SCÈNE II I y
— On ne m'aime plus, moi ; voilà la vérité. — Sur ma tempe où jadis battait la sainte fièvre Sont, flocon à flocon, descendus les hivers ; Des ivresses d'antan rien ne reste, et ma lèvre Avec les doux baisers a désappris les vers !
MARGUERITE
S'il ne faut qu'un baiser pour qu'elle s'en souvienne, C'est chose trop facile, et qu'à cela ne tienne! Non, vous n'êtes pas vieux, vous qui parlez ainsi. J'aime ces grands regrets, ils sont de bon augure; Plus, j'y pense, vraiment, et plus je me figure Que ce baiser rêvé peut se trouver ici. Vous êtes un charmeur et vous avez la gloire : Charme passe jeunesse, et gloire vaut blason ; Alain, votre soleil est loin de l'horizon, Il faut chanter encore, il faut aimer et croire! Si haut qu'ose jamais monter votre désir, Espérez! — Mais, hélas! je n'ai point le loisir D'être une utile amie : en ces lieux où vous êtes, Seule, Madame Agnès a charge de nos fêtes; Et c'est elle qui doit vous mener tour à tour Aux plus rares beautés dont soit vaine sa Cour.
AGNÈS, avec entrain.
Madame, c'est juré ! La tâche n'est point rude, Mais délicate assez : Tant pis ! Vous m'aiderez ; Le malheur voulût-il qu'on trouvât une prude,
Qui donc hésitera quand vous demanderez ? Les poètes souvent s'éprennent de chimères : S'il a mis son amour dans le pays des sphères, Nous irons lui chercher, servantes de ses vœux, Bérénice aux yeux d'or, dont flamboient les cheveux ; Et s'il lui faut Vénus, l'étoile sans seconde, Nous la ramènerons de par delà le monde !
ALAIN, très grave.
Ne quittez point la Terre ; il n'en est pas besoin !
Vous avez rencontré, sans aller aussi loin,
Celle qui seule peut l'impossible miracle,
Et dont j'orne en secret l'adoré tabernacle !
Je me suis tu. Personne en ce Louvre moqueur
N'a rien su, ne sait rien de mon audace folle;
Mais, dût me foudroyer le courroux de l'idole,
Je suis tout fier d'avoir placé si bien mon cœur!
Jamais elle n'a pu soupçonner que je l'aime,
Que je baise le sol qu'ont effleuré ses pas ;
Et si je parlais d'elle en face d'elle-même
Son limpide regard ne se troublerait pas !
Avec des traits d'enfant, un front de vierge sage,
De la femme parfaite elle a les majestés,
Et rien que pour l'avoir reflétée au passage,
L'œil en reste, à toujours, imprégné de clartés.
Elle met de sa grâce un peu sur toutes choses ;
On se dit, — tant elle est blanche sous le ciel bleu, -
Que, de toutes les fleurs dont se réjouit Dieu,