‹ AlbéricChapitre 19 sur 33 · L ATTENTAT · texte numérisé non relu

L ATTENTAT

avec un ineffable élan de pieté, toutes les bénédictions de son cœur.

Albéric , muni de deux pistolets chargés, s'avança au milieu de la nuit vers le château de Beauvoir, brillant dans la plaine, comme un incendie.

Voilà l'heure de l'affaire, se dit tout bas Rhubert qui depuis la nuit de la conspiration n'avait pas quitté Albéric et épiant la moindre de ses démarches , l'avait suivi en poste depuis Paris, invisible, déguisé et muni de pouvoirs devant lesquels se prosternent préfets, généraux et gendarmes.

Moins familier avec les détours de la campagne qu'Albéric qui la connaissait dès son enfance, il marchait à pas de loup, sedéchirant aux broussailles, se heurtant aux bornes des champs , aux poteaux qui marquent les limites des héritages, sans perdre son homme de vue , résolu d'avertir le Duc sitôt qu'Ai-

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béiic aurait franchi l'Arc-de-Triomphe par où ildevait entrer.. .ils côtoyaient tous deux les murs du parc, lorsque tout-à-coup Albéric poussa le ressort du poutil qu'il avait tant de fois ouvert, et disparut...

Le chef de la police, inquiet de cette disparition merveilleuse, accourut à l'endroit magique : mais la porte s'était refermée. Il chercha en vain le ressort qui la faisait ouvrir... furieux... blasphémant tout bas de voir sa proie lui échapper, il explora de la main la surface plane de la porte , pour trouver le secret; égaré par son impatience, il perdit à le chercher, sans le trouver, un temps utile, et désespéré de Tinutilité de ses recherches, il se résigna à longer le parc , enceinte immense, heureux s'il arrivait à temps pour sauver son maître et sa place.

Albéric et le Duc de la Bérésina étaient en présence... l'obscurité ne permit pas au D'iic

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de le reconnaître, mais il sentit d'instinct qu'il avait affaire à un ennemi...

— Monsieur le duc, lui dit celui-ci d'une voix émue, mais timbrée de courage, je viens vous demander raison de deux injures.

— Deux? c'est beaucoup... de mon temps on n'attendait pas la seconde...

— Je vous prouverai que je ne méritais pas la première'; mais procédons par ordre.. Savez-vous qui vous avez touché de votre cravache tout-à-l'heure en passant?

— Non... que m'importe? un manant... un clerc d'huissier peut-être?

Savez-vous celui que vous avez frappé à votre bal?..

Oui... un petit secrétaire chassé par mon beau-père... un républicain... un misérable.

— Ces deux hommes-là sont en votre présence... et c'est moi qui viens vous offrir ma yie ou prendre la vôtre.

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<— Diable ! vous êtes hardi pour un conscrit!., je ne refuse parbleu pas !... j'ai servi sous l'Empereur et un duel, çà me va... mais avant de s'aligner, encore faut-il savoir avec qui l'on va se battre...

— Je suis Albéric deClérambaut...

— Tiens... celui qui est allé en pologne, à ce que m'a dit ma femme... et qui n'y est pas mort, à ce que vous dites. . . C'est vous qui êtes venu chez moi , et que j'ai traité de la sorte... j'en suis fâché, morbleu!., mais aussi... vous étiez mis... que diable! quand on va quelque part, on s'habille... Ah! c'est vous... vous êtes un brave, à ce qu'il paraît ... je serai à vos ordres, demain. . . quand vous voudrez...

— Non... à l'instant même. On m'attend., il faut que je reste ici mort, ou que j'en parte aussitôt.

-^ Mais je n'ai pas le temps... ferrailler ici, dans le parc... quand d'une minute à

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l'autre, je dois me trouver prêt pour escorle départ...

— Il le faut pourtant.

— Impossible. . .

— Je suis l'oftensé, monsieur....

— Diable d'homme!., mais aller chercher une épée... traverser tout ce monde...

- — J'ai deux pistolets...

— A la bonne heure...

— Tous les deux sont charges...

— Bien !... mais dépêchons... il me semble voir à travers les arbres du mouvement dans le salon... s'il allait partir sans que j'y sois...

— 11 y a des pièces de monnaie dans celte main...

— Pair...

^-Comptez, monsieur le Duc.

— C'est à vous: tirez... pourvu qu'il ne parte pas avant...

Albéric visa le général, mais au moment

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où il allait presser la détente, une voix retentissante et qui parvint jusqu'à lui , cria : Les chevaux de sa Majesté... A ces mots si terribles pour un courtisan qui se fait attendre , le Duc de la Bérésina jeta par terre son pistolet qui fit feu du choc, et il s'élança vers le péristyle du château . Albéric croyant avoir affaire à un lâche qui avait voulu le frapper en traître , se précij)ita sur ses pas, en l'accablant des épithètes les plus outrageantes... Le Bue préoccupé de l'affreuse disgrâce qu'il allait encourir, redoublait de vitesse, comme s'il eut voulu échapper à la poursuite de son adversaire... Bientôt il atteignit la limite du jardin, et il allait escalader le perron pour entrer, lorsqu'Albéric, furieux de voir échapper sa proie et de perdre une occasion qu'il ne retrouverait jamais, aveuglé par sa colère , et altéré de vengeance, leva son arme et fit feu.

Au bruit du pistolet, succéda un fracas

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