‹ AlbéricChapitre 5 sur 33 · TOME II. G · texte numérisé non relu

TOME II. G

raèie, d'un père et de trois enfans , hauts de deux toises, et accompagnée d'un fifre etd'un tambour. Après eux vient le cheval des quatre fils Aimon, avec ses trois poulains; puis la roue de la fortune que fait tourner un ressort obéissant au mouvement du che-" val qui le traîne; au milieu est une colonne et sur le haut de la colonne, la fortune, en costume payen forme le cenlred'une danse où s'agitent aulourd'elleun ailequin, nn chasseur, une vieille femme, une jeune, et un docteur ; enfin pour clore le cortège marchent deux énormes chameaux porlanl sur leur dos deux petits cupidons.

A la suite,commecompîéîiient majestueux, le clergé défile avec ses costumes , ses ordres , ses encensoirs, ses bannières, ses chants et tout l'attirail des plus âolennelles cérémonies de son culte.

Je retrouve parmi les prêtres les figures que j'ai déjà vues an spectacle et aux

émeutes; un de mes voisinsqui est à genoux me dit que ce sont des pères rJvérends de la société de Jésus... Chamarange porte un des cordons du dais.

3 Septembre.

On reçoit des nouvelles de la conférence avec le roi... on lui a proposé entre autres conditions, celles de laisser les places dans les mains des hommes qui ont bien voulu les remplir depuis le 26 août, de restaurer en Belgique la société des Jésuites, de leur confier l'instruction , de remettre les pouvoirs dans leurs mains et dans celles des prêtres, de rendre aux nobles le droit de chasse et de pêche sur leurs terres, v compris même celles qu'ils ont vend'jes; de ne nommer enfin aux emplois en Belgique que des Belges.

On ignore ce que pense le peuple de tout cela... On n'entend plus parler du peuple.'

fiV NUMÏ^RO DEUX.

4 Septembre.

Le ministre de la guerre annonce aux autorités que l'on a découvert, dans un seul rJgiment, quatorze officiers qui portent sur leurs épaules la preuve des condamnations infamantes subies.

5 Septembre.

Proclamations, patrouilles.

6 Septembre.

Patrouilles, proclamations.

7 Septembre.

Proclamations, patrouilles.

8 Septembre»

Patrouilles, proclamations.

9 Septembre.

Retour du comte de G... Les autorités

établissent un impôt qui remplace celui de la mouture... on double les charges des contribuables, et dans plusieurs localités, elles se trouvent triplées... ces charges pèseront principalement sur le peuple.

MlMtftO DEUX. 85

Le comte de G... est nommé minisL;« dçs finances.

Ainsi s'est opérée la régénération de la Belgique : mêlé avec des Français, des Anglais, des Espagnols, des Portugais et quelques Belges, j'ai contribué avec chaleur à cet acte patriotique : si la nation n'y a pioint prispart, il faut l'attribuer sans doute au peu de haine qu'elle éprouvait pour la dynastie tombée.

Je vais partir : la Pologne m'appelle ; la Pologne haletante sous le Knout du Czar, va reconquérir ses droits; là les maîtres vont combattre pour les esclaves , là tous sont frères I tous vont faire cause commune!., les nobles polonais n'auront pour but que l'honneur et l'indépendance de la patrie; là, pas de rivalités, pas d'ambitions... la cause populaire, voilà le cri de la Pologne!

Au moment de monter en voiture, quelqu'un me saisit parlebras..! je me retourne,

86 MUM]éilO DEUX.

c'est 1« comte de G... Il me félicite de mon départ; ma haine pour le fanatisme, mon amour pour la liberté, mes idées progressives, me rendaient suspect aux autorités... il élait temps de fuir, si je voulais éviter la persécution, et comme je paraissais étonné...

Jeune homme, me dit-il, vous igriorie:

donc dans quel intérêt s'est faite notre ré volution? Je puis vous l'apprendre: C'est le prince de Polignac qui la préparée : depuis longtemps nous étions d'accord ; notre correspondance est encore aux affaires étrangères. Chasser un roi protestant , rétablir la société de Jésus, rendre aux prêtres leur influence et leur pouvoir, aux nobles leurs titres, faire donner aux Belges toutes les places dont un grand nombre sont occupées par des Hollandais, plus capables sans doute, mais moins nationnaux , voilà notre but... Pour cela , la congrégation s'est en-

tendue avec les Iibéi*aux, et même avec des alliées reconnus... la confession, les interventions religieuses, l'argent, on n'a rien négligé... les révérens ont pris toutes les formes... ils ont même, dans bien des endroits, prêché l'instruction et les lumières... Ils sont si adroils, ces bons pères!.. Votre révolution a été faite pour renverser les jésuites', la notre pour les rétablir; tjue Dieu nous les conserve! Les voila en mesure d'agir contre la France, et son roi d'aujourd'hui, sans qu'il puisse les atteindre. Mais hâtez vous., car voici des gardes bourgeois, ce qu'on appelle chez vous gardes nationaux , qui viennent à votre logis pour vous faire un mauvais parti... adieu...

— Adieu ! Monsieur le comte, m'écriai-J€ en le toisant avec mépris : je pars!

— Où allez vous, jeune homme?

— En Pologne...

XP.

1,A OOABKIX.IiK 9E MARIAOE.

Les fashionablesde loutsexe's'assignaient depuis quelques jours rendez-vous dans les ateliers et dans le salon d'exposition du célèbre R.., fournisseur de modes de ce que la capitale renferme dejplus élégant et de plus riche. Nul ne savait mieux que lui or-

ganiser la mousseline, édifier la dentelle et ëchafauder les lubans; des rouleaux froids et compactes se volatilisaient sous sa main ; ses doigts faisaient circuler l'air entre les étages des blondes , et, en moins de trois jours, pour deux ballots qu'il recevait de la Douane, il livrait au futur une fiancée ravissante.

Ce qui occupe aujourd'hui les esprits judicieux, c'est une corbeille de mariage , offerte parune des sommités gouvernementale à la fille d'une de nos plus glorieusesnolabililés politiques. Au milieu de la fouie qui encombre son salon, M. R..., modeste comme le talent dans sa gloire , jouit de son triomphe et écoute, pour faire encore mieux un jour. ;,

La corbeille est, posée sur uoe estrade, enrichie d'incrustations, dont k dorure et les sculptures magnifiques ressortent $iu:,J^tQn bruquct ftéyècede «es paiiois. La.CQv^illftÔ^f

LA CORBEILLE DE MAIUAC.E. î) l

oclogone, offrant deux faces principales : le dedans est garni de satin rose, surmonté de gances d'argent et de torsades d'or. Sur un fondgris, circulentdesincrustationsd'argent et de nacre, entremêlés avec le cuivre mat et le bronze. Les huit angles inégaux sont supportés par huit génies avec desaiies, en bronze doré, sculptés d'après le style de la renaissance, et exécutés avec une étonnante précision. Aux deux extrémités, des figures de femmes, cariatides délicieuses, sont postées en guise de supports et se perdent dans les rinceaux, comme sous un balcon de théâtre; leurs mains réunies forment les anses qui se penchent avec une grâce merveilleuse. Le couvercle, dont la voOite répond aux ornemens de l'inlérieur, porte sur son dôme l'hymen et l'amour se disputant une couronne de roses qui réunit leurs mains au sommet. Aux flancs de ce vaisseau, plein de tant de prodiges, sont gravées les

armes du père de la future et de son époux.

Autour du salon d'exposition, sont étalées les parties intégrantes du trousseau : les unes sont sur des fauteuils, sur des plians, beaucoup sur une étagère, sur une superbe toilette dont les deux supports forment un arceau au centre duquel est une coiu'onne qui doit sembler s'appuyer sur la tête de la femme qui se mirera dans cette glace.

Des châles en cachemires , des châles des fabriques des Indes, des châles français, flottent sur le dos d'un canapé; on distingue surtout un chale vert, avec une large broderie de palmes d'or ; c'est un présent fait au futur par le Bey de Tittery.

Il est impossible de regarder sans être ébloui , les parures qui brillent à côté de ces tissus : les brillans, les rubis, les turquoises, les perles, s'unissent, se jouent ensemble, se confondent ou s'isolent avec mille effets de lumière : la médaille de mariage est en or.

La lingerie a voulu aussi se distinguer par son tribut ; il y a là des peignoirs avec des manches à bouillons, larges et flottantes : la percale se modifie avec la dentelle ; il y aussi des pèlerines, des manteaux courts, l'un en mousseline rayée, arrondi en bas et ouvert , a de larges manches relevées ; l'autre en mousseline à petits carreaux , est enrichi de nœuds de rubans rose paille ; ce sont des bouffettes en velours épingle cerise glacé; puis plus loin, les doubles rangs du point de Paris se mêlent au taffetas blanc nuancé et au milieu , aux environs de ces ornemens des rubans qui s'égarent et flottent, comme des nuages rayés à l'horizon.

Le négligé du matin ne craint pas de se mettre en parallèle avec ces chefs d'œuvre : ce sont des robes de chambre enjouées ou graves; il y a du cachemire , doublé de taffetas rose et blanc, et des pantouffles, cachemire doublé de soie, bordées d'un

9i LA CORBEILLE DE MARIAGE.

plissé de rubans, semblent attendre le joli pied de leur belle dormeuse.

N'oublions pas les robes, cette gloire de la soirée et des bals ; ici le gros de naples écru , à caneaux satinés, bruns et noirs, se découpe enmanchesdu seizième siècle, avec des bouillons, et en jupes avec des volans garnis de Irange de soie si bien accentuée avec l'élolTe , qu'on croirait que ce sont les bords effilés; une tunique en cacbemire marron avec des palmes, qui recouviira un jupon de percale , orné de broderie et entouré de dentelles, se balance sur les bras d'une causeuse, à côté d'une robe en moire bleu ciel avec de longues dents pointues de dentelle mêlées à de petits nœuds et a des garnilures en coquilles; les mancbes sont à bouillons étages , séparés par une dentelle de soie: le corsage est en pointe, en draperie tirolienne, avec des plis larges et fermes; il y a un petit nœud qui remplace la ceii>ture et indique le point cambré de la

taillé. D'autres robes encore dont une large, bouffante qui laisse voltiger ses basques

comme celles des riches algëiiennes , montrent comme étoffes intégrantes le poult de .soie blanc brodé en soie rose j et le cachemire ponceau qui s'allie si bien avec les cheveux des brunes.

Nous ne détaillerons ni les gants, ni les chaussures; nous permetlons à l'imagination la plus exercée l'emploi de toutes ses ressources : elle ne pourra rien inventer pour le caprice ou la perfection que la réalité ne surpasse ; je ne sais si les artistes ont eu la prétention de flatter la donataire ou le donateur, mais la conséquence natuielle de leur inspection , c'est que la fiancée a un pied délicieux et une main admirable.

Quand à la toilette de mariée, comme ce sont des fées qui l'ont exécutée, ce serait aux péris à l'écrire.

L'admiration publique fut bientôt triste—

ment troublée : Les ouvriers allaient transporter ces dons royaux dans la maison de l'heureuse épousée. La foule se sépara morne et plus d'une femme envia le bonheur de celle qui allait posséder tant de merveilles.

Bientôt la caravane se mit en marche pour l'hôtel Porcheron, où toute la domesticité était aux portes pour la recevoir.

Madame Porcheron semblait sous le poids de l'enfantementd'une grande œuvre :jamais elle ne s'était tant'jnquiétée, depuis le jour où elle dépensa tant de soins et de royalisme pour recevoir Caroline de Naples. Les domestiques couraient , sortaient, revenaient et tous étaient grondés, pressés, menacés, tant elle avait d'activité et d'impatience!

Sa fille, que tous les jours, dès le matin, elle fatiguait de toilettes multipliées et de recommandations de se montrer charmante, ne répondait à ses inslances que par la froideur et la tristesse ; c'était pour Madame

Porclieron un sujet continuel d'alarmes.

— Est-ce ainsi , lui répétai t-elle à chaque instant, qu'une jeune femme se prépare à recevoir son mari?., ordinairement, elle se pomponne, elle tâche de se faire plus belle, afin qu'il ne pense pas à en épouser une autre. Je sais bien qu'ici il n'y a pas de danger... outre que tu es une jolie fille, tu as une dot conséquenle , etdanslapositionoùse trouve Percheron , on regarderait à deux fois avant de lui faire une sottise. Eh bien! tu pleures? Ah çaî est-ce que tu crois que je m'arrange de tes simagrées? Serais tu romantique, par hasard.^*.. Allons! sèche tes larmes; si ton futur venait , il te trouverait laide.

— Ah ! plut au ciel ! je le bénirais de me refuser.

— Excusez... tu n'as guères d'orgueil; c'est-à-dire que tu aurais mieux aimé épouser ton petit freluquet d'Albéric : je conçois, un jeune homme, une mauvaise

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