TOME II. i
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Là, sur une couche brûlante, ses pensées le suivirent; toutes les heures de la nuit sonnèrent lentes et longues, avant que le sommeil fut venu fermer ses paupières et clore ses combats... enfin, il s'endormit et comme si la nature , indifférente aux tortures, reprenait toujours ce qu'elle a été forcée d'attendre, le jour entier et la nuit suivante elle versa l'oubli sur ses yeux, et le calme dans ses veines , par cette même puissance qui, après les éruptions de l'ame d'un volcan, l'assoupit pour des siècles, jusqu'à ce qu'une nouvelle convulsion le réveille.
Un bruit, dans le corridor , dissipa tout-àcoup cette léthargie... il regarda : il faisait grand jour : une voix étrange arriva jusqu'à lui.... quoique dénaturée par les cloisons poudreuses, il crut la reconnaître: toutà-coup sa porte s'ouvrit , il se leva sur son séant, et deux cris, de'chirans et tendres à
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faire couler toutes lainies, se répondirent, ou plutôt se confondirent dans un seul.
— Mon fils!
— Ma mère !
Alors ce fut une harmonie de toutes les notes que puissent créer la douleur et la tendresse humaine : sur cette couche sale et pauvre, s'échangèrent les plus suaves émanations de la pensée divine : ce furent des sanglots, des rires, des larmes et des joies frénétiques., les bouches mêlaient aux caresses les mots les plus doux et les plus tristes : les baisers maternels tombaient sur le front, sur les yeux, sur les mains d'Albéric, et lui, haletant au milieu de l'étreinte des deux bras qui le serraient, laissait déborder son cœur et couler sa vie dans cet hymen du plus saint des amours.
La marquise de Clérambaut était agenouillée sur le carreau humide et froid de l'alcove, et appuyée sur le sein de son fils,
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elle priait, pleurait et bénissait Dieu de le revoir... enfin, souffrant plus qu'elle de cette posture, Albéric la souleva dans ses biasj et, l'asseyant auprès de lui, la contempla longtemps avec ivresse et enchantement : tout-à-coup il sentit son être se remplir de tous les sentimens de son enfance : si longtemps étouffés par une passion froide et sans élans réels, ils revinrent en foule : il lui sembla que les paroles de sa mère les jettait avec abondance dans son cœur qui s'ouvrait pour les recevoir.
Mon fils, mon Albéiic, disait-elle, te voilà, je te revois... tu es bien changé, mon pauvre enfant... tu n'as plus ce sourire qui m'arrachait des pleurs si doux et ce front si pur, si blanc, où le chagrin ne laissait pas de traces; les rides du chagrin le sillonent : tes yeux sont renfermés dans un cercle noir où coulèrent bien des larmes : tes lèvres sont con- Iractëes vers une ligne dédaigneuse et des
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cheveux blancs se mêlent déjà à ta chevelure: mais qu'importe? une mèreaime-t-elle dans son fils sa beauté?., non? c'est lui qu'elle aime, jeune ou vieilli , frais ou flétri par les peines, jeté revois, c'est assez... tu es mon Albéric: Je t'aime et je bénis Dieu qui m'a rendu mon fils. Mon bon Albéric! tu as bien souffert.., tu as touché de près à toutes les morts horribles., mais la providence veillait sur toi., je la priais avec tant d*ard€ur!. Dieu n'aurait pas voulu t'enlever à mon amour... il ne voulait pas ma mort et ta perte m'eût tuée... Te voila... laisse-moi te regarder, l'embrasser, t'aimer... te le dire et t'embrasser encore... N'est-ce pas qu'il n'y a qu''un bonheur an monde? c'est de retrouver sa mère... Après toutes les épreuves de ta vie , n'est-il pas vrai que ce sont là les seuls sentimens fidèles ?
— Oui, oui.. , tout trahit , excepté une mère...