TRAITÉ DE L'ESPÉRANCE OU CONSOLATION DES TROIS VERTUS
Intéresser le cœur des dames de France aux malheurs de la patrie était d'une belle inspiration, faire renaître l'espérance dans l'âme des hommes n'était pas moins nécessaire.
On suppose que le traité de l'Espérance, date du commencement du règne de Charles VII, le poète paraît entrevoir avec l'avènement au trône de son jeune maître (^1422) une renaissance de la Fortune de la France.
Ce traité en prose, mêlé de vers, contient des passages remarquables.
L'auteur regrette les nobles chevaliers d'autrefois qui, par bonne discipline militaire, maintenaient la France en liberté ; mais depuis : LaschetéVâ réduite en souffrance et servitude.
Il nous apprend que dans sa jeunesse, il se complaisait à lire les chroniques célébrant les hauts faits de l'ancienne chevalerie et il s'apitoie
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sur les événements de guerre qui Pont chassé de Normandie.
Au dixiesme an de mon dolent exil Après maint deuil et maint mortel péril.
II rappelle, en traits éloquents, les mérites des anciens preux :
Justes en fais, secourans leurs amis Durs aux mauvais et fiers aux ennemis, Ardans d'onneurs et haults entrepreneurs, Amans vertus, des vices repreneurs :
Regnans par droit, heureux et glorieux Et contre tous fors et victorieux.
Cependant la lecture des hauts faits de tant de bons serviteurs de la France ne parvient pas à dissiper les douloureuses impressions du poète.
La Mélancolie vient l'assaillir.
Son imagination nous la représente comme une vieille, toute dessaroyée, maigre, sèche, flétrie, au visage blême, le regard bas, la voix entreprise, la lèvre pesante.
MélafîcolieQnhcQ l'auteur dans ses bras, s'empare de son esprit et triomphe même d'un jeune et avisé bachelier : Entendeme^it qui reposait à ses côtés. — A la suite de Mélancolie se pré-
sentent trois horribles vieilles : Défiance, Indi' gyiation et Désespérance.
Le poète nous dépeint cette dernière :
Echevele'e, la robe pourfendue, les yeux mortifie's et enfoncés en la tête, la couleur déteinte, un suaire sur le bras, la corde au cou, un poignard à la main. Indignation s'élève contre les abus et vanités qui régnent à la Cour.
— Ne sais-tu pas,s'écrie-t-elle,que Dissimulation occupe depuis si longtemps les portes et les entrées des palais que la vérité qui a tant heurté à l'huis et qui se fait connaître au dehors par des œuvres publiques, ne peut y avoir accès?
Vient ensuite Défiance qui se répand en piteux regrets sur l'affliction du pauvre peuple de France disant que Dieu l'atantabandonnépoursesfautes. Elle ajoute que si on pouvait entendre les hautes voix du peuple, les oreilles seraient étonnées et les coeurs épouvantés d'ouïr les douloureuses plaintes des bons Français.
Comment, s'écrie Défiance, l'homme réduit à lui seul dans une si grande calamité pourrait-il être de quelque secours ? S'il veut faire loyal devoir, son travail sera vain lorsque tous semblent avoir juré de déchirer et de détruire. La justice, principal soutien du commun bien, est