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et l'énergique simplicité de son hexamètre. Jamais les Latins n'ont rempli leurs vers avec tant d'idées. Aussi cette versification , quoique lourde , est si pleine , si solidement assise qu'on y reconnaît la vigueur des races nouvelles. Il est malheureux que celles-ci n'aient plus guère pris pour modèles que des œuvres de la décadence.
Le poème le plus célèbre d'Alain est l’Anticlaudien.
Il s'y agit d'un homme parfait luttant contre les vices. Or Claudien a fait un poème sur une donnée toute contraire, où l’on voit Rufin , le plus vicieux des hommes, combattre le brave et noble Stilicon. Cet ouvrage est donc intitulé : Anti- Claudien, non comme l'entend Demster, dans le sens d’imitation de Claudien, ce qui ne peut être admis , bien que l'auteur ait certainement boaucoup imité le poète latin, mais en ce sens : œuvre opposée à celle de Claudien. C'est aussi l'explication qu’en donne le sommaire qu'on trouve dans l’édition de Visch. (1)
Voici l'analyse de cet ouvrage remarquable comme composition poétique et devenu classique au moyen-âge. La Nature s'aperçoit que s'étant jusqu'alors bornée à donner à chaque individu des qualités spéciales , elle n’est arrivée qu'à des créations incomplètes, et se décide en conséquence à réunir sur une seule tête toutes ses faveurs : jeunesse , pudeur, modestie, raison, etc. Elle rassemhle donc toutes ces divinités allégori . ques dans son palais et leur expose son plan. La Prudence (Prudentia, Phronesis) et la Raison (Ratio) font remarquer qu'aucune
: d'elles ne peut donner à l'homme ce qu'il a de principal : l'âme,
et que celle-ci, il faut la demander à Dieu. L'assemblée leur décerne cette mission qu’elles refusent d’abord, mais que la
(4) Demster. Historia gentis Scotiæ. Bologne, 1697.— De Visch. Alani opera.
Concorde les détermine à accepter. Elles montent donc sur un char que les Sciences et et les Arts ont construit et que traînent cinq chevaux qui représentent les cinq Sens.
Les champs de l'espace, l'air et l'éther , les nuages, tout cet espace que peuplent lesmauvais génies est franchi, les sphères des différents astres elles-mêmes sont traversées, puis le firmament ; alors les coursiers s'égarent et refusent d'avancer , le guide se perd. Mais la Théologie s’offre à conduire la Sagesse à travers les profondeurs du ciel, pourvu qu'elle abandonne la direction de la Raison et qu'elle délaisse ses chevaux, sauf le second. On se rappelle que ces chevaux sont la personnification des sens el le second représente l'ouïe, instrument de la foi (fides ex auditu.)
Au moment d'aborder cette partie de son poème, l'auteur s'effraie : ce n’est plus le poète qui doit parler, mais les prophète. il adresse à la Divinité une très-belle invocation.
Alors il peint les eaux cristallines du firmament, ce ciel de cristal mêlé d’eau et de feu que l'antiquité supposait au-dessus des étoiles. La Prudence visite ensuite les délices de l’empyrée, le séjour des anges, des saints et de la Mère de Dieu. À cet aspect elle tombe en extase, mais la Foi vient à son secours. Elle se ranime et contempte les secrets de la Divinité : la génération du monde, les lois de la destinée humaine, la grâce, etc.
Dieu, après avoir écouté favorablement la requête, ordonne à l’Intelligence de lui préparer le modele d'une âme telle qu'on la demande. Le texte montre comment Alain entendait le rôle des formes et des idées platoniciennes :
Lise (Deus ) vocat ergo Noym(1) quæ preparet illi Numinis exemplar, humanæ mentis ideam.
Ad cujus formam formetur spiritus, omni
Mupere virtutum dives....