‹ Albani (Emma Lajeunesse) [microforme]Chapitre 5 sur 10 · LÉ · texte numérisé non relu

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Etait-ce une vocation réelle, ou n'était:ce pas plutôt une de ces vagues aspirations, Où

E cétte soif mystique d’un dévouement indéfini NH qui s'empare du cœur dés jeunes filles à un À certain moment de leur existence ?

Nous croyons que cette dernière hypothèse

est la plus probable ; car, avec le grand fonds

de véritable piété que possédait la jeune pen-

2 sionndire, si elle eût été récllement destinée

à l’état religieux, nous ne doutons pas qu’elle n’eût suivi la voix qui l'appelait.

Elle avait d’ailleurs pour supérieure et diréctrice la regrettée madame Trincano, dont la

Escience profonde et la vertu éclairée sont encore si préséntes au souvenir de la ville de Mont-

réal. Cette femme distinguée n'aura pas

manqué de saisir le fond du cœur de sa jeuñe

Le ét ses conseils ont dû la canu dans > choix qu'elle à fuit. |

Au couvent, Mile. Lajeunesse menait une Vie:

simple, peu bruyante, et réservée. Quoique sérieuse d'habitude, elle avait, cependant, ce talent d'entraîner, à un moment donné, toutes ses, compagnes.de classe dans un irrépressible éclat de rire. Impossible, alors, de lavoir et 4 l'entendre sans prendre part à l’hilarité- devenue contagieuse. Sous ce rapport, elle a changé depuis lors; ses voyages et ses fortes études ont imprimé à son caractère un sens sérieux et réfléchi, et il lui arrive rarement, maintenant, de se laisser aller à un franc éclat Ale rire.

Une chose qu’elle n’a pas perdue, néanmoins, c'est son aimable simplicité. Les | æ ; grands succès ne l'ont point rendue vaine; son cœur est de ceux que la gloire élève sans les gonfler. |

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: À part les explosions de cette espièglerie qui se faisait jour de temps àautre, c'était une timide joune fille qui glissait silencieuse par

les longs corridors, ou rêvait seule dans um coin aux heures de la récréation.

Toujours vêtue modestement, avec une cer-

| taine négligence même, elle faisait preuve de:

la plus parfaite indifférence pour cette apparence extérieure que les jeunes filles ont coutume de priser si haut. Sa magnifique cheve lure était nouée sans soin et sans prétention ; le hasard était souvent son unique Coiffeur.

Cette simplicité ne laissait pas que d’être assez remarquable, au milieu d’une pépinière de:

jeunes filles dont un grand nombre, venues du pays voisin, faisaient assez volontiers :

parade de leurs toilettes et de leurs bijoux, aux heures, du moins, où il leur était permis de se départir de la froide sévérité de l’uniforme réglementaire.

Il y avait, néanmoins, un moment où, malgré sa modestie, elle brillait nécessairement entre ses compagnes et les effaçait même complè--

tement. C'était lorsque sa voix: pure s'élevait dans le silence de la chapelle, et, pour l'oreille. de. Dieu seul, trouvait de ces accents angéliques qui lui ontouvert plus tard les portes du . temple de la célébrité. Ou bien encore, lorsque sous ses doigts inspirés l'orgue du couvent faisait planer sur la foule recueillie, de ces suaves mélodies, de cer harmonies saisissantes qui ne peuvent être que l'écho d'une âme à laquelle le Créateur a donné ce mens divinior qui fait chanter les poëtes.

Ce n’était plus la modeste jeune file, c'était. l'artiste qui se révélait. On le sentait, on le comprenait de cette vague perception qui emprunte de ses réticences mêmes je ne sais ; quel charme mystérieux.

Emma Lajeunesse était déjà, à cette époque, d’une force remarquable sur le piano, Elle commençait maintenant à comprendre la portée de ses travaux, et elle s'appliquait à

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l'étude de son instrument avec autant. de zèle que d'intelligence. Elle se livrait même au, travail de la composition, et ses. compagnes se. rappellent encore, certaines ‘“ Variations ” sur le Home, sweet home, que leurs jeunes imaginations mettaient bien au-dessus de celles de l’immortel Thalberg.

M. Lajeunesse était un des professeurs de la maison. Il partageait cette tâche avec M.

Gustave Smith, un de nos musiciens les plus érudits.

Il nourrissait dès lors le projet de passer en Europe avec sa fille, pour lui faire entendre les œuvres des maitres et la mettre sous la direction d’un professeur de renom. Il avait même été question, à Montréal, d’une souscription organisée dans le but de subvenir aux frais de voyage et d'études de la jeune musicionne sur le continent européen. On considérait la chose au point de vue de l’hon-

neur national. Nous ne saurions trop dire:

pourquoi ce projet n’a pas eu de suite. I nous semble, cependant, que ceux qui l'avaient formé n'étaient pas dans le tort; l’événement, du moins, leur a donné raison. | Quoi qu'il en soit, et comme dans toutes les choses humaines, d’ailleurs, les avis étaient partagés. On argumentait de part et d’autre.

La discussion devint même publique et se fit , jour dans les feuilles de la ville, notamment dans l'Ordre, si nos souvenirs ne nous trompent pas.

Notré intention n’est pas de ramener devant nos lecteurs un sujet qui a déjà donné lieu dans

\ e. 3 LA e r A le temps à trop d'explications acrimonieuses ;

mais nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer combien, souvent, il est imprudent de venir, pour des motifs honnêtes sans doute, mais certainement indiscrets, se jeter en travers d’un bon mouvement, ou enrayer un

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projet qui, pour ne pas donner la certitude ‘ immédiate du résultat attendu, ne peut cependant faire tort à personne. Dans le doute, il vaut mieux s'abstenir, c’est la maxime de la Sagesse. M. Lajeunesse fut probablement

découragé par ces difficultés, et crut qu'il perdrait à les vaincre un temps précieux.

Dans tous les cas, il avait une foi inébran-

lable dans l'avenir de sa fille, et il prit en

moyen terme qui trancha la difficulté.

En 1864, il partit avec sa famille pour les Etats-Unis et alla s'établir à Albany, capitale de l'Etat de New-York. C'était déjà un horizon plus large et un acheminement vers un

théâtre plus proportionné à l’étendue de ses

espérances.

Les premiers temps furent difficiles sur la

terre étrangère, mais Emma Lajeunesse avait déjà un mérite qu'il était difficile de ne pas

remarquer. Elle trouva, d’ailleurs, dans l’évé-

que d’Albany, Mgr. Conroy, un protecteur plein de bienveillance. Il lui fit avoir des leçons dans le couvent de cette ville; elle obtint, en outre, par sou entremise, une place d'organiste et de premier soprano dans l’église de St. Joseph. Elle ne put toutefois garder son orgue que pendant unan. Ce travail trop fatigant pour sa constitution délicate, compromettait sa santé à un tel point qu'elle dut | y renoncer.

Mais elle continua à tenir son emploi de ‘premier soprano, et, chaque dimanche, son chant remarquable attirait à l’église une foule inaccoutuméc et empressée que la seule piété n’y aurait probablement pas conduite.

Emma Lajeunesse se rappelle ces jours parmi les plus heureux de son existence, et les grandes émotions qu'elle a éprouvées sur les théâtres d'Europe sont entore impuissantes à effacer le souvenir de ces fêtes religieuses

ont le charme, quoique lointain, vit encore

tout entier dans son cœur. Le nom qu'elle a pris, d’ailleurs, dit assez quelle touichante mémoire elle garde de cette première période de sa vie d'artiste. |

Après un séjour de plusieurs années à Albany, M. Lajeunesse, avec ses économies et celles de sa fille, et à l’aide d’un concert où da population de la ville s’affirma avec une dibéralité enthousiaste, se trouva en moyens de passer en Europe.

Emma Lajeunesse avait d’ailleurs rencontré dans madame la baronne de La Fitte une protectrice qui lui fut d'un grand secours dans cette entreprise difficile. :

Voilà donc notre jeune musicienne rendue dans cette grande ville de Paris, berceau des arts, terre promise des chanteurs, foyer resplendissant où convergent tous les talents, et d’où repartent les réputations établies, comme

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