‹ Albarran (Joachin),Chapitre 7 sur 11 · HE · texte numérisé non relu

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succès de sa propre carrière. Il lui avait donné le goût de la science, le frisson permanent de la recherche et cette curiosité scientifique qui caractérise les novateurs.

Par ailleurs, il sut acquérir de lui-même une culture étendue et puisée aux meilleures sources: son parrain, qui l'appela près de lui pour terminer ses humanités et faire ses études de médecine en Espagne, chercha toujours à élever son âme au-dessus de la commune vulgarité : il lui montrait la largeur des horizons qui se découvrent à celui qui sait acquérir des connaissances étendues. Sans appartenir lui-même à la médecine, il préparait ainsi son filleul à travailler et à vivre sur les hauteurs de la science et de la morale.

Enfin son frère Pedro, de treize ans plus âgé que lui, médecin lui aussi à la Havane, avait pour son jeune frère une admiration sans réserve; et il ne cessa de l'encourager au travail en lui montrant la voie des connaissances étendues pcur servir ses légitimes ambitions.

Et c'est à ces impulsions généreuses qu'il sut acquérir cette vaste culture dont on trouve l'empreinte en tous ses travaux. Ainsi, cest en chimiste qu'il étudie le fonctionnement du rein, c'est en hisfologiste qu'il contribue au problème de l'origine des tumeurs; c'est en /chnicien qu'il invente son cystoscope à cathétérisme urétéral et son urétrotome à sections multiples; c'est en analomiske qu'il décrit dans son 7railé de Médecine opéralorre le schéma de la région que l'opérateur doit traverser, et c'est en chirurgien qu'il formule avec précision les temps de chacune des interventions et inaugure de nouveaux procédés pour la néphropexie, pour l'anastosmose latérale urétéro-pyélique, pour la taille transversale et la taille périnéale.

Ainsi, des confins d'un horizon illimité, il pouvait envisager de très haut le domaine de sa spécialité; des sommets qu'il avait su atteindre, il apportait à ce territoire limité le regard perçant du condor, et des détails, des faits, des conceptions qui n'avaient pu frapper ses contemporains, senveloppaient pour lui d'une forme réelle et tangible.

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Enfin Albarran avait encore des dons personnels, et par dessus tout une intelligence prodigieuse qui s'éclairait parfois des lueurs du génie et donnait même à sa personne une inexprimable impression de valeur et d'autorité. Une tête longue et de proportions harmonieuses, un front large encadré de cheveux noirs ondules, des traits fins et mobiles comme la flamme, des yeux lumineux d'intelligence et de vie, des yeux ardents qui parlaient avant les lèvres, dans tout l'ensemble une élégance et une distinction de manières, reste d'une ancestrale aristocratie quil tenait à réduire à la plus charmante familiarité et, dans la conversation, une nervosité frémissante et contenue, un contraste permanent de calme et de frénésie, tel il se présentait à l'interlocuteur. Sa pensée limpide et tumultueuse trouvait pour sexprimer une parole facile et colorée, vibrante et sonore. Il s'animait lui-même à l'exposé de sa thèse; sa conviction se faisait de plus en plus pénétrante, et l'auditeur ébloui de ses dons exceptionnels, ne savait ce qu'il devait le plus admirer de l'originalité de l'idée, de la justesse de l'expression ou de la force de persuasion. |

Rien n'était plus dramatique et émouvant que la discussion qui s'élevait parfois au lit d'un malade entre le Maître et l'élève et où, tout de suite, à propos d'un fait particulier, s'élevait une opposition de doctrine. L'élève, novateur convaincu, les yeux tournés vers l'avenir, soutenait une thèse nouvelle qui effarouchait au premier abord les idées du Maitre; il la défendait avec une audace inquiétante mais toujours avec la plus parfaite déférence et aussi une force irrésistible d'argumentation et, comme un pur-sang déchaîné, démolissait tous les barrages. Le dominant de toute sa hauteur, et de la sûreté de son jugement, le Maître l'écoutait attentivement, impassible et majestueux; on voyait cependant percer sur son visage une pointe d'inquiétude, il formulait quelques réserves, il demandait quelques atténuations, mais très vite il reconnaissait « le souffle de vérité qui emportait son élève vers les champs féconds de l'avenir ». Et alors la fierté faisait place à l'inquiétude, et rasséréné dans la droiture de la conscience,

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