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il s'occupait à les faire met Ire en prison, il est impossible de calculer le nombre et l'importance des services qui lui avaient mérité et conservé son emploi ; ses relations avec tous les meneurs de parti lui avaient donné la clef de leurs caractères et de leurs espérances ; pareil à cet illustre chef du service secret qui, ayant préludé à ce poste par une grande intimité avec les adversaires de la bourse publique, pouvait reconnaître l'auteur de chaque vol aux particularités et aux circonstances de cet acte, comme on reconnaît une mousseline à l'estampille de la fabrique, Rhubert vous aurait dit, à une minute, à un pas piès où avait passé tel patriote, dequelrepublicain était cette émeute ou ce projet de machine infernale : peu de ses anciennes amitiés l'aVaient abondonné, et sauf quelques niais, c'était, à peu près , les mêmes forces qu'il faisait mouvoir : il tenait toujours en réserve dans son porte-
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feuille, une sédition toute prêle, quand il y avait difficulté d'adoption pour une loi, et le lendemain , la séd i tion n'ayant plus pour su bslance que la crème des badauds, était dissipée par ceux qui l'avaient créée la veille.
C'est à ce suballerne, plus puissant qu'un ministre, que le comte Porcheron avait recommandé Albéric; nous verrons, plus tard, comment il justifia sa confiance.
Albéric comprenait alors de combien de fiel un cœur honnête peut être inondé : souffrir pour son opinion, perdre son sang, sa liberté, sa fortune pour elle, languir dans les cachots, périr dans les déserts, monter sur un échafaud , ce sont des douleurs, mais elles élèvent l'ame, elles honorent, elles consolent... mais la voir trahir par ceux en qui l'on avait placé le plus d'espérances, et comme le Christ, la voir reniée, vendue par ses apôtres , voilà des douleurs amères, voilà des sources de lai^mes intarissables : c'est
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surtout à propos de ces morts là , que les âmes Wales ressemblent à cette Rachel éplorée du prophète, qui pleure ses enfans et ne veut pas être consolée parce qu'ils ne sont plus...
Albéric tombait pesamment du haut du ciel : la plus chère de ses illusions était perdue... il lisait maintenant à nu dans ce cœur qu'il avait jadis cru peuplé de tant de vertus. . cette faiblesse si naturelleà l'homme, par laquelle on croit parfait ce qui pense comme nous, il l'avait eue pour Porcheron ; mais que d'excuses I son amour, son respect pour le père de Joséphine, l'estime qui environnait le député libéral, la gloire même que sa plume lui avait donnée, le fascinaient et le subjuguaient : c'était le lapidaire ébloui lui même au diamant qu'il a taillé ; mais aujourd'hui qu'il le retrouvait dépouillé des ornemens qu'il avait drapés sur son squelette, quelle nudité affreuse! quel intérieur
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égoïste et lâche ! quelle froideur dans ce sang! que de boue dans ce cœur !..
Accablé de ce fardeau de souffrance qui le poursuit comme un remords , il a traversé bien des rues de Paris , sans savoir où le porte le hasard... enfin, fatigué plus de son ame que de son corps , il s'assied sur une borne et découvre son front , pour calmer, à la fraîcheur de l'air, le feu qui le dévore. Il fait nuit : son chapeau entre ses genoux , la main sur ses yeux, il médite, et un souvenir, si doux jadis, vient encore rembrunir ses sombres pensées!... Joséphine dont l'image l'a soutenu , dont la main était l'espoir de tous ses sacrifices, qu'il unisssait dans son amour avec la patrie , elle est perdue pour lui : son père ne se contentera pas d'une lâcheté ; avec la vanité et l'ambition, s'évanouit la bonne foi, la loyauté; et d'ailleurs, il est pauvre; un gendre pauvre n'est pas ce qu'il faut au comte Porcheron de Clérambaut.
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Mon père, se dit-il à lui-même et à demi voix, si profondément enseveli dans sa peine qu'il ne s'apperçoit pas des regards des passans qui s'arrêtent sur lui, mon pauvre père,
tu me l'avais bien dit la misère, le dédain
seront ton partage; ton honneur même causeia ta ruine... me voici arrivé au terme de la prédiction... mon ami m'outrage:
celle que j'aime m'a trahi , sans doute : l'orgueil l'aura gâtée comme son père... si je viens réclamer les promesses qu'elle m'a faites, s'en souviendra-t-elle? pour m'abandonner, elle prétextera de son obéissance, elle aura une vertu pour favoriser sa perfidie : que devenir I oh! mon Dieu ! que devenir... la pauvreté, je la supporterais bien... elle n'a qu'un temps, et avec du courage.... mais la solitude, l'abandon... la perle de tout ce qu'on aime, tout cela est irréparable.. Mon Dieu ! mon Dieu ! vous connaissez mon cœur... ayez pitié de moi!
A ce dernier accent de douleur, un
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homme qui passait s'arrêta... il jetta un regard de compassion sur celui qui se plaignait ainsi, et mettant ia main à sa bourse, il s'approcha avec une de ces paroles encouragentes et douces pour celui qui les entend.
Soudain, Albéric se leva : une pièce de monnaie était tombée dans son chapeau. Sa physionomie où la colère avait bientôt fait place à la honte , se rouvrit en même temps à la joie la plus vive, cmaion
Bertrandet! s'écria-t-il.
— Grand Dieu ! que vois-je ? Albéric, est-ce bien vous?. . par quel bonheur nous êtes-vous rendu?...
— Plus tard , vous saurez tout cela , mon ami... ce qu'il me faut maintenant, ce sont des consolations... je viens de voir votre beau frère , le père de... fioui j:
-^ Ah... vous savez...
— Oui , je sais , et vous jugez de mon désespoir...
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— Je le conçois...
— Cette union dont je m'étais fait le rêve de ma vie, il y faut renoncer... je ne serai pas l'e'poux de Joséphine..
— Pauvre Albéricl..
— Et pourtant , son père me l'avait promise.. . elle était le prix de mon dévouement: en elle devait se couronner toute une carrière de luttes et de sacrifices...
— Je vous nommais d'avance mon neveu : vous étiez déjà de la famille.
— Elle même m'a oublié sans doute., je suis banni de son souvenir.
— Non... non...
— Grand Dieu! que dites-vous? après une si longue absence.
— Que parlez-vous d'absence... elle vous croyait mort... Votre nom était inscrit dans les nouvelles de Pologne , parmi les soldats restés sur le champ de bataille : le moniteur piême l'a enregistré., j'étais chez Porcheron
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quand il le lui donna à lire. . jusque là , malgré la réception de voire mémoire...
— Elle a reçu cet écrit, mon testament de mort.
— Elle ne s'en est jamais séparée... malgré la dernière phrase, elle doutait encore... elle espérait... elle résistait à son père... elle pleurait... mais quand elle a lu, de ses propres yeux... alors... vous comprenez...
— Hélas!..
— Je vous assure qu'elle ne vous a point oublié.
— Ah! vous me rendez la vie... monsieur Bertrandet , mon ami... ajoutez un nouveau bienfait à ceux que je vous dois... que je puisse la voir un seul moment, un seul et je meurs content !
—Vous la verrez., tant que vous voudrez, et vous ne mourrez pas... elle sera bien heureuse de vous voir, allez...
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— Assez, assez... le chagrin ne m'a pas tué, mais je mourrais de joie...
jT— Parbleu!., le hasard ne pouvait être plus adroit; j'y vais justement ce soir, tenez., dans une heure, si vous voulez... je vous présenterai chez elle .. Porcheron n'y sera pas., il va au conseil d'état, je présume... il va toujours quelque part à présent., il y aura sa mère, ma sœur; c'est une bonne femme et après tout, Joséphine est bien libre de vous voir. C'est convenu... à dix heures juste, devant le ministère; monseigneur me prête sa voiture. . . je la parlagerai avec vous... vous n'avez pas d'antipathie pour une calèche de ministre, tout républicain que vous êtes... d'ailleurs, je vous dirai que je ne sais pas l'opinion de son excellence : nous ne causons pas politique. . . Car vous ne savez pas... je suis secrétaire du cabinet particulier. . . mon prédécesseur, qui est un malin, a fondé une feuille minis-