VIEILLES MAISONS AU BORD DE L
descendre sous le pont de son house-boat et donner à son batelier l'ordre de démarrer, sinon, gare aux projectiles.
Cest par le PDége/ que se couronne la série des eaux-fortes de Flandre.
Mais la Xoute d'Ostende et Æudenaerde sont de bien vastes poèmes. Des deux côtés de la Roue S'avancent de vieux arbres tordus qui touchent aux nues et lancent dans les nuages violents leurs bras de créatures désespérées. Le site est célèbre parmi les artistes et les poètes belges, nul dessinateur ne l'a dramatisé comme Baertsoen... Ses bons amis de Gand prétendaient qu'il ne réussissait pas les arbres. La Roue d'Ostende est la meilleure des réponses. Une âme est en chacun de ces troncs noueux. Une âme aussi est dans le gros clocher d'Audenaerde. Ah ! la fière et pathétique vision ! Tandis que le bon Fritz Thaulow peignait sa petite eau tournante devant laquelle nous l'avons laissé naguère, Baertsoen dessinait cette église noire qui étage son chevet et sa tour par dessus les maisonnettes accroupies autour d'elle, Baertsoen rêvait à l'œuvre gravée où non seulement s'idéalise le visage de la petite ville mais où tout de suite se reconnaît la séculaire et grave image de la Flandre même. | |
Dans le domaine de l’eau-forte, Baertsoen traite d’égal avec les meilleurs maîtres modernes.
Séjour au pays mosan. — Pays d'industrie sous la Neige. — Vieille Fabrique le soir. — Fin de fournée sur les Quais et réapparition de Jean Delvin, — Rouge des Flandres. — Avertissement aux jeunes. — Le salut dans le style. — À temps nouveaux, besoins nouveaux. — Le caractère universel de l’art de Baertsoen.
Pendant deux ou trois ans, de 1905 à 1908, tandis que l’excellent constructeur Hobé transformait sa maison de la Byloque, Baertsoen a vécu presque constamment à Liége. Cette circonstance l'a mis en face des spectacles tragiques de l'industrie moderne et l’a transporté dans le pays sombre et violent révélé par Meunier. Le maitre du Gyrisonu a dramatisé cette contrée dans ses figures peintes ou sculptées ; il n'en peignit les sites que par raccroc. On pouvait après lui"ambitionner de rendre les aspects de couleur et les masses grandioses du décor mosan. Loin de nous la pensée d'adresser aux artistes liégeois le reproche de ne pas avoir aimé et traduit leur milieu natal ; on a dit (1) les vertus patriales d Emile Berchmans, Auguste Donnay, Armand Rassenfosse, François Maréchal, artistes à qui la tradition latine a légué de rares dons de dessinateurs et de stylistes. Mais s’il était un Flamand qui pût prendre place à côté d’eux c'était bien Baertsoen; s’il était un Belge qui, né dans
(1) Maurice DEs OMBraux: Quatre Artistes liégeois. Van Oest, Bruxelles.
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les Flandres, pouvait acquérir rapidement droit de cité parmi des maîtres d'éducation française, c'était bien le peintre synthétique du Couvent, du Soir à Gand.
En 10907, Baertsoen terminait sa grande toile : Pays d'industrie sous la Neige, à laquelle il avait travaillé
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pendant deux ans. Klle nous transporte dans la banlieue de Liége, à Tilleur. Devant nous descend un talus où meurt un arbuste anémique, puis au-delà, sous l'atmosphère des noirets, une colline monte chargée de maisons, d'usines, de vingt cheminées vomissantes et grandie d'un couronnement de terrils. La quiétude des
maisons ouvrières, pelotonnées frileusement sous la neige, s'oppose à la fièvre des fabriques tentaculaires. Ici, c'est le halètement sans repos des enfers industriels ; là, c'est la cordialité des demeures familiales, — et ces bons logis de Wallonie sont peints avec autant d'amour que les vieux logis de Gand et de Bruges. — Le Pays d'industrie fut très discuté à son apparition et l'on se montra fort injuste à l'égard de Baertsoen. Si les critiques à qui ce « déracinement » parut incompréhensible avaient vu l'ardent dessin préparatoire du tableau, peutêtre auraient-ils plus aisément compris le sens de ce nouvel effort. Le Pays d'industrie ne saurait être classé à côté du Dége/; une sorte d'incertitude dans les relations de plans trahit une insuffisante familiarité avec les mouvements caractéristiques du décor inspirateur. Mais je le répète, la double face du site à la fois calme et oppressé, idyllique et haletant est traduite avec toute la vérité désirable.
Et quand les esprits prévenus verront la Y7e/le Fabrique sur l'eau, et surtout la Vzeille Fabrique le soir, deux tableaux peints également aux environs de Liége et qui n'ont pas encore quitté l'atelier, 1ls consentiront sans doute à reconnaître la légitimité de cette incursion en pays liégeois. Silhouettée au haut d'une colline, la Vzezlle Fabrique découpe ses masses trapues sur les bleus dorés du soir et je ne crois pas que l’on ait jamais rendu plus pleinement la suavité, sourdement frémissante, des beaux crépuscules mosans.
Les derniers tableaux de Baertsoen exécutés à Gand, sont également ignorés du public à l'instant où J écris ces lignes. Une Vif dans la Ville répète la gamme
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veloutée du Soz7 à Gand. Le site, pris cette fois du pont de la Boucherie, au delà de Saint-Michel, est comme surveillé à droite par un pavillon qui plonge sa base hexagonale dans les eaux mordorées. Des lumières étoilent la nuit bleue de leur nimbe confus. L'œuvre d'ordre supérieur, a été terminée il y a trois ou quatre mois. De nouveau Baertsoen y apparaît comme le maître des heures crépusculaires, un maître qui égale un poète tel que Janssen, peintre des nuits suédoises, et qui se hausse aux sommets où plane un Whistler.
Une Fin de Journée sur les Quaïs est d'achèvement plus récent. C'est une toile d’un attrait irrésistible où s'épanouit la joie des tons brillants si fortement indiquée déjà dans les notes claires dn Qwaz de la Grue. Mais le motif ici est plus important et la toile plus considérable. Les maisons du Quai-aux-Herbes nous font face avec leurs murs ocrés et leurs tuiles azurées et rouges sur lesquelles roule un nuage orangé. Le canal est franchi à gauche par le Pont-aux-Herbes que prolonge une rue courbe, bordée de hautes façades à pignons festonnés. Jamais Baertsoen n'a trouvé de plus belle mise en page, jamais il na mieux prouvé que l'éclat des registres supérieurs lui était aussi familier que la gravité des demiteintes assourdies ; et jamais non plus sa conscience ne fut plus haute. J'ai vu les nombreuses études de cette Fin de Journée. Que de charmants tableautins parmi elles ! J'ai vu aussi une première version de l’œuvre, toile très remarquable mais où le détail pittoresque manquait un peu de discrétion. Et à propos de cette œuvre sacrifiée, faisons reparaître un instant Delvin, l'ami sûr qui ravive le courage et apporte bon avis à chaque étape importante.
Ayant terminé cette première version qu'il croyait définitive, Baertsoen le consulte. Mais Delvin n'est pas content. « Franchement, conclut-il, je voudrais mieux ». Pendant huit jours, Baertsoen promène un visage de deux aunes. Son entourage s'étonne, s'inquiète. Au bout d'une semaine, Baertsoen se décide à recommencer entièrement son tableau. Alors ses proches devinent. —