‹ AlbéricChapitre 8 sur 33 · I.A TARTIK d'honneur · texte numérisé non relu

I.A TARTIK d'honneur

de service. Le premier, passant près du cabinet du grand duc, ferme la porle et lui sauve ainsi la vie, pour allerl ui-même tomber plus loin , criblé de treize coups de bayonnettes: le second, atteint hors du palais, veut en vain arrêter le fer qui le menace en disant: « Je suis le général du jour I... » il meurt comme l'autre percé de coups...

Pendant ce temps là, le grand duc s'écbappe... et les Porte-Enseignes entrent dans Varsovie en criant aux armes ! à leur appel , les citoyens répondent et se joignent aux insurgés. Déjà tout s'agite dans la ville : les troupes sortent de leur caserne, et se rangent en bataille : mais les chefs sont des nôtres, ils parlent et les régimens fraternisent avec nous... tous, les malades même, veulent combattre les Russes.

L'Ecole de droit et les Porte-Enseignes se réunissent après mille dangers.

On ouvre les prisons d'étal; les prisonniers

114 L\ PARTIE I)'hoNNEI>R.

se joignent h leurs libératem's : l'Arsenal esl pris : trente mille fusils tombent au pouvoir des ciloyens qui presque tous se trouvent armés.

Cette mémorable journée fut pure de tout excès, de tout crime : il n'y eu! de tués, que le chef de la police , l'aide de camp de service, le général Ilauke, le colonel Mieciszewski , le général Trembiski , le général Semionkowski , le général Polocki, le fameux Blumer, qui reçut dix-huit balles, le colonel Saas, le général Dyakow , le général Fencher; sans compter les autres que nedistinguaitni leur nom, ni leur position, et qui se trouvèrent sous la main des vainqueurs.

La nuit se passe en évolutions bruyantes et en cris de guerre : les vainqueurs parcourent les rues en appelant aux armes!

29 Novembre.

Lesautorités, nommées avant la révolution par l'empereur , prennent en main le pou-

LA l'.variK D^ffosNcun. Ii5

voir, elles fi'ajdoigneîU des hommeschrrsau partinational, et elles fonctionnent: Ainsi le lendemain du jour où l'on a chasse Nicolas, la Pologne est gouvernée par des minisires émanés de lui. Ceux qui depuis quinze ans risquent leur vie et leur fortune jour secouer le joug, ceux qui se sont jettes en avant la veille, ont combattu et jxirlent encore les armes, ne reçoivent aucune part dans la direction des affaires.

Le conseil tout puissant, dominé par un favori de l'empereur, qui pilla la Pologne et viola indignement la Charte, s'occupe de retenir i'insfirection et de refroidir l'ardeur des citoyens : il pense que le gouvernement doit se tenir dans un salon et non dans la rue. C'est an nom de l'empereur et roi qu'il parle. On s'occupe d'organiser l'armée : nous n'avons que 4,500 hommes...

116 LA PARTIE b'H0A?îEUR

Premier Décembre.

La cocaitle nationale est arborée: c'est la cocarde blanche! Toute la population salue avec transport ce signe glorieux porté par les vieux Polonais... C'est la cocarde blanche qui nous menait à la victoire ! c'est la cocarde blanche qui brillait au front de nos guerriers qui jadis subjuguèrent la Russie! La voilà! s'écrie-t-on : voilà ce signe pur et sans tache, si longtemps altéré par les couleurs de la tyrannie ! qu'il décore notre poitrine! qu'il fasse frémir lesopresseurs!

2 Décembre.

On nomme généralissime de l'armée un guerrier élevé à l'école de Napoléon , celui que Suchet surnomma le brave des braves... Peu confiant dans Le succès, il s'était tenu à l'écart tout le temps de l'insurrection , mais il accepte... et cette nouvelle est accueillie avec enthousiasme.

LA PAKTIE d'iIOINNEIR. 1 17

3 Décembre.

Leséliidialis et lesPorte-Enseigncs veillent à la tranquillité de la ville : on arrache les armes aux individus ^ui ne sont pas autorisés à les porter. Le parti populaire ne trouvant pas le comité assez révolutionnaire, il s'adjoint deux princes , un sénateur, un castellan et deux comtes. On s'occupe peu d'assurer ladélivrancede la patrie; on s'inquiète beaucoup de gouverner et de régner.

4 Décembre.

On envoie une dépulation au grand duc... il se montre fort bon homme et il promet d'intercéder auprès de son frère en faveur des coupables.

Le général en chef fait une proclamation à l'armée, et le gouvernement remercie les citoyens de leur zèle à ne tolérer aucun excès. Un club patriotique vient auprès du gouvernement, réclamer des mesures éner-

118 l.A l'AKTili D'iiO.X-XÎILPi.

gi(}ues, telles que la mise en surveillance des suspects, l'afi-eslalion de Conslantin comme ôlaije : il parle au nom du peuple qui depuis le 29 au malin, n'a pas été même consulté Le gouvernement ne veut s'engager à rien, il promet d'examiner celte demandequi ne lui semble pas légale. Mais déjà il médite de transiger avec l'Empereur.

Tout le royaume se soulève : Aulieu d'obéir au grand duc j les troupes viennent rejoindre le général polonais.

Les hommes sensés pensent qu'une attaque contre le grand duc eût pu , en le faisant prisonnnier donner à la Pologne un otage de la plus haute importance : On ignore pourquoi elle n'eut pas lien : on pense que la cause en est au respect des chcl'sde la révolution pour le frère du tyran.

5 Décembre.

ïous les jours, de nouvelles troupes

LA l'AKilE d'hOMNEUR. 110

cnlreiU à Varsovie, au milieu des acclamations publiques : à leur lête paraissent deux généraux dont le peuple demande la morl... on les ariache avec peine de ses mains , en promettant de les juger : ils prêtent serment à la cause nationale.

Je n'ai heureusement rencontré sur nos pas ni Chamarangc ni les jésuites... c'est une révolution nationale : je ne trouve partout que des grands seigneurs polonais

des comtes , des princes , et autres sommités sociales : je ne vois pas qu'on s'occupe encore du peuple, ni des paysans ; pourtant l'un a besoin de pain et l'autre de liberté !

On conseille encore au chef de l'état de s'emparer de Constantin, on s'offre même à le remettre entre ses mains : ce serait un otage puissant ; on ignore pourquoi le chef de l'état refuse cette offre qui mettrait la balance égale entre la Pologne et le Czar.

Dès les premieis jours de son pouvoir , le

120 LA PARTIK d'hONNEUU.

général en chef se prononce conti-e les clubs et les raisonneurs; il penche pour l'aristocratie et le clergé. Les hommes qui l'entourent l'aigrissent contre le peuple, ils lui inspirent la terreur de l'enthousiasme populaire, il envahit la dictature, et annonce qu'il restreindra les effets de la révolution polonaise : Guerrier, il n'a foi que dans la consigne; l'amour de la patrie, de la liberté, le culte de l'indépendance et de la dignité humaine, sont des mots vides de sens pour lui ; il craint la plus légère intervention du peuple dans les affaires : il voudrait discipliner la révolution comme une armée.

Un homme' qui ose parler légèrement du dictateur, manque d'être tué.

i Le dictateur essaye d'effacer jusqu'au souvenir de la révolution : il fait conserver le nom de l'empereur dans les actes administratifs et dans les prières.

Quelfjtics personnes s'étant avisées de se

LA PARTIE d'honneur. 121

réunir pour s'occuper des aifaircs de i'élat, le dictateur fait fermer les clubs.

On ne s'occupe pas encore du peuple ni des paysans... Mon cœur souffre de la lenteur qu'on met à traiter leurs intérêts.

Les évènemens marchant trop vite dans leurinaction , je ne daterai plus.

Les gouvernans se divisent en trois partis : le conservateur, le strictement constitutionnel et le mouvement. Le conservateur veut ce qui était, le constitutionnel veut la légalitéet la constitution de 1 815, le mouvement enfin veut l'élan national universel, des droits au peuple sans transaction ni arrangement. Chacun a son chef : le premier parti se compose de nobles : le second de savans, de professeurs : le troisième, de lettrés, de conjurés et d'officiers... bientôt ils se subdivisent en fractions , et se combattent; nous sommes déjà bien loin de la patrie.

123 LA PARTIE d'honneur.

Les patriotes de Podolie, d'Ukraine et de Volliynie, envoient offrir leurs services ; le gouvernement les repousse.

Les discordes vont si loin que les soupçons de trahison s'étendent et frappent le dictateur lui-même... pour être plus sur de sa personne, nous montons nuit et jour la garde à sa porte.

La plus grande inintelligence préside à la formation de l'armée ; des entraves sont mis à l'élan des patriotes , il faut que le peuple lutte contre le pouvoir lui-même ; mais il s'agit de se dévouer, il est infatigable... le gouvernement refuse des instructeurs ; les vieux soldats reviennent prendre les armes, et apprendre aux jeunes l'art de s'en servir.

Pendant ce temps, les députés de la nation tachent de s'arranger avec le Czar.

Le résultat du gouvernement est aujourd'hui la révolution arrêtée dans sa marche et des négociations inutiles avec les rois de l'Europe.

i.A i'AIuil; D'uoMxeua, 1^3

Un autre général est nomiiiii : c'esl un j)rince...

Service funèbre en l'honneur des victimes de la tyrannie du Czar.

La Russie arme et la guérie approche : mais l'enlrainemenl est refroidi : les hésitations du gouvernement ont semé les divisions. Le peuple trompé ne croit plus en personne.

L'armée est animée, brûlante, enthousiaste... A Saint-Pétersbourg!! s'écrie-t-elle, mais elle est faible, incomplêtte, sans approvisionnement. La dictature d'un guerrier n'a pas créé des soldats : elle n'a ni fabi-iqué de la poudre^ ni fondu des canons ; il n'y a que du fer aux mains des braves.

La guerre est ouverte : nous partons...

Après des prodiges de valeur, après une

f^ LA PARTIE d'H0?*NELR.

campagne féconde en dévouemens et en miracles, Tarmée forcée de battre en retmite se replie sur Varsovie : le corps des partisans dont j'ai suivi les ex|)éditions, honteux de ne pouvoir la surpasser en intrépidité, rentre dans la ville, et avec lui l'inquiétude et la terreur : le peuple crie que tout est perdu , que l'ennemi estauxportes... la nuit vient... un groupe veut pénétrer dans le château où sont les prisonniers , la gaide nationale le repousse... on répand le bruit qu'elle massacre le peuple... alors le peuple accourt... la générale bat ; la foule assiège le château , une de ses portes est forcée, la garde nationale est repoussée : on entre dans les prisons , on s'empare des prisonniers , le massacre commence... et les cadavres sont suspendus aux lanternes... la ligne arrive... elle reste impassible spectatrice de ces crimes; pendant ce temps là, d'autres groupes courent à la prison de Wola où le

LA PARTIR d'honneur. ^ 125

peuple immole et massacre les malheureux qu'elle renferme...

1 6 Décembre.

Autres exécutions sanglantes , opérées par la colère rapide du peuple :

Varsovie esl cernée depuis longtemps par les Russes...

Si notre armée est inférieure en nombre à celle des Russes, on doit l'attribuer aux fautes du pouvoir : il n'avait qu'à suivre l'élan national : elle eut été le double en force et la Pologne serait indépendante : Aussi la haine emploie-t-elle contre lui les termes les plus injurieux... quelques bouches même prononcent le mot: trahison!

Demain aura lieu la bataille décisive : J'y serai . , . Adieu , mon amie ! Adieu mon second père ! Demain , fidèle au

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serment qui me lie soijs des drapeaux glorieux, je mourrai avec mes camarades...

Vous ne me reverrez que si nous sommes vainqueurs.

■Il LI<J,l<hQ-<aBg»—

Bien des jours se sont écoulés depuis les gravesévènemensque nous venons de raconter : Après dix séditions, vingt complots républicains avortés, et je ne sais combien de sympathies pour toutes les tentatives d'indépendance, le calme avait succédé aux bou-

rasques : le vaisseau de la fiance louvoyait sur la surface de l'océan politique, unie comme une glace et froide comme elle.

Il faut avouer qu*un gouvernement qui commence , est digne des égards des honnêtes g^ns : que d'exigences l'entourent! que de besoins à satisfaire ! que de services à récompenser!.. Etes-vous par hasard le drapeau émigi-é à Gand pendant cent jours? en rentrant à Paris, vous y trouvez plus de gens revenus de Gand, que Gand n'en pouvait contenir : êtes-vous le ministère fondé par les vainqueurs des Gis de Guillaume-Tell? Il n'est pas si mince marmot qui n'ait tué son suisse. A les entendre, les morts des treize cantons auraient pu former, k Paris, un pendant de l'ossuaire de Morat...

Comptons... d'abord les hommes de notre système... rien n'est plus juste : par qui se fera-t-on soutenir, sinon par les siens? puis les gens employés par l'autre régime que

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l'on garde pour n'en pas faire des ennemis : puis les parens, les amis de collège des nouveaux dignitaires, à qui l'on donne places , croix et indemnités... Quand tout est ainsi distribué, il reste encore le mérite à pourvoir; mais le mérite a l'habitude d'attendre ; on le remet à une autre révolution.

Tout se combine à la fin; l'état est une voiture publique , où bien ou mal organisé , les petits écrasés par les gros , et les faibles par les forts, l'équipage se case dans les cahots de la route et arrive, plus ou moins froissé, au terme du voyage.

Il en était ainsi de la France... Tous les acteurs de notre drame , bouleversés par le terrible cataclysme des trois journées , avaient repris position en scène et la pièce marchait , comme s'il n'y avait pas eu d'intermède.

Un matin, un je^ne homme d'une noble et belle figure , où les chagrins «t les mal-

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