L ATTENTAT
de vitres cassées et tombant en débris : un horrible tumulte se fît entendre dans le salon; la foule poussa des cris de terreur, et comme d'instinct, se serra autour du prince...
Celui-ci qui avait entendu la balle siffler à ses oreilles , sourit en la montrant applatie sur le marbre , et d'une voix calme :
— Rassurez-vous , mes amis , leur dit-il, je ne suis point blessé.
Je veillais, répondit Rhubert qui arriva haletant et tout honteux d'arriver si tard... maintenant qu'on me prête main-forte, et qu'on saisisse le meurtrier.
A ces mots, la foule se répandit au-dehors, parcourut lejardin en cherchant le coupable, et tandis que le cortège, dirigé par le général, brillait le pavé de la route deGien, il entendit longtemps les voix des gens de la fête qui criaient : mort à l'assassin!
IIMTEHIM.
Quand cette nouvelle alarmante courut dans le pays, un cri général de réprobation se lit entendre... le régicide, l'assassinat des personnes royales flétri depuis le commencement du monde , avait pourtant depuis nombre d'années, grâce aux
soins des avocats , considérablement perdu de son horreur primitive. Le plus grand fléau des temps modernes, celui contre lequel se roidissent en vain les pouvoirs, celui que Napoléon parvint presque à détruire, c'est ce sentiment désastreux qui ne voudrait pas attacher de honte aux crimes politiques : sous la restauration, une frénésie d'estime pour les forçats de cette catégorie avait perverti toutes les idées du juste et de l'injuste : De très honnêtes gens s'étaient même surpris une sorte d'intérêt pour le plagiaire de Ravaillac.
Ce fut avec un extrême étonneraent que les hommes graves entendirent le concert de malédictions qui assaillit Albéric. Le plus étrange fut que les voix les plus hautement indignées de l'application du moyen, furent justement celles qui en avait depuis quinze ans prêché la théorie.
Ce n'est plus dans nos mœurs, s'écriaient-
ils : ce n'est plus ainsi que cela se pratique: semer adroitement la calomnie ou l'outrage, menacer à mots couverts, se créer une arme de son talent et de sa parole , se faire acheter pour n'être plus redoutables!., voilà ce qui convient à une nation policée... Voilà quelquecliose d'honorable. .. mais assassiner ! fi donc ! ce n'est plus dans nos mœurs î
Si grande fut la stupéfaction des esprits sérieux, grande aussi fut celle des hommes dont la logique tant soit peu brutale croyait voir une connexité entre les doctrines et les œuvres... un moment étourdis de ce chorus de mercuriales vertueuses , ils finirent par ne plus retrouver le fil de leurs idées , et ce que n'auraient pu produire les bons livres, la justice ou la raison , s'opéra en eux par la palinodie de leurs complices. Les poignards rentrèrent au fourreau, et la lice s'ouvrit pour les combattans équipés d'armes courtoises. Dès lors s'éteignit jusqu'à la der-
nière étincelle ce qui restait encore de flamme généreuse même dans l'homme qui, en commettant un meurtre de ce genre, a du moins la certitude déjouer sa vie.
Au lieu de chercher à abattre le mât gouvernemental au sommet duquel flottent lantde richesses promises à qui sait atteindre le faite, chacun combina sa haine et ses actes. L'adversaire le plus acharné du pouvoir se ménagea dans ses attaques une porte secrète par où rentrer en grâce.
Sous la restauration, à tort ou à raison , la limite était tracée entre les amis du trône et ses ennemis. L'homme hostile était aux yeux du Roi ou vil , ou de bonne foi dans sa haine; vil, il aurait dédaigné de l'attirera lui, de l'acheter r de bonne foi, le prince eût rougi de le marchander, car l'honneur était encore une chose... Mais tant de lâchetés ont souillé notre métempsycose, tant de honteuses apostasies ont sali notre gloire
révolu lionnaire, que toute pudeur s'est enfuie... L'opposition molle et fainéante semble ne parler ou n'agir que pour avertir de sa présence, et comme Cerbère, elle ouvre la gueule pour demander un gâteau.
Du côté des hommes du pouvoir, le cumul qui pesa si fort dans la balance de Juillet est devenu plus effronté que jamais : l'administration n'est plus peuplée que de courtisannes, accrochant les faveurs et l'or du premier venu , qui les paie ainsi en partant d'un quart d'heure de complaisance. Jadis, quand un parvenu arrivé aux affaires en sortait expulsé par son incapacité ou la haine publique , il cachait son front, étouffait sa voix et comme le renard qui balaye avec sa queue la neige qu'il foule, il s'efforçait de ne laisser après lui aucune trace de son passage. Aujourd'hui, à peine a-t-il vu poindre l'aurore du jour de son déménagement , qu'il sème autour de lui tout un
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champ de hontes qui germeront et fructifieront après son départ, monumens funèbres qui lui survivent et restent debout dans le désert qu'il a laissé.
Tandis qu'on accorde à peine une légère aumône au talent probe et loyal , on se vautre, la bourse à la main, aux genoux des aboyeursindépendans... et ceuxqui flairent de loin la proie, passent par l'indépendance pour arriver à la servitude.
Les plus saintes facultés de l'esprit ne sont plus qu'un instrument à la plus basse des passions. Juvénal après avoir bar botté dans la fange des rues, s'engraisse maintenant dans l'auge du ministère.
L'atmosphère vénéneuse a tellement détendu tous les ressorts que les haines se sont émoussées: aucun des conjurés qui s'étaient eux-mêmes promis au poignard n'a senti la lame d'un franc-juge lui traverser le cœur : tant qu'on n'aura pas, un beau matin, trouvé
INTF.HIM.
ïlu coin d'une borne le plus apostat des caihonari, étendu un couteau dans la poitrine, avec la phrase sacramentelle écrite autour : l'homme calme et dédaigneux dont vous attaquiez l'honneur et le patriotisme vrais , aura le dioit de dire sur votre passage : V^oilà un fourbe ou un lâche!
Jamais l'ineptie du gouvernement constitutionnel n'a mieux laissé voir ses vices que depuis le jour où tant de curieux sont entrés dans son architecture. Voici exactement chiffré le mouvement de sa rotation : Soit donné aujourd'hui Pierre au pouvoir ; Simon harcelle Pierre , et, comme il attaque, Simon devient dangereux à ce qui est , et précieux à ce qui n'est pas... On présume que Simon possède ce qu'il accuse Pierre de ne pas avoir; et il remplace Pierre! Pierre tombé n'en devient que plus ardent... il harcelé à son tour Simon... Celui-ci dont on décou-