‹ AlbéricChapitre 2 sur 33 · LES MYSTÈRES D'UDOLPHE · texte numérisé non relu

LES MYSTÈRES D'UDOLPHE

avoir remarqué dans le jardin contigu au sien, une petite porte fermant un caveau et dans lequel on n'entrait jamais que l'hiver. C/était un débris d'une ancienne abbaye dont les batimens s'étendaient au loin, et sur le compte de laquelle circulaient les plus curieuses anecdotes. On prétendait que les bons pères qui l'habitèrent, communiquaient, avec un couvent de bénédictines situé à deux cents pas , au moyen de voûtes souterraines prolongées sous les clos des deux ordres qui faisaient vœu de chasteté, Porcherori en avait bien ri dans ses accès de libéralisme , mais dans ce moment, il n'y voyait plus qu'un bûcher dans lequel il serait parfaitement en sûreté , d'où il entendrait ce qui se passerait chez lui, et qu'il pourrait quitter, le danger passé.

Il tourna autour de son hôtel, entra par la porte de son jardin dont il avait la clef, franchit "avec une échelle/ qu'il repoussa du

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pied, le mur miloyen, descendit par les espaliers et se dirigea vers la porte du petit caveau : en traversant la cour il voyait, audessus de sa tête, reluire, dans l'azur, le reflet des coups de feu, et l'écho lui en apportait le mugissement lointain;

— Cela va mal, se dit-il, cela va mal.

Il hâta le pas, ouvrit la porte du caveau et s'y précipita.

La nuit s'écoula dans des angoisses. L'ignorance des événemens ajoutait à sa terreur... il entendait le pas des chevaux , des patrouilles, le bruit des sabres qui traînaient avec leur retentissement de fer , les cris des passans,lesrires parfois, toutes musiques enfindontles notes incompréhensibles prennent le sens qu'on leur donne, lorsque les yeux ne sont pas là pour diriger l'imagination. Puis le calme revint... des heures s'écoulèrent, et le tumulte recommença plus actif, plus animé que la veille : une lueur légère»

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éclaira le caveau : et il distingua des mouvemens même dans la cour où aboutissait la porte de son asile; tout-à-coup un grand tumulte remplit l'air : calculant la distance, il jugea que sa maison était envahie, et ses craintes augmentèrent bientôt, lorsqu'au milieu des vociférations de toutes espèces, retentit son nom.

— Porcheron, criaient plusieurs voix confondues, où est-il! il nous le faut! nous le trouverons!.... il nous faut Porcheron ! puis , les pas se multiplièrent... ii entendit même des vêtemens frôler les parois de son refuge.

Soudain, comme par inspiration, il se rappella les bruits qui couraient sur les relations des religieux, et, moitié à tâtons, moitié à la lueur de la lucarne, il chercha une issue qui, en cas d'invasion, le déroberait aux regards.

Derrièie un monceau de fagots, il entrevit

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une solution de conlinuité, la dégagea , et des planches vermoulues, cédant à ses efforts, le laissèrent plonger dans une longue galerie, étroite, sans clarté, mais au bout de laquelle brillait un jour faible comme une étoile, il rajusta la porte qu'il venait de franchir, de façon qu'il ne restât point de trace de son passage ; arrivé au bout de la galerie, une autre porte s'offrit à lui, mais plus basse et tellement dévorée par le temps, qu'elle tomba en ruines au premier choc... il se courba et s'avança... Après quelques pas il pût relever la tête; il était dans une belle cave, large, haute, supportée par une sorte de colonnade carrée, et éclairée par des soupiraux : vis-à-vis la galerie d'où il venait de sortir, une galerie parfaitement pareille aboutissait au rond-point, pour ainsi dire, de ces constructions et indiquait une communication souterraine avec d'autres habitations. Pendant qu'il contemplait cette

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régularllé, il entendit un bruit de pas répété par la voûte sonore. La porte parallèle s'ébranla, s'ouvrit, et un homme, qui marchait le front courbé, entra comme lui en relevant la tête.

Un cri sortit de labouchedes deux acteurs de cette scène.

— Monsieur Porcheron!

— Monsieur le chevalier de Charaarange !

Un silence d'étonnement et d'embarras « réciproque succéda à cette exclamation : ce fut Chamarange qui le rompit le premier.

— Est-ce ici l'arsenal d'où vous lancez le peuple contre les soldats du roi, monsieurle conspirateur!

— Est-ce que vous veneZ;, à la tête de la police, me chercher pour me livrer à une cour prévôtale , monsieur l'agent provocateur?

— Monsieur, je n'ai jamais été hostile

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à la liberté... je n'ai pas conseillé les ordonnances.

— Et moi, monsieur, je n'ai jamais fait un vœu contre les Bourbons...

— Que ces paroles me font de bien! que je suis heureux de voir que le Roi n*a pas un ennemi en vous î

— Monsieur le chevalier, je ne fus jamais l'ennemi des honnêtes gens.

— Ah ! je vois que nous pouvons nous serrer la main...

— Voici la mienne... la vôtre.

— La voici... on s'entend toujours quand on a de l'honneur...

Et, entraîné par une sympathie soudaine, le chevalier de Chamarange, complètement attendri, ouvrit ses bras à Porcheron qui s'y précipita presqu'en larmes.

— A propos, dit , après cet épanchement, Chamarange, tout aussi embarrassé que Porcheron pour renouer l'entretien , où en est--

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on qu'es-ce qu'il y a de neuf dans

Paris.

— Les gendarmes sabrent le peuple, les ^ gardes royaux remplissent les rues, et mettent tout à feu et à sang.

— Ah! dit en respirant le chevalier, il paraît que nous reprenons l'avantage. ..

— Comment? vous reprenez l'avantage?

est-ce que vous ne l'aviez pas?..

— Non, parbleu... la ligne s'est rendue.

— Ah! ah!.... dit en respirant à son tour Porcheron, et le peuple ne l'a pas exterminée.'^...

— Elle a fait cause commune avec lui.

' — Bravo!., mais où avez-vous été témoin de cela?

— A la barrière du Trône... et vous, où avez-vous vu que les royalistes eussent ie dessus..?

— A la Madeleine!.. ! -5

30 LKS MYSTÈRES «"'UDOLPHE.

— Ainsi nous voilà aussi peu instruits l'un que l'autre ; Chacun a triomphé chez lui... mais quand les deux extrémités vont se rapprocher —

— Le peuple sera le plus fort , s'écria le député.

— Le roi a de bonnes troupes , de l'artillerie.

— On les chassera, on prendra leurs canons.

— On bombardera Paris.

.., — On canonnera Saint-Cloud.

— A moins qu'il ne capitule.

Une détonation subite coupa court à leur entretien en couvrant leur voix... à chacun des deux soupiraux de la cave , un grand mouvement avait lieu , sans qu'il fut possible de distinguer à quel parli il appartenait. D'un commun accord, sans même s'être communiqué leur avis, chacun s'allachant aux aspérités du mur, atteignit l'ouverture et

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dirigea ses yeux au niveau des barreaux pressés à travers lesquels il put opérer une reconnaissance.

— Ce sont des suisses, dit à demi-voix Porcheron au chevalier.

— C'est le peuple , lui dit l'autre du même ton.

— Le colonel leur recommande de viser juste au beau milieu et de ne faire grâce à personne.

— Il y a un élève de l'école Politechnique qui leur ordonne de dépaver la rue.

— Il leur commande de charger leurs armes.

— Il leur montre à faire une barricade...

Moment de silence des deux parts...

— ' Ah!.... la troupe se met en marche...

— Âh! La baricade est terminée..!

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Nouveau moment de silence.

Bientôt un feu défile bien nourri se l'épond d'une troupe à l'autre : la barricade devient le centre d'une escarmouche ; tantôt les habits rouges s'en emparent et de là dominent le combat, tantôt le peuple, l'élève Politechnique en tête, les débusque de cette position et pousse des cris de victoire... A chaque avantage obtenu par son parti, Porcheron et Chamarange applaudissent du cœur et de la voix... suivant que le feu diminue d'un côté ou de l'autre, leur audace diminue ou s'augmente... tout-à-coup au milieu d'une détonnation épouvantable, la baricade s'écroule, renverse au loin ses débris, qui , en s'amoncelant , bouchent le soupirail de la cave, couvre de poussière et de pierres nos deux députés, et, leur faisant perdre l'équilibre,

les jette sur le sol de leur caveau, aveugles et contusionnés.

— J'ai une blessure à la tête, s'écrie Porcheron.

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— J'ai été frappé à la joue, dit l'autre.

— Mon sang coule.

— Et le mien aussii

— Ah !.... les guerres civiles, dit Porcheron !

— Ah! les guerres civiles, soupira Chamarange !

Les deux victimes des discordes intestines étanchèrent leur sang avec leurs mouchoirs, bandèrent leur plaie et, jugeant inopportun de sortir alors que le quartier était livré aux deux armées, surtout dans l'ignorance du parti qui triomphait, résolurent de passer dans cet asile impénétrable la nuit qui déjà étendait ses ombres... ombres épaises et terribles , surtout dans le caveau où ne pénétraient même pas les rayons des réverbères brisés le matin par l'émeute.

Ah! que de sages paroles furent échan*gées cette nuit entre nos deux braves repré* sentans! quelles profondes maximes de phi-

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