‹ AlbéricChapitre 24 sur 33 · HISTOIRE DES REINES · texte numérisé non relu

HISTOIRE DES REINES

femme, et lui annonçait qu'il devait commander l'immense force armée destinée à conduire le coupable au supplice.

Le jour éclairait à peine les premiers nuages du ciel, et déjà deux femmes entraient dans la cour des Tuileries; l'une avait l'air hagard ; l'autre cachait ses yeux baignés de larmes... l'une disait : je veux voir la reine... l'autre s'écriait : je vais me jeter aux pieds de la dauphine...

Venez disait la marquise, je sais le chemin... j'y suis déjà venue... c'est ici... il y a deux factionnaires... mon tons ces trois pas... Annoncez la marquise de Clérambaut, je veux voir la Dauphine.

Annoncez la duchesse de la Bérésina, disait l'autre, je vais embrasser les genoux de la reine.

C'était un spectacle si étrange, si nouveau, si indéfinissable, que tout était muet; la consigne même se serait violée pour elles...-

ET fUT.F'NTr.S DE EHANCE. 303

Elles entièiCMit, elles arrivèrent... toutes ies issuess'onvrireiil ... car jamais la porte des Tuileries ne fut fermée au malheur : c'est re'tiquette des rois de France.

Une femme, assise à une table, signait des papiers qu'un secrétaire des commandenjens lui détaillait à mesure: c'étaient des bienfaits : la liste était longue... il y avait des églises incendiées rebâties^ des artistes récompensés, des vieillards , des femmes, des veuves secourus, d'anciens militaires indemnisés , des bons pour du pain , des vêtemens, des layettes.

Quand les palais changent leurs hôtes, la clientelle des prédécesseurs leur reste; c'est le revenant-bon de la royauté.

G race, grâce !.. répétèrent deux voix suppliantes et les deux femmes tombèrent à genoux devant la troisième.

Grâce, disait la marquise, c'est la seconde

30'»- Hl-TOIRE DKS REINES

fois, mais le cœur des princesses est inépuisable.

Grâce, disait la duchesse, et Dieu ne vous condamnera plus à en accorder une pareille...

— Charles X ne vous refusera pas... c'est le fils d'un de ses serviteurs... son sang à coulé pour vous... mon fils est coupable, il a conspiré contre son Roi... il mérite la mort; mais Jésus-Christ a pardonné à ses bourreaux.

— Ne la croyez pas, reprenait la duchesse effrayée , jamais le meurtre n'est entré dans son arae : il me l'a juré, je le sais, c'est une tête innocente qui va tomber.

— Et qui êtes-vous donc? leur répondit celle qui pleurait déjà à les entendre.

— Je suis la mère d'Albéric, s'écria la marquise.

— Et moi, je suis ... je dus être sa femme I

ET HKCiE.NTES DK Fn.VN'CE. 305

— El que puis-je pour vous? renfcimée dans mes enfans, dans ma famille, je ne m'occupe point de polilique...

C'est ce que vous me disiez la premièie (bis, cependant quand le roi parut, vous vous êtes jetée à ses pieds avec moi et vous avez prié, et mon fils n'est pas mort !

— Ce n'est pas la reine que j'implore, c'est la mère.... c'est pour le fils de cette femme folle de douleur et d'amour , que je vous demande la vie!

Et toutes trois confondaient leurs larmes ; luie porte s'ouvrit, une voix annonça : Le

Uoi !

— Le Roi!!! marquise de Clérambaut, et vous, duchesse, ^U)mbez avec moi à ses

Page 1