POEME DES QUATRE DAMES
La troisième dame vit dans la plus poignante des incertitudes. Son chevalier est-il mort ? a-t-il été fait prisonnier ? — elle ne sait, aussi se désole-t-elie en se comparant à ses deux compagnes dont elle souffre le double tourment.
L'ami de la quatrième n'a pas succombé sous le trait d'un archer anglais, il n*a pas été fait prisonni£r; encore plus maltraitée que les autres dames, elle n'ignore pas que son chevalier a fui... a fui misérablement ; elle déplore son déshonneur et se voit forcée de le maudire :
Or a fuy
Laschement et s'est enfuy,
Et ses semblables, Quant leurs laschetez dommageables Et leurs fuytes, deshonnorables Ont fait mourir tant de notables
Jusqu'à milliers, Et fait perdre les chevaliers Qui de France estoient les piliers !
Le poème des Quatre Dames comprend plus de deux milles vers, il exprime les lamentations des dames du temps, restées françaises, en cette triste période de nos annales où, selon l'exprès-
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sion de Michelet, tant d'hommes ne savaient plus à quelle nation ils appartenaient.
Sans nous arrêter aux longueurs et aux imperfections de ce poème et pour ne parler que de la pensée qui l'anime, nous pouvons tenir comme certain qne la reine, femme de Charles VII, l'entendait fre'quemment réciter, qu'Agnès Sorel faisait sa lecture favorite des vers composés par le secrétaire de son royal amant, et que Marguerite d'Ecosse, belle-fille du roi, l'admirait sans réserves ; elle le prouva manifestement, comme on l'a vu au commencement de ce récit. Les dames de la Cour du petit roi de Bourges étaient donc entretenues par Alain Chartier dans leurs vaillantes pensées et les Xaintrailles, les La Hire, les Dunois, les Lafayette, les d'Harcourt, recevaient d'elles de patriotiques encouragements.
Notre poète a-t-il fait naître ou seulement at-il encouragé, soutenu^ développé ces nobles inspirations? Son mérite dans l'une ou l'autre hypothèse serait réel et, selon l'heureuse expression de Pasquier, ne resterait pas de < petite mar^que, »
Lorsqu'en 141 8, le poète rendait hommage aux courageux sentiments des dames françaises, il les préparait à bien accueillir Jeanne d'Arc, la