris, eût-elle été par erreur attribuée à Alain Chartier dans l'épitaphe d'Avignon, n'infirme pas les autres mentions que la tradition et l'histoire avaient déjà consacrées.

On a vu précédemment que la date même de

(i) Mémoire de M. Pezet, page 2ao en note.

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la mort du grand écrivain était vraisemblable, qu'elle coïncidait avec le dernier écrit d'Alain Chartier, la Ballade de Fougères. Mais pourquoi et comment Alain Chartier serait-il venu mourir à Avignon à la fin de 1449 ^

Il n'y aurait aucune invraisemblance à penser qu'en raison de ses fonctions il eût été délégué à l'Assemblée solennelle tenue à Lyon en 1448 et que de là, il se fût rendu à Avignon, la ville des Papes, alors administrée par un légat.

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