‹ Albani (Emma Lajeunesse) [microforme]Chapitre 6 sur 10 · PA, A · texte numérisé non relu

PA, A

autant do rayons chauds et lüimineux qui vont répandre par le monde les lueurs et ‘la tamme du génie.

Elle y trouva, dans sa retraite, Duprez, le roi des ténors, qui se consolait de la perte de sa voix en consacrant au service du talent

novice encore les fruits de sa glorieuse expé-

rience.

Le maître vit de suite qu'il avait sous la main un sujet précieux, une future étoile, comme on dit en termes du métier.

—Vos nerfs ne sont pas assez solides pour parvenir avec le piano, lui dit-il, surtout avec le piano comme on le traite de nos jours.

Vous êtes née rossignol, suivez les instincts de votre race : noblesse oblige.

La jeune fille a eu foi dans la parole du grand ténor: qui oserait dire, maintenant qu'elle n’a pas eu raison.

Pendant près de deux ans elle suivit avec

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zèle les. leçons de Duprez; puisant les ensei-

gnements de cette bouche même qui avait fait. délirer tout Paris. En dehors de son travail . réglé, elle écoutait, elle comparait; elle bu-

tinait partout et goutte à goutte, les inspira-

tions de l’art sur les pages brillantes des

maîtres, comme l'abeille butine son miel sur

les fleurs choisies d’un parterre.

C'est là qu'a commencé sa vie véritable ; c’est à ce contact que son âme sympathique & laissé entrevoir l’étincelle sacrée qu’elle re- <elait.

Après avoir donné à son élève tous les

secrets de son art, Duprez comprit qu’il de--

vait l'envoyer à un maitre spécial pour la *

perfectionner et la préparer au grand avenir

qu'il entrevoyait pour elle.

. Emma Lajeunesse partit donc pour Milan . où, sur la recommandation de Duprez, elle fut,

reçue à l'institut de musique.

: Elle eut pour professeur le celèbre Lamberti. Lamberti n’est pas un maître ordinaire, et.

bien des artistes qu’il a formés lui doivent leurs succès et leurs couronnes.

Il fit subir un examen à sa nouvelle élève :

-—Ah ! s'écriatil en l’entendant, Duprez ne.m’a rien surfait, :2 y a'une fortune dans ce: petit gosier ; mais, ajoutat-il finement, en voyant la répugnance que manifestait Emma Lajeunesse à monter sur les planches d’un” théâtre, il n’y a que ce chemin pour y:

arriver. | |

‘Les hommes du mérite de Lamberti ne donnent pas leurs leçons pour entretenir: le: “pot-au-fou ; ils ont leur réputation à maintenir, et ils obéissent surtout à ce besoin impérieux: de se communiquer aux autres qu'éprouve l’art véritable, à cette soif insatiable de reproduire ses, beautés et ses grandeurs.

Le seul fait d’être, admise à étudier sous ce-

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mâître était déjà, pour Emma Lajeunesse, un immense encouragement.

Elle le comprit et sut en profiter.

Quelques années se passèrent en études sérieuses, difficiles, sans trêve. Jamais son courage ne faillit un seul instant ; jamais la fatigue ne parvint à terrasser cette frêle créature qui empruntait de sa faiblesse même

je ne sais quelle souple et invincible vigueur. Pendant toute la durée de cet immense

travail, cependant, elle avait encore à lutter contre les scrupules de sa conscience qui lui faisaient entrevoir d’une manière saisissante les entraînements de la scène.

On conçoit quel combat terrible dut se livrer dans cette âme que les exigences de l'art enträinaient d’un côté et que sa candeur virginale retenait de l’autre.

À la fin cependant, elle dut céder, et en 1870 elle faisait son début à l'Opéra de Messine

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dans le caractère d’'Amine, de la Somnambule, et sous le nom d’Albani que ses succès ont consacré depuis. |

C'était un rôle éminemment adapté à son talent fin et délicat ; aussi est-ce toujours celui qu'elle a choisi depuis pour ses débuts dans les différentes villes où elle a chanté.

C'était son premier pas dans sa nouvelle carrière ; il fat brillant et décisif, et le succès qu'elle remporta ce soir là dut lui faire oublier du coup toutes les peines qu'il lui avait coûtées. Elle fut rappelée jusqu’à quinze fois devant le rideau.

Le directeur de l'Opéra de Malte se trou-

vait dans l'auditoire ; avant le commencement

du second acte il avait fait’ signer à Emma Albani un engagement pour l'automne suivant.

En septembre de la même année, la jeune cantatrice débarquait à Malte ‘où elle était im patiemment attendue. Les Maltais et les

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résidents anglais, ainsi que les nombreux offi- Giers de l'armée des Tudes, qui vont dans cette île se reposer « de leurs fatigtes, accueillirent ‘AVEC transpagf: able, u’ils appelaient le doux rossignol.canadien "M deb dans la Somnambüle fut un véritable triomphe. |

Nous .citerons, à ce sujet l'extrait suivant

d’une lettre de M. Harvey, lieutenant d'artillerie, alors-en garnison à Malte,

Le public de Québec a pu apprécier le talent de ce ténor agréable, et sait que ses connaissances musicales cn font un juge compétent sur la matière :

« Nous avons ici parmi nos prime-donne —écrivait-il à un journal de cette ville, —une jeune Canadiennes qui fait fureur parmi la population de Malte. Je crois que ‘vous pouvez vous enorgueillir de votre compatriote. On ne saurait imaginer rien de si exquis que sa voix: ‘et-sa manière de chanter...

« Combien nous sommes heureux qu’elle ait accepté l'engagement que lui a offert notre directeur. Cependant nous ne la reverrons probablement jamais ici, car Ælle va.sans doute être appel“e sur quelque scène plus importante avant le retour d’une autre saison, »

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M. Harvey avait raison, et le charmant oiseau qui s'était posé un instant sur ce rocher classique mais stérile, devait bientôt s'envoler.

La renommée de son chänt arriva rapidement en Angleterre, et M. Gye, directeur de

l'Opéra italien de Londres, toujours à l'affût des talents nouveaux, engagea la jeune cantatrice pour la saison alors prochaine.

Elle devait débuter en juillet 1871; mais M. Gye, après l'avoir fait chanter à plusieurs répétitions, jugea que ses nerfs n'étaient pas encore assez trempés pour affronter le public de la grande métropole.

Il remit son début à la saison suivante afin de lui donner le temps nécessaire pour se are parer à cet acte important. |

Elle retourna donc auprès de M. Lamberti .

et reprit ses études avec une nouvelle ardeur.

Dans l'hiver de 1871-72, M. Lamberti la fit . chanter au théâtre de la Pérgola, à Florence,

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dans ce même rôle d'Amine qui lui avait déjà valu tant de succès.

«“ Je vous envoie, avait-il écrit, la musicienne la plus accomplie et la chanteuse la plus parfaite, sous le rapport du style, qui soit: encore sortie de mon étude.”

Les Florentins virent de suite que le maît® ne les avait pas trompés.

L’auditoire de la Pergola est peut-être le

plus appréciateur de toute l'Italie ; ‘or le palco:

scenico fut jonché de fleurs à chaque apparition d’Albani.

Mais elle obtint son succès le plus éclatant lorsqu'cile joua la partie de Mignon, dans l'opéra de ce nom, par Ambroise Thomas, Mignon avait déjà subi une chute regrettable: dans quatre différents théâtres d'Italie; et les. Florentins avaient nâturellement leurs préjugés à son endroit. Emma Lajeunesse, néanmoins, rendit son rôle avec un talent tellement:

mi de

‘supérieur que l'auditoire dut faire taire la

Jalousie nationale pour applaudirau ginie du compositeur.

Mignon est peut-être un des caractères les “plus difficiles du répertoire musical. A pre- . -mière vue, c'est en apparence un rôle secon- 4 “Hire et la partio de Philine semble beaucoup plus importante et surtout beaucoup plus brillante. C’est ce qui avait probablement trompé les Italiens plus enthousiastes peut-être du -<linquant que de l’art véritable. Le rôle de Philine demande un gosier souple et bien exercé; mais celui de Mignon exige les plus sublimes qualités de cet art qui ne peut prendre :sa source que dans le cœur. Philine brille, éblouit ; Mignon émeut et entraine. Et c'est là le génie du compositeur d’avoir su, à côté des faux bijoux de la bohémienne, faire res- . plendir d’un chaste éclat le précieux joyau de famille de la pauvre orpheline que le sort a

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